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Aux portes du paradis

Notre week-end de silence à l’abri de la modernité

Par Victor Watel, Photos : Maciek Pozoga



Les Sœurs silence se sont retranchées il y a plus de cinquante ans dans la forêt de Chimay, à la frontière franco-belge : une forêt vierge, à l’abri du monde des hommes, dans laquelle elles ont recréé le désert où Jésus a vécu l’exil. Elles ont choisi la solitude pour se rapprocher au plus près de leur grand amour invisible. Pour elles, vivre en groupe c’est wack, et les relations humaines, le dialogue ou l’amitié empêchent de rentrer en communion totale avec Dieu. Parfois, le vol d’un oiseau ou le cri d’un animal perce cette solitude, mais au moins, ce ne sont pas des mots qui s’échappent d’une bouche.

Après avoir traversé une cinquantaine de petits ­villages du nord-est de la France, nous arrivons sur le parking de l’ermitage des Sœurs silence. Un Saruman pèlerin un peu creepy sort de son cabanon en nous regardant fixement. On se dirige vers la chapelle où une sœur nous attend à l’entrée, les bras croisés. Ce qu’elles appellent la « chapelle », c’est leur QG, situé au centre de la fraternité. C’est une maison en briques inspirée des pavillons des années quatre-vingt-dix, avec cuisine, bureaux et salle de prière.

Au moment où nous entrons dans la maison, la sœur principale s’enfuit dans le couloir et se réfugie avec nous dans une petite pièce sombre. Elle ouvre juste la bouche pour nous interroger sur notre retard, visiblement irritée. On lui donne des explications bien pourries. La sœur en chef est un peu sur les nerfs mais dans toute sa bonté, elle nous fait comprendre avec ses petits yeux fatigués que nous sommes de jeunes cafouilleurs et qu’au fond ce n’est pas grave, c’est normal compte tenu de notre jeune âge et de la folie de Paris. Le reste de ce que l’on a vécu durant notre week-end de silence à l’ermitage est (grossièrement) résumé plus bas.

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