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      Allez encore vous faire foutre la musique : on a créé les sous-genres que vous auriez dû inventer

      December 7, 2012

      Par Kelly Slaughter

      Vous l'avez entendu dans tous les magazines, sur Internet, à la télé et vos potes musiciens vous le prouvent chaque jour : la musique traverse une crise sans précédent. Elle est gangrénée par un passéisme merdique et ne génère plus d'argent. Manque de bol : c'est des conneries.

      Les cinq dernières années, au même titre que les cinquante précédentes, ont vu naître quelques bons groupes qui ont sorti des disques géniaux immédiatement noyés dans un océan de merde tiède positive à toutes les MST. Et niveau blé, aucun d'entre eux n'a transformé son génie en imprimés vert et beige, c'est vrai, exactement comme les vieux groupes que vous écoutez chaque jour de votre vie – Wire, pas plus que Neü ou les Bad Brains, n'ont jamais réussi à acheter un appartement avec la musique qu'ils jouaient.

      Le truc qui me chagrine, outre le fait que musiciens et journalistes musicaux soient des humains détestables, c'est surtout leur manque d'idées dès qu'il s'agit de créer un vrai style, un mouvement, un truc dans lequel plein de kids auraient envie de se retrouver pour faire chier leurs parents, porter des fringues débiles et si possible, avoir une vie sexuelle. Ces quatre dernières années, au lieu d'assister impuissant à la montée d'hormones de milliers d'adolescents animés par la négativité, j'ai juste vu éclore des blogs et plus de motifs tie-dye que dans le cerveau d'Ariel Pink. Sérieux, qui a cru en la chillwave ? Le Tumblr'n'b ? Le seapunk ? Les revivals successifs garage, post-punk, shoegazing, et rave ? Vous écoutez quoi, Jamie XX ?

      Si l'histoire allait dans le bon sens, elle aurait déjà foutu Slim Thug, 808 State, Side By Side et T-Pain dans une bombe à neutrons, attendu l'explosion et récupéré les déchets nucléaires à l'état de sable pour créer des subcultures aussi excitantes que quand les années commençaient par un 1. Mais comme rien ne se passe jamais comme prévu, j'ai dû le faire moi-même.

      CRUST POP

      Exactement ce qu'aurait été la brit-pop si Oasis avait poursuivi leur vibration prolétarienne et pas pris un tournant cheveux en papier et bridges tout pourris. Même au climax de leur dépendance à la cocaïne, les frères Gallagher ont toujours ressemblé à AC/DC en plus gay. Vous avez vu ce concert où Liam, probablement en descente de speed, s'incline devant un écran géant sur lequel défilent les idoles du groupe, soit Bob Marley, Elvis et John Lennon ? Personne ne veut d'un destin comme ça. À la place des pires pop stars du XXe siècle, les mecs de la crust pop taperaient de la dope sur Amebix en jurant chaque jour de ne jamais se laver. Et rien ne les empêcherait de chouiner sur Felt pour autant, à condition qu'ils volent un truc à chaque fois pour compenser.

      Voir aussi : Helly Hansen, The Telescopes, Crass, Nike, Alan Clarke, Umbro, Parklife

      AGAINST&B

      C'est la seule musique politisée que j'ai envie d'entendre et c'est aussi le geste le plus proche de la fois où Jay-Z s'est pointé dans un concert avec un tee-shirt Che Guevara. Ce serait une sorte de nu-soul synthétique qui remplacerait les « bonnes vibes » par une profonde croyance en la misanthropie. Ce qui n'empêcherait pas ses protagonistes de revendiquer l'héritage de Eric Benet pour faire chier les journalistes, sauf qu'ils joueraient en même temps sur un autre tableau antimoderne, antilibéral et antihumain. Ils pourraient potentiellement devenir potes avec des anarchistes dérailleurs de train ou des terroristes emprisonnés à vie. La musique devrait ressembler à du Kelis période « Caught Out There », avec de lourdes références au calendrier maya et au mythe du Grand Soir, mais possible que ça ressemble aussi à du Dopplerfeffekt chanté par des filles. Dans tous les cas le truc doit être digital et totalitaire, inspirer la crainte et donner l'envie de s'habiller en noir jusqu'à ce que le monde refroidisse.

