Arrêtons de mentir : je n'ai jamais rien pigé à la weed

Pas besoin de faire tout un foin pour ce truc qui vous donne envie de chier et rire devant la télé

Par Wallace Arkwright

Je sais que c’est difficile à croire aujourd’hui, mais il fut un temps où fumer de la weed était considéré comme un truc pas cool – c’était l’époque où cette activité était réservée à des types qui portaient des vestes militaires allemandes et à des vieux hippies persuadés d’être encore jeunes qui portaient des sandales en chanvre et s’étaient tous donné rendez-vous en Ardèche. Aujourd’hui, le shithead est fier de sa pratique et l’exhibe à tout-va plutôt que de la dissimuler grâce à du papier d’Arménie, des gouttes pour les yeux et des études brillantes.

Bien sûr il s’agit souvent d’une passade, et même si votre père est bénévole dans un centre de désintoxication et que votre mère souffre d’asthme chronique héréditaire, vous avez forcément déjà essayé. Mais ces dernières années, la jeunesse semble voir dans le fait de se rouler un spliff sur le parking d’une zone commerciale la consécration de toute une vie. Ils déblatèrent longuement sur des appellations aux sonorités poétiques comme « délice marocain » ou « brume de calvitie », envisagent de confectionner un bang fait en fruits du dragon et se demandent sans cesse si un vaporisateur serait un bon investissement. Ces gens ont un appart, une copine et l’herbe ne semble pas trop les affecter, alors tant mieux pour eux. Mais en ce qui me concerne, je pige rien à la weed.

J’ai toujours considéré la fumette comme un truc de Clermontois ou de gamins de 13 ans. Les préados font ça parce qu’ils ne peuvent ni rentrer en clubs ni s’acheter des tonnes de tise, et les raisons des Clermontois doivent être plus ou moins les mêmes. C’est le genre de truc qui devrait s’arrêter une fois qu’on a l’âge de boire une bière en toute légalité, de prendre des pilules illégales et qu’on a connu les affres de cette expérience qu’on appelle l’amour.

Il semblerait que la weed soit un plaisir exclusivement réservé aux adolescents et qui n’aurait pas sa place dans la vie banale et déprimante d’un adulte. Si je me faisais choper avec un pilon en bouche par un garde forestier à cet instant précis, il se contenterait simplement de me faire une morale à deux balles plutôt que de m’embarquer dans son 4x4 et d’appeler les flics. Il pourrait même me demander une latte, réalisant subitement qu’il s’est offert trop peu de répit depuis son passage à l’âge adulte.

Ce plaisir de jeunesse a beau être illégal, on le retrouve partout. Déjà, on est tous bien trop malins pour se faire attraper parce que même ceux d’entre vous qui vivent encore chez leurs parents sont assez intelligents pour ne pas traîner des heures dans un parc, la nuit. Et même si vous vous faites choper, il faudrait tomber sur un Robocop anti-beuh pour que ça pose vraiment problème. Dans 99 % des cas, il ne vous arrivera rien de plus qu’une petite réprimande du genre : « Alors messieurs, on souffle sur le dragon magique ? Je pense qu’il est temps de rentrer. » À moins que vous ne tombiez sur un type qui s’est fait piétiner par le public de Sinsemilia alors qu’il compensait ses maigres revenus dans la police nationale avec un job de nuit en tant que vigile de stade.

Je sais pas. Ça vient peut-être de mon adolescence. À moins qu’on m’ait exorcisé contre le démon-herbe à la naissance. Premièrement, il faut être un sacré veinard pour tomber sur un dealer pas trop con et c’est encore plus dur d’en trouver un ponctuel. Les dealers de coke, eux, semblent avoir une conception du temps distordue à jamais (« dans 5 minutes » peut signifier « tout de suite devant chez toi » ou « je me retire de ma meuf strip-teaseuse à l’autre bout de la ville et j’arrive ») mais au moins, ils se pointent. C’est des vrais pros et ils se font bien plus de blé que vous.

Les dealers de weed sont soit des mecs de fac qui stagnent béatement en bas de l’échelle sociale, soit des barbus aussi farouches et paresseux qu’un chat. C’est ce qui force les shitheads à anticiper – ce qu’ils détestent, puisque l’envie d’un « trois feuilles » est aussi soudaine et imprévisible qu’une tourista ou l’arrestation de John McAfee.

