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      La conspiration contre la Syrie, c'est pas du cinéma

      December 27, 2012
      Tiré de la colonne 'Des nouvelles d'un peu partout'


      Photo publiée avec l’aimable autorisation de Najdat Anzour

       

      L’année dernière, en signe de soutien à l’opposition contre Bachar al-Assad, des chaînes de télé qataries et d’autres pays du Golfe ont refusé de diffuser les films syriens et les séries télé liés au régime en place, menant à une chute des productions syriennes.

      Cette censure a touché de plein fouet Najdat Anzour, un réalisateur syrien majeur qui a réalisé Hour al-ain, un film de 2005 qui dénonce les kamikazes et les terroristes. En 2007, il a fait la Une des journaux quand il a été choisi pour réaliser un film à partir d’un script de Mouammar Kadhafi – plus tard, on a su qu’il devait disposer d’un budget de 50 millions de dollars, entièrement financé par le dictateur. Depuis, le projet a été abandonné.

       

      J’ai appelé Najdat et appris qu’il avait soif de liberté et qu’il était opposé à l’Armée syrienne libre – ceux-là même qui s’opposent à un régime qui se préoccupe assez peu de la liberté d’expression. C’était déstabilisant, tout comme le conflