L’ami du mal

Nicolas Castelaux aime bien les tueurs en série

Par Mathieu Berenholc

 
Nicolas Castelaux est l’auteur de Je tue donc je suis – Écrits et dessins de serial killers. Vous ne verrez pas son visage ni ne connaîtrez son vrai nom, parce que nous sommes convenus de préserver son anonymat. Bon, on a quand même le devoir de préciser qu’il prétend avoir goûté à la chair humaine dans sa jeunesse et que c’est lors de son séjour en prison – il a été condamné à douze ans pour homicide, en 1994, à l’âge de 21 ans – qu’il est entré en contact épistolaire avec les tueurs en série les plus dégueu du monde et qu’il a peint leur portrait. Quand il nous a reçus chez lui, un deux-pièces en banlieue parisienne rempli de « murderabilia », on n’était pas très rassurés, mais tout s’est bien passé. Apparemment il est calmé, il nous a offert une bière et raconté quelques histoires plutôt fascinantes.

Vice : Avant de lire ton bouquin, je connaissais que dalle aux tueurs en série. Ce qui m’intrigue c’est comment tu es entré en contact avec eux. C’est là que je risque d’avoir des questions à te poser sur ton ­histoire personnelle.
Nicolas Castelaux :
Le truc, c’est de préserver ma véritable identité. C’est pour ça que ­j’utilise un pseudo pour mes livres et que je préfère pas qu’on voie mon visage. On peut dire que j’ai été incarcéré pour homicide pendant pas mal d’années. Et que je me suis retrouvé dans ce milieu de murderabilia par la force des choses, parce que des mecs achetaient mes portraits de tueurs en série. Aux États-Unis, t’as une espèce de sous-culture de gens qui achètent, collectionnent et revendent des lettres et des dessins de serial killers. Il y a des mecs qui en profitent, ou qui commandent des tableaux sans payer les détenus, bref, c’est un milieu assez foireux.

C’est qui le tout premier avec qui t’as correspondu ?
Un tueur californien, Patrick Kearney. C’est lui qui m’a contacté, bizarrement. Un jour, je reçois une lettre où il me parle de murderabilia. Il connaissait pas mes peintures, mais on avait des correspondants communs dans le milieu. Il voulait savoir comment ça se passait dans les prisons en France, et c’était aussi l’occasion pour lui de pratiquer son français. Parce que bon, dans une prison californienne, on n’a pas forcément l’occasion de trouver un interlocuteur francophile. Ah ah. Il m’a présenté plein de gens et ça a fait boule de neige. Grâce à lui, j’ai eu les adresses de ses codétenus, parfois célèbres, comme Charles Manson. Pendant un moment, je correspondais avec 25 ou 26 tueurs en même temps. Il y en a avec qui je n’ai échangé que deux ou trois lettres et d’autres avec qui j’ai eu une correspondance qui s’est étalée sur dix ans.

Et l’administration pénitentiaire vous laisse vous envoyer des lettres. Y’a pas de censure ?
Y’a de la censure du côté américain, mais dans les centrales françaises, y’a pas énor­mément de personnel pénitencier qui lise l’anglais. Donc ils sont obligés de faire appel à un traducteur. Mais quand ils reçoivent dix lettres par jour, ils peuvent pas envoyer les dix à traduire. Enfin, j’ai quand même eu des courriers censurés, j’étais tout le temps dans le bureau du directeur…

T’as des exemples de trucs qui ne sont pas passés ?
Ouais, dans une de ses lettres, un mec qui s’appelle Arthur Shawcross – qui étranglait des prostituées – décrivait la position des pouces sur le cou de la victime. C’est mal passé. Y’a aussi Natasha Cornett, une gothique qui a tué des témoins de Jéhovah, et qui me parlait énormément de satanisme. J’étais à la centrale de Poissy et le directeur de la prison était un catholique convaincu, il a fait une espèce de croisade contre moi. Ça faisait partie du jeu, c’est un rapport de force qu’on a eu pendant quelques années. A posteriori, je trouve ça amusant.