Et une fois défoncé, rien de vraiment dingue ne se produit. On a tous maté ces productions américaines où le geek/ringard/principal de service tire une latte sur un joint de la taille de la flamme olympique avant de voir des éléphants roses qui parlent ou dansent sur du James Brown. En réalité, les effets sont plus proches de l’anesthésie qu’on reçoit avant de se faire opérer d’un ongle incarné. On est distant, flagada, fatigué et la faim se fait sentir. Il y a toujours cette possibilité de se mettre à rire comme un con, mais ce sera plus dû au fait que vous êtes perdu et mal à l’aise que parce que cette merde aura développé votre sens de l’humour.

Quand je prends de la drogue, c’est pour avoir l’impression que je suis génial. Pas pour passer la soirée vautré dans un canapé à rigoler parce que le mec d’à côté fait une imitation de Maître Yoda. La vérité, c’est que la plupart du temps, fumer c’est juste hyper chiant. Si fumer de la weed était une couleur, ce serait celle d’un pull en cachemire de Camaïeu. Si c’était un film, le public de Sundance lui ferait une standing ovation, mais en fait ce serait une succession de scènes filmées au grand angle de gens qui laissent filer du sable entre leurs doigts.

Je fais aussi partie de cette minorité de gens qui pense que la beuh est la plus dangereuse de toutes les drogues. Je vois d’ici tous les arguments qu’on va me ressortir, le fait que personne n’est jamais mort directement à cause de la beuh, ses vertus thérapeutiques, tout ça.

Mais, même si la weed ne détériore pas votre état physique, elle affectera votre état mental, déjà très affaibli par toutes ces années passées à enrichir votre culture de Fraggle digital en écoutant Pierpoljak. Une consommation un peu plus soutenue que les quelques lattes tirées sur les joints d’un type en soirée et vous vous transformerez vite en grosse merde hyper chiante qui confond les voyelles et les consonnes. Vous vous casserez des soirées à 20 heures, parlerez de Danny Glover, serez dans l’incapacité d’engager une conversation avec quelqu’un de sobre, et il se peut même que vous ayez recours à des mots comme « ganja ».

Puis, vous toucherez le fond. La paranoïa. C’est ça le vrai problème, non ? La science essaie toujours de démontrer que la weed transforme notre cerveau en un mélange de boule de glace fondue et de chiasse de chien et on connaît tous des types qui nous le prouvent tous les jours. Ce sont eux, les vraies victimes. Pour chaque Willy Nelson, pour chaque Snoop Lion, il y a un chômeur paranoïaque catatonique dont tous les problèmes découlent de son penchant pour la fumette. Le seul argument que les tenants de la légalisation brandissent, c’est : « Regardez, ce mec est devenu millionnaire, pourtant il fume de temps en temps. »

Ça ne marche pas comme ça ; la weed fait autant de victimes que les autres drogues. C’est juste qu’elle dissimule discrètement la poussière de ses cadavres sous le tapis. On la considère comme une drogue joviale et cool, mais ne vous y méprenez pas, elle est le labrador que vous affectionnez tant mais qui finira par vous faire chier à force de sauter partout en permanence.

Vu l’omniprésence de la weed dans nos sociétés, c’est grotesque qu’elle soit toujours illégale. Heureusement, les lois contre le cannabis ne sont pas aussi absurdes que les Blancs à dreads qui les combattent. J’ai l’intime conviction que la plupart des pays ont discrètement assoupli leur politique en la matière. Certes, si vous crachez un anneau de fumée dans la tronche d’un mec haut placé en lui vociférant des insultes au visage, vous risquez d’avoir des problèmes. Sur l’échelle des délits, fumer un cône serait à équidistance entre « conduire sans ceinture » et « pisser sur un lampadaire ».

Quand je vois des vidéos de propagande anti-weed, les arguments des mecs sont tellement pétés que je me dis qu’ils ont dû les trouver sous influence. Donc oui, continuer à interdire de fumer une plante que l’on peut faire pousser chez soi est complètement débile, mais faire de sa légalisation le combat de toute une vie l’est au moins autant. Même si une poignée de mecs ont la tête sur les épaules et présentent des arguments concrets et intéressants sur la dépénalisation, je ne peux pas m’empêcher d’avoir une pensée émue pour tous ces jeunes qui resteront toujours persuadés que leur chat essaie de les tuer.

Admettez-le : fumer n’est pas si dingue que ça. Moi en tout cas, ça me laissera toujours perplexe.

 

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