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Caca mortel

Ce truc qui s’échappe de votre corps vous aura tôt ou tard.

Par Harry Cheadle, Illustrations : Johnny Ryan



En ce moment même, des millions de gens sont en train de se débarrasser de leur matière fécale dans des toilettes, des trous, des poubelles, des marais, des bois, des océans, des Honda Civic, des éviers, des pissotières, des buissons, des bois, de l’herbe, des bennes à ordures, des statues de la Vierge Marie, des bouches, des narines, des aisselles, des vagins, des pénis, d’autres trous de balle, sur des chiens, dans du fromage, et que sais-je encore. Si vous ajoutez à cela des zizis d’animaux, il est possible qu’un tout nouveau type d’épidémie soit en train de se propager quelque part, au vu et au su de tous.

Du coup, permettez-moi de vous en informer : un jour – et ça pourrait être très bientôt –, une station d’épuration explosera et entraînera avec elle un immense tsunami de merde qui dévastera le monde entier, ravageant villages et métropoles de son contenu fétide. Des rivières de caca engloutiront les îles et se déverseront sur des milliers de kilomètres, jusqu’à briser les fenêtres des derniers refuges où subsisteront des humains. Puis tout disparaîtra lentement, notre civilisation noyée dans un gigantesque torrent de diarrhée.

Vous n’y croyez pas ? Eh bien, mes enfants, j’ai de mauvaises nouvelles à vous annoncer. La merde nous a d’ores et déjà déclaré la guerre, et elle gagne du terrain. J’en veux pour preuve ces quelques tristes exemples que les étrons sont parfaitement capables de nous exterminer.
 

 
     
UNE BRIQUE DE FIENTE DE PIGEON
Le 7 décembre 2007, Craig Taylor, originaire de Balgowlah en Australie – comme vous, quelqu’un qui ne s’était pas préparé à une mort scatologique –, s’est abrité sous une bâche de magasin un jour de tempête. Malheureusement, il s’agissait aussi d’un immense repaire à pigeons ; l’abri ployait déjà tellement sous l’amas de fiente grise qu’avec l’action conjuguée de la pluie et du vent, il s’est écrasé sur la tronche de notre pauvre Craig, provoquant sa mort ­immédiate. Consolez-vous, ce triste événement n’a pas été vain : trois ans plus tard, le constat du médecin légiste a entraîné « une refonte totale et immédiate du dispositif de protection­ des petits magasins en cas de pluie, et ce dans chacune des municipalités de l’État. »
  DES TORRENTS D’EXCRÉMENTS CHEVALINS
Un cheval produit entre 25 et 40 kilos de fumier par jour. Avant l’apparition de l’automobile, environ 100 000 chevaux trottaient dans les rues des grandes villes ; 750 tonnes de crottes de cheval étaient déversées chaque jour dans New York. À en croire The Making of Urban America, écrit en 1997, « on retrouvait des excréments à chaque coin de rue, piétinés par les passants ou voguant au gré du vent ». La mairie de New York essayait de s’en défaire en employant des « charretiers à crottin » dont le job se résumait à trimbaler des kilos de crottin jusqu’à d’immenses bennes à merde qui attiraient mouches, maladies et odeurs. Quand il pleuvait, l’amas infect se transformait en flaques et rus qui inondaient la ville. Pire, en plus de leur merde, la municipalité devait aussi se débarrasser des cadavres de chevaux ; le plus souvent, on les balançait à la flotte. De fait, des milliers de personnes mouraient chaque année des conséquences du crottin de cheval. Donc la prochaine fois que quelqu’un marmonne un truc à propos de l’« horreur de l’essence », rappelez-lui que toute cette histoire de combustion est la plus grande avancée de l’espèce humaine dans notre Grande Guerre contre l’Excrétion.

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