Tu voulais rentrer en contact avec Richard Ramirez. Il a fait quoi, lui ?
C’est un tueur en série de Los Angeles, ce qui est assez rare, la ville en a connu peu. Le mec a terrorisé la mégalopole pendant toute une année : il allait dans les maisons des gens, il tuait le mec et violait la meuf. Il leur arrachait les yeux, les mutilait. Ça a généré une telle psychose que ça a donné naissance au mythe urbain du tueur qui pénètre dans les maisons. Ce qui n’existait pas avant. Les tueurs en série sont généralement des gens mobiles, qui utilisent des voitures, prennent des auto-stoppeurs... Dans l’inconscient collectif, ça a créé une sorte de panique. T’as eu plein de films cette année-là, genre Cobra. On a correspondu pendant quatre ou cinq ans environ.


 

Qu’est-ce qui t’intéressait particulièrement chez lui ?
Le côté sataniste. Et puis, le mec avait une aura de rock star, avec plein de groupies. Pendant son procès, il était pas du tout dans le déni, il insultait le procureur, il avait un côté ingérable. Je voulais échanger des dessins, mais il avait beaucoup de problèmes parce que les gens revendaient ses créations, alors on lui a interdit d’avoir des crayons dans sa cellule. C’est un truc assez courant aux États-Unis : y’a une loi qui s’appelle la « Son of Sam Law », d’après le tueur surnommé le Fils de Sam, qui interdit aux détenus de profiter financièrement de leur célébrité. Cette loi n’existe pas en Californie, mais la prison peut toujours trouver le moyen de censurer un type.

Manson, lui, est considéré comme une petite bite dans le milieu, en fait.
Ouais, enfin c’est pas un tueur en série de toute façon. Manson, pour les collectionneurs de murderabilia, il est accessible, parce que c’est un mec qui produit énormément, donc tout le monde peut avoir son petit dessin de Manson. Mais ça n’a pas une grande valeur. La valeur, pour les collectionneurs, ne dépend pas de la notoriété du tueur mais de l’aspect transgressif du crime. Le cannibale a plus de valeur que le tueur de prostituées.

Toi aussi tu t’intéresses aux cannibales. Pourquoi ?
J’avais 12 ans quand il y a eu l’affaire Sagawa [ndlr : voir le numéro Interview de février 2009], et c’est vraiment quelque chose qui m’a marqué. À l’époque, le magazine Photo avait publié des clichés de sa victime à moitié dévorée. Il est complètement psychotique, ce qui est rare chez les tueurs en série. Normalement ce sont des gens très posés, et à part le fait d’aimer tuer, ils parviennent à fonctionner normalement en société. Mais lui, il est complètement fou. Il a passé seulement deux ou trois ans en HP en France et il a été extradé au Japon, où il a passé un an en HP avant d’être relâché. Il est libre depuis 1986. Donc c’est pas en prison que je l’ai contacté, c’est chez lui. À partir de là, on a fait connaissance, on a partagé certaines anecdotes, il me parlait des affaires d’autres cannibales qui l’ont toujours fasciné, de films de cannibales, et puis lui aussi, il m’envoyait des dessins.

Le cannibalisme, ça te passionne parce que ça va au-delà encore du meurtre ?
L’être humain n’a plus de grand prédateur naturel. Le dernier moyen d’être bouffé, c’est de l’être par d’autres êtres humains. Y’a ça, et y’a le côté purement agressif du truc : le fait d’ingérer de la viande humaine. C’est quelque chose que je rapproche du vampirisme. C’est mystique, une communion.

Je suis tombé sur des témoignages où tu disais avoir mangé de la viande humaine…
Oui, on peut mentionner ça, pas de souci, mais sans trop entrer dans les détails.

Tu conseilles le haut des cuisses et le bas du dos, c’est ça ?
Ouais, ce sont les meilleures parties.

Tu peux nous parler de ton bouquin, The Cannibal Cookbook ?
En gros, c’est un petit livre amusant de recettes cannibales faites par les cannibales eux-mêmes. La plus simple, c’est le steak de biceps de Jeffrey Dahmer. C’est le muscle le plus tendre, selon lui. Donc j’explique comment assaisonner ce steak savoureux, avec diverses épices. Y’a des trucs un peu plus compliqués, notamment une recette chinoise d’un tueur en série qui mangeait les abats des enfants. Y’a aussi le « carpaccio des Andes » : des footballeurs qui s’étaient crashés dans la cordillère des Andes découpaient des lamelles de viande et les faisaient sécher sur les ailes de l’avion. Et puis les recettes traditionnelles des îles Fidji. Ensuite, y’a des conseils pratiques pour préparer une carcasse humaine. Donc voilà, comme dit le livre, c’est pour inviter des gens à dîner, et... c’est eux qui finissent dans votre assiette. Mais c’est pas à prendre au premier degré. Enfin, prenez-le au premier degré si vous voulez, mais après ne dites pas que c’est moi.