      Voir aussi : Arthur Schopenhauer, Underground Resistance, NWA, Ray-Ban Wayfarers, John Carpenter, H.P. Lovecraft, Sade (la chanteuse, pas l'autre type)

      DEATHRAP

      Attention à ne pas interpréter ce mot en pensant à Death Grips, Dalek et toutes ces merdes à destination des junkies en voie de clochardisation – ou des festivals de musique français. L'idée partirait plutôt des Geto Boys et des premiers albums de Three Six Mafia, en accentuant les moments de paranoïa et en poussant les descriptions de meurtre à un niveau abusé, mais pas abusé crade à la Necro (gay), plutôt abusé genre « j'ai peur d'avoir moi aussi envie de déposséder cet homme de la vie en usant des pires stratagèmes, y compris en polluant ses rêves avec le clown à gros nez assassin d'enfants de Ça ». Il faut que ce soit grotesque et con, qu'on ait l'impression de regarder un film avec Jamie Foxx et pas de lire un bouquin. Faut trouver un twist black metal aussi, genre les mecs partent faire des expéditions dans la forêt de Fontainebleau avec des lances et un drakkar puis reviennent en bus de nuit avec un grec.

      Voir aussi : Gravediggaz, Canal Jimmy, Brotha Lynch Hung, Alien Sex Fiend, Stephen King, la photo où Juicy J porte un tee-shirt The Misfits

      RUDEBOY HOUSE

      La plupart des gens qui refusent d'écouter de la house possèdent des arguments indiscutables : 1. c'est une musique d'inverti, 2. les tee-shirts sont trop courts. Ce qui veut dire que si l'on virait tous les blancs de la scène, les gens en auraient déjà une meilleure opinion. Ensuite, il faudrait isoler l'élément dur du truc, mettre en valeur l'éthique soul music, spiritualité et rajouter par dessus un système indestructible composé de thugs en polos et bretelles. La house deviendrait une nouvelle forme de trojan reggae et serait désormais défendue par des gens prêts à la défendre, pas par des promoteurs de clubs et des mecs qui envoient des mails. Après tout deviendrait possible, notamment éclater un mec pour lui barber son badge Fast Eddie ou provoquer un stomp sur « Follow Me » d'Aly-Us.

      Voir aussi : Ben Sherman, The Specials, Levi's 501, Todd Terry, The Warehouse, UK82, Paris Is Burning

      FOOTBALL PUNK

      Je pense que ça existe déjà à l'état d'embryon quelque part en Pologne ou dans le cerveau des hools des stades anglais, mais dans ce cas, pourquoi personne n'en a entendu parler ? Parce que les football punks de la vraie vie sont de pathétiques chômeurs qui aiment la télé et engueuler leur femme, voilà pourquoi. Ils font honte aux football punks de l'ombre, qui préfèrent devenir skate punks ou se réfugier dans la nourriture végétale avec Youth of Today. Football punks timides de tous horizons, unissez-vous ! Enfilez vos écharpes, portez fièrement vos banderoles contenant probablement des messages racistes et débrouillez-vous pour faire une musique qui ressemble le plus possible aux New Bomb Turks. Vous pouvez même être straight edge si vous voulez, les virages ont besoin de cette sensation D.Y.S pour marave les supporters du Paris Saint-Germain.

      Voir aussi : Judge, Marine et Blanc, tous types de bonnets laineux, West Ham, Kilkenny, Nike Air Max '90, Ash, pavillons united

      CAILLERA THRASH

      Je méprise le thrash. Depuis Possessed, ce genre est surcoté pour une raison qui m'échappe. À part le premier album de Suicidal Tendencies (qui n'est même pas du thrash en fait, mais on s'en fout) et les groupes d'aujourd'hui qui s'en inspirent (Toxic Holocaust, Municipal Waste) le reste est merdique du début à la fin. La seule hypothèse pour expliquer son succès tient dans le fait que le thrash – en tant que corporation libérale menée par James Hetfield – a signé un contrat avec les journalistes du monde entier pour ne pas dévoiler la vérité, à savoir que la seule source de revenus générés par cette subculture proviendrait de la vente de tee-shirts Slayer. Il est très probable que personne n'ait jamais acheté un album de Megadeth par exemple, même les lecteurs de Rock Sound puisqu'ils passent l'essentiel de leur temps à jouer aux jeux vidéo. À part ça, le caillera thrash consisterait en la même musique mais joué par des mecs qui ne portent pas de barbiche.

