Idée métier : la domination financière

Une autre façon de se faire payer en gérant l'argent des autres

Par Nick Chester


Une sélection de photos de Cleo, dominatrice financière de profession.

Le métier de dominatrice financière ressemble beaucoup à celui de comptable, sauf que les gens se branlent en pensant à votre gestion du budget et que vous bossez face à une webcam, et pas derrière un bureau.

On parle de fétichisme de la domination financière quand des hommes (les cash pigs, ou « cochons casqueurs » comme on les appelle dans le milieu) versent de grosses sommes d'argent à des femmes sur Internet. Ces relations peuvent prendre plusieurs formes : certains envoient une trentaine de dollars par semaine à leur maîtresse mais d’autres lui consacrent la majorité de leurs revenus et la laissent contrôler l’intégralité de leurs dépenses. Ça a l'air fou vu le climat économique actuel, mais c'est sans doute ce qui rend le truc excitant.

J'ai discuté avec un cash pig qui a tenu à rester anonyme, parce qu'il n’avait pas envie que sa famille découvre qu’il filait tout son blé à une inconnue dominatrice rencontrée sur le Net. Ce qui est tout à fait compréhensible. Quand je lui ai demandé comment il s'était retrouvé à faire ça, il m’a répondu : « C’était mon destin. Je suis né pour servir de magnifiques déesses digitales. »

Sa réponse n’avait rien de surprenant. Bien souvent, les dominés vénèrent leurs dominatrices. C'est même sur ce concept que repose leur relation. Mais j’ai quand même bloqué en apprenant le montant qu’il consacrait à sa maîtresse chaque mois : « Je garde assez d'argent pour manger des trucs de base et payer mes factures. Tout le reste, c'est pour ma maîtresse. Parfois, je saute même quelques repas pour pouvoir lui offrir plus. Je suis PDG d'une grande entreprise, donc autant dire que je dépense beaucoup. »

Le type avec qui j'ai discuté a souligné qu'il n'était pas exploité, et je l'ai cru. Personne ne le force à prendre son pied en mangeant des knacki-balls et en s’hydratant dans la fontaine de ses voisins. Mais je me suis dit que ça valait quand même le coup d'avoir le point de vue de l’autre partie de cette relation. J'ai contacté Cleo Tantra, une dominatrice financière qui bosse sur findoms.com – un genre de Facebook pour dominatrices financières – histoire d'en apprendre un peu plus.


Un échantillon de domination financière impersonnelle.

VICE : Bonjour Cleo. Vous pouvez m’expliquer en quoi consiste ce fétichisme de la domination financière ? Qu’est-ce que c’est, exactement ?
Cleo Tantra :
À mon sens, dans la domination financière, le truc c'est de dominer quelqu'un financièrement. Ça a l'air simple, non ? Ça ne l'est pas. On peut le faire de plein de façons différentes. T’as plein de princesses, de fifilles gâtées qui sont là et disent : « Je suis jolie, file-moi du blé. » C'est de la domination financière, ça ? Elles pensent que oui. Mais où est la domination ? Il y a aussi des mecs qui veulent qu’on les fasse chanter. Ils te refilent toutes leurs infos et te paient pour que tu gardes le secret. Là encore, où est la domination ?

Qu'est-ce que la vraie domination financière, alors ?
J'ai deux façons de faire, et je pense qu'elles relèvent toutes deux de la véritable domination financière. La première, c'est de tout savoir sur mon toutou : combien il gagne, combien il dépense, et comment il dépense. Je lui établis un budget qu'il doit respecter à la lettre. Je m'assure que ses factures soient payées mais je coupe ses dépenses alimentaires de moitié. Il peut bien manger des nouilles chinoises pour pas cher. Je réduis ses dépenses de loisir au quart de ce qu’elles étaient. Après ça, je regarde ce qu'il lui reste, j’en consacre la moitié à son épargne personnelle et je garde le reste. Il doit m’envoyer un mail tous les jours, dans lequel il liste ses dépenses et les sommes qu’il aimerait retirer, ainsi que la raison pour laquelle il a besoin d’argent. Je contrôle le moindre centime qu’il dépense.