À Poissy, tu étais avec d’autres tueurs en série mais je suis étonné de pas voir de Français dans ton livre, y’a aucun tueur français que tu admires ?
Les seuls sont morts depuis longtemps, Gilles De Rais, Joseph Vacher qu’on appelait ­l’Éventreur du Sud-Ouest, il opérait à la même époque que Jack l’Éventreur. Mais dans la France récente, non. C’est de la ­misère sociale en général. Y’a pas le côté ultra transgressif des Américains, Russes ou Anglais. Les crimes dont on parle en France ont toujours une dimension sociale, comme le petit Grégory. C’est toujours lié à la ­famille, ça m’intéresse pas du tout.


 

C’est en prison que tu t’es mis à peindre ?
Ouais, j’étais à Fleury-Mérogis. Et quand t’es enfermé 23 heures sur 24 dans 9 mètres carrés, la peinture, c’est bien, je ne voyais pas le temps passer. Surtout au début, quand je pensais que j’aurais une très très longue peine. Mon avocate m’avait dit que je prendrais entre dix-huit et vingt-cinq ans. J’ai pris douze, et j’ai fait sept. Elle s’est gourée, tant mieux. C’est à partir de quinze ans que ça devient chaud. T’as des séquelles physiques. Des études ont montré que sur les détentions à long terme, à partir de dix ans c’est des séquelles psychologiques et à partir de quinze ans, c’est le corps qui prend, la vue baisse et même, au niveau psychologique, c’est irréversible.

Et pour peindre tes portraits de tueurs en série, tu le faisais d’après les photos qu’ils t’envoyaient ?
Ce qui m’intéressait, c’est les photos d’identité judiciaire. C’est le moment où on voit la vérité crue du mec. Il vient de se faire arrêter, interroger par les flics, il ressasse ses crimes, et dans son regard il y a un truc. Des fois y’a des détenus, y’en a un qui ­s’appelle Keith Jesperson, il m’a envoyé une photo de lui, il voulait un portrait pour sa tante. Donc je lui ai fait son tableau. Ce mec-là, c’était un camionneur qui tuait des prostituées. Il dessinait des happy faces sur les chiottes des relais routiers à chaque fois qu’il en tuait une. Une fois, pour qu’on ne reconnaisse pas sa victime, il l’a attachée avec une corde derrière son camion et il a roulé 5 kilomètres.

Et quelles sont les œuvres les plus recherchées ?
Y’a un tueur en série qui s’appelle John Wayne Gacy et qui a été exécuté au début des années 1990. Il a tué une trentaine d’ados, il les enterrait sous sa baraque. Il s’habillait en clown, il allait dans les hôpitaux pour divertir les enfants, et en prison il s’est mis à peindre des clowns. Ses peintures sont très mauvaises, c’est vraiment le bas de gamme de la murderabilia. Mais y’a cet aspect morbide, et la symbolique du clown tueur.

C’était avant ou après Ça ?
C’était avant. D’ailleurs, je me demande si le maquillage de Ça n’est pas influencé par celui de John Wayne Gacy. Y’a ce truc de la phobie autour des clowns qui est intéressant. Maintenant, y’a des tueurs recherchés pour la qualité picturale de leurs œuvres. Genre Danny Rolling, ses fresques à l’huile vachement symboliques. Il a aussi écrit The Making of a Serial Killer. Le mec, c’est un braqueur qui a pété un câble et a tué cinq filles en l’espace d’une semaine.

Il a fait un dessin de toi ?
Ouais. Et il faisait beaucoup de batailles épiques de démons. Il se livrait un combat intérieur. C’était un mec torturé. Ses toiles dégagent vraiment quelque chose.

Il est mort ?
Ouais, y’a quatre ou cinq ans. Il a été exé­cuté par l’État de Floride.

Et t’étais triste ?
C’était pas quelqu’un de proche donc je peux pas pleurer sa mort. Maintenant oui, j’appréciais ses lettres, j’appréciais ses peintures. Mais bizarrement, j’ai pas une opinion hyper défavorable sur la peine de mort.