      Voir aussi : The Accüsed, La Haine, Expression Direkt, Kickback, casquettes Starter

      MJC Oï!

      Système jumeau du caillera thrash, la MJC Oï! est une manifestation de haine dans un environnement déjà propice aux débordements haineux, à savoir : l'autre côté du périphérique. Le truc nouveau dans la Oï! de banlieue tiendrait dans le support des centres sociaux, qui encourageraient le projet et aideraient les kids à peaufiner leurs paroles – celles-ci portant essentiellement sur le fait de détester l'autorité et détruire l'État, soit tout ce que représente la MJC en question. Après, il faudrait que le truc ne dérive pas trop sur la politique parce que la dernière fois que c'est arrivé – il y a trente ans – certains losers ont eu une montée d'adrénaline telle qu'ils ont pensé que c'était marrant de se suicider à la bière et de frapper des étrangers.

      Voir aussi : Adidas, eurotrash, 4-Skins, Lonsdale, RER, chômage

      MORRISSEYJUGEND

      Parmi les trucs nuls que Turbonegro a apporté à l'humanité, on peut compter : leurs trois derniers albums, 90 % de leurs blagues et les quelques 15 000 membres de la Turbojugend. Je ne sais pas si vous avez déjà eu la chance de les croiser, mais à partir de bière +3, ces types deviennent aussi pertinents que la fois où Philippe Manœuvre a dit que Paris était « une ville punk ». Quand ils ne sont pas en train d'acheter une nouvelle veste en jean ou regarder des championnats de motocross sur Youtube, ces salariés dévoués corps et âme à Turbonegro passent leur temps à écouter Ass Cobra en bouffant des chips à la moutarde. Même si leur idée de sacrifier leur existence à un groupe dont le dernier bon morceau remonte à douze ans impose le respect, ils auraient dû le faire avec des types qui en vaillent la peine : par exemple H.R., Stephen Pastel ou Morrissey. Ouais, putain de Morrissey ! – imaginez un monde rempli de kids végétariens, asexués et nationalistes, ce serait chanmé. Quoique non, ce serait horrible. Mais au moins les gens auraient de quoi envisager la fin du monde POUR DE VRAI.

      Voir aussi : Meat Is Murder, religion, panoplies, armée, Angleterre éternelle, ambiguïté

      HxMODS

      Le hardcore est un truc impressionnant quand on a 15 ans, un peu comme avoir son bac ou boire du café. Après, on se rend compte qu'il n'y a que dix albums de bien et on préfère rejoindre le chemin de la vie adulte. Puis une nouvelle envie de hardcore se manifeste plus tard, vers 23, 24 ans et il est facile de replonger pour se retrouver à 40 berges avec des croix sur les mains et une gueule de buraliste. C'est pour ces jeunes adultes que la musique devrait inventer une nouvelle forme de hardcore – et pas ces conneries de metalcore, grind, screamo etc. – avec des codes plus en rapport avec le fait d'« avoir l'air digne » et moins de « faire de la muscu ». Par exemple, Agnostic Front en 1983 étaient dignes. En 2012, ils ont l'air aussi dangereux que Cypress Hill. Imaginez qu'ils aient décidé de garder leurs polos, leurs jeans et leurs organismes éloignés de tous types de stéroïdes, ils ressembleraient moins à votre oncle et plus à des hommes. S'ils avaient décidé de ne porter que du tweed, le monde serait probablement bien meilleur.

      Voir aussi : Fred Perry, Clarks, bien vieillir, Levi's Sta-Prest, le problème des tatouages, le problème de ressembler à Alain Soral

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