Et l'autre façon ?
C'est du BDSM Internet classique, mais avec des sanctions financières. On discute quotidiennement par email ou téléphone, puis on construit une vraie relation. Je lui donne différentes tâches à effectuer : perdre du poids s'il est un peu gros, faire des photos gênantes – se travestir en se cachant la bite, ce genre de trucs. Il me fait des cadeaux parce qu'il aime que je le domine. Je le pénalise financièrement pour chaque tâche mal effectuée, ou quand il m’énerve.

Qu'est-ce qui plaît à votre cash pig d'après vous ?
Il y a deux genres de personnes qui aiment ça. Premièrement, le mec qui crève d'envie d'être abusé. Il aime se faire ridiculiser ou se sentir utilisé. C’est humiliant de se faire tirer son blé, ça fait souffrir, il faut se battre. Et il y a aussi le macho, le mec qui est dominateur normalement. Il est hyper stressé parce qu'il prend toujours des décisions pour ses affaires, il est à la tête d’une grosse boîte, bref, c’est un responsable. Tout le temps. Lui, il prend son pied quand il est vulnérable et que quelqu'un d'autre prend des décisions pour lui. Pour lui, c'est comme des vacances.

Généralement, combien l'esclave donne-t-il à sa maîtresse ?
Ça dépend. J'ai eu des cash pigs qui m'envoyaient 20 dollars par semaine. C'est ce qu’ils dépensaient en cafés au travail, et je les forçais à arrêter. D'autres envoient tout ce qui reste de leur salaire après avoir réglé les factures et rempli le frigo. Il y en a d'autres – je les appelle les soumis d'un soir – qui envoient 200 dollars à une maîtresse qui les séduit, mais qu’ils ne recontacteront jamais. Là, c’est plus du fétichisme financier que de la domination financière.

J'ai entendu dire que certains esclaves « adoptaient » leurs maîtresses et règlaient leurs factures. Vous faites ça, aussi ?
J'en ai entendu parler, mais je ne pratique pas. S’il faut payer les factures de sa dominatrice, ça sous-entend qu’elle a besoin d’argent. Or, la plupart des esclaves ne veulent pas d’une maîtresse qui a besoin d’eux. Je claque l'intégralité de l'argent que je reçois dans des trucs frivoles. Ça rend le jeu beaucoup plus excitant pour moi et mes pigs.

D'après vous, ce qui plaît aux maîtresses dans la domination financière, c'est la domination sexuelle ou financière ?
C'est surtout le côté financier, mais la plupart diraient le contraire. J'aime l'argent, mais ça m’excite – sexuellement, mentalement et émotionnellement – d'avoir le contrôle sur quelqu'un d'autre, même lorsqu'il n’y a pas d’argent en jeu.

Vous savez combien gagnent les meilleures dominatrices financières ?
Pas la moindre. Généralement, elles n'aiment pas discuter de ça pour des raisons fiscales, et beaucoup mentent sur les montants de leurs gains pour faire grimper leur côte. On doit pouvoir se faire quelques milliers de dollars par mois.

Vous avez déjà rencontré certains de vos esclaves en vrai ?
Pas encore. Mais il y en a deux que je compte rencontrer bientôt. Beaucoup de mes esclaves vivent à l’étranger, ce qui rend toute rencontre plus difficile, et d’autres que je ne connais pas depuis assez longtemps. Ça ne me dérangerait pas de les rencontrer en vrai, c’est juste que l’occasion ne s’est pas encore présentée.

Le fait qu’aujourd’hui, la moitié de la planète soit ruinée a-t-il changé quelque chose au fétichisme de la domination financière ?
Honnêtement, je crois que c'est en voie de disparition. On compte plus de dominatrices que d'esclaves. Beaucoup de filles découvrent ça et pensent qu'elles peuvent poster une annonce et se faire des sous. Ça gonfle les soumis et esclaves potentiels, et ils se cassent. Il n'y a que les filles qui considèrent ça comme un art, et pour qui l’interaction compte autant que l'aspect financier (en gros, celles qui se rendent compte qu'il ne suffit pas de poser son cul sur une chaise et ramasser le blé) qui peuvent continuer de bosser là-dedans.

OK, merci Cleo.

 

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