D’un point de vue pictural, quels travaux te semblent les plus réussis ?
C’est pas forcément les plus connus les meilleurs. Henry Lee Lucas dessinait aussi bien des portraits de vampires ensanglantés que des paysages. Mais bon, y’a des bons tableaux de Richard Speck, un tueur connu des années 1960. Ou des trucs vraiment intéressants de tueurs moins connus, comme Daniel Siebert. C’est que des dessins de trucs sexuels. Des types qui menacent des filles avec des couteaux. Des projections de fantasmes et de désirs de meurtre. Le mec cherche pas à vendre des tableaux de fleurs, il montre sa vraie nature. C’est ça, c’est une fenêtre sur l’âme du mec, son expression la plus crue. Le plus intéressant pour moi c’est les tableaux violents, les thématiques sombres. C’est pour ça que Gacy me laisse indifférent avec ses clowns. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’au-delà de ce cercle de collectionneurs, y’a aussi des gens qui s’intéressent à l’art déviant. Johnny Depp par exemple.

Il t’en a acheté aussi, non ?
Non, moi c’est plutôt des mecs dans la musique. Le mec de Korn par exemple. Des groupes qui m’ont demandé des pochettes aussi, des fois. Mais c’est un milieu qui passionne aussi bien les femmes au foyer que les avocats de la Cour suprême aux États-Unis. Y’a pas mal de gens dans la justice, la police, qui sont dans la murderabilia. Par exemple, la voiture de Ted Bundy, son premier acquéreur c’était un flic de l’État de Washington.

Pour en revenir à ton bouquin, t’expliques que tout le monde a une curiosité pour le mal et que tu veux montrer le mal tel qu’il est. Je trouve que c’est un argument discutable. Qu’est-ce qui fait que toi, tu aies un intérêt pour le mal ?
C’est un intérêt… spirituel. C’est pas vénérer le mal pour le mal. C’est beaucoup plus ­complexe que ça. Qu’est-ce qui fait qu’une religion décrète que tel comportement ou telle attirance pour des choses plus ou moins morbides est contre-productive, donc mauvaise, donc satanique ?


 

Tu te considères comme sataniste ?
Oui, oui. J’ai toujours eu ce truc d’opposition. Étymologiquement, le sataniste c’est l’« adversaire », et je me pose en tant qu’adversaire.

De la religion catholique ?
Ça, c’est un amalgame fait par un certain nombre de jeunes satanistes, qui le deviennent par le biais de la musique. C’est ce qu’on appelle le satanisme blasphématoire. Des gamins qui vont essayer de cramer des églises. Moi, je trouve la religion catholique extrêmement intéressante, justement, sur la perversité. C’est tourné vers le ­rapport à la souffrance. Avec une iconographie extrêmement sombre. Le fond du catholicisme c’est l’amour, mais ça projette tellement de haine et de pathos qu’il y a une espèce de dualité fascinante. Moi, j’irais pas cramer une église. Une cathé­drale, ça a été fait à la sueur et par le sang de centaines de pauvres gueux, c’est pas ça pour moi qu’il faut combattre, c’est plutôt un système de pensée. Ce qu’on appelle en magie l’égrégore : l’énergie, cumulée par des croyances. L’égrégore de Dieu, l’égrégore d’Allah, ce sont des énergies qui pour les magiciens sont réelles. Parce que des milliers de croyants y mettent une force spirituelle. Et ce sont ces égrégores-là, selon moi, qui sont dangereux et néfastes.

Donc ce qui t’intéresse chez les tueurs en série c’est qu’ils essayent, par leurs crimes, d’être uniques ?
Oui, y’a de ça, et le fait d’avoir un impact durable sur une communauté, sur un ­psychisme collectif. Le fait que le mal au Moyen Âge c’était les loups-garous, les loups ; et maintenant le mal c’est le tueur en série, le mal concret. Ce qui est complè­tement disproportionné, parce qu’on a beaucoup plus de risques de mourir dans un accident de voiture, ou d’avion, que de croiser la route d’un serial killer.

Et tu trouves ça injuste qu’ils soient montrés comme des figures du mal ?
Pas du tout, parce que c’est nécessaire. Les personnalités des tueurs, en tant que telles, sont dépourvues d’intérêt. Généralement, ce sont des personnes peu brillantes, assez dénuées d’humour. Ils se prennent trop au sérieux, ça me rebute. Pour moi, ce qui fait l’intérêt d’un être humain, c’est sa capacité à avoir de l’humour.

Certains d’entre eux sont plutôt marrants d’après toi, pourtant…
Oui, y’en a certains avec lesquels j’avais plus d’affinités. Genre Larry Bittaker. C’est un mec qui s’en fout complètement d’être condamné à mort, qui dépasse ça, et qui arrête pas de faire des vannes dans ses lettres. Y’en a d’autres qui ont un humour beaucoup plus noir.

Tu parles de ce mec qui est à une minute de mourir et qui dit au bourreau...
Ouais, c’est Carl Panzram qui a gueulé : « Dépêche-toi, sale bâtard, à ta place j’en aurais déjà pendu une douzaine ! », parce que le bourreau mettait trop de temps à lui placer la corde autour du cou.

Mais Bittaker, tu le trouves plutôt sympathique...
Ouais, alors que le mec est condamné pour des actes de torture et de barbarie sur des mineurs… et que j’ai quand même une morale, tout ce qui concerne les crimes sur les mineurs et les personnes âgées, c’est pas ma came.

Ouais d’ailleurs, tout ce qui concerne les enfants est limite honni chez la plupart des tueurs en série.
Ouais, y’a une espèce de hiérarchie...

Mais c’est là que je comprends pas. Le mal c’est le mal. Buter un môme, c’est... mal.
Hmm, nan. C’est la facilité. Le mal, pour moi, c’est la facilité et la paresse. S’en prendre à un gamin, c’est trop facile. C’est lâche. Ceux que je respecte le plus, c’est le tueur du Zodiaque, ces mecs qui entrent dans une logique de guerre contre l’humain. Dans toutes les prisons, y’a une hiérarchie. Et on la respecte. Un mec qui tue un flic, pour quelqu’un qui a passé dix-huit ans de sa vie en prison, c’est un acte de bravoure. Y’a cette logique qui est pas forcément celle de ceux qui sont dehors, mais c’est une logique quand même. Le bien, le mal, c’est hyper relatif.

Tu dis que tu t’es amendé et que tu ne referais plus ce que t’as fait... Donc t’es quand même prêt à accepter la logique du bien.
C’est un jeu et j’accepte les règles du jeu. J’avais 21 ans. J’ai joué à un jeu, et j’ai perdu. J’ai toujours accepté les punitions relatives à ce jeu-là. Et elles ont été plutôt légères. Il y a des gens que j’ai rencontrés en prison qui n’arriveront jamais à fonctionner en société, parce qu’ils refusent ces règles. Moi, je fonctionne « normalement », voilà, je verse des dommages et intérêts aux ­parties civiles, sans aller jusqu’à dire que je suis un membre utile à la société, disons que je ne suis plus néfaste. Je l’ai été. Mais j’ai un entourage qui fait que j’ai un équilibre personnel. La série Dexter me fascine. C’est un mec qui tue d’autres tueurs en série. La morale, c’est qu’il a son propre code moral. Il a ce côté sombre, il en est conscient. Dans la philosophie hindoue, y’a ce qu’on appelle le dharma, c’est une ligne de vie pour laquelle on est fait. Si on en dévie c’est là le mal. Un assassin, si son destin c’est d’être assassin, s’il fait autre chose, il va se sentir mal et y’aura un dysfonctionnement dans la société. S’il assume son rôle d’assassin, en se mettant des limites et tout, là il vivra pleinement son destin. La meilleure façon pour moi de me divertir, c’est lire des livres ­d’horreur, voir des films avec des scènes de torture, lire des bouquins sur les tueurs en série. C’est mon intérêt personnel plus que social de faire en sorte que cette déviance ne nuise pas à mon entourage ou à moi.

T’as toujours été intéressé par ce genre de livres et de films : est-ce que tu penses que t’as cherché à les imiter ?
Nan, nan, y’a toujours cette phase de fascination pour le morbide chez les ados, mais chez moi c’était plus poussé que chez les autres. Maintenant, je vais pas te dire que j’ai été influencé par le black metal et les films d’horreur. Si j’avais vécu au Soudan et que je n’avais pas eu tous ces trucs-là, ça serait arrivé quand même, et peut-être pire : j’aurais rien eu pour me défouler. Comme pour les mecs qui ont goûté à l’héro pendant des années et qui ont besoin de palliatifs, moi j’ai goûté à ça et maintenant j’ai des palliatifs, les films d’horreur, et l’écriture.


Je tue donc je suis – Écrits et dessins de serial killers, de Nicolas Castelaux, est paru aux éditions Camion Noir
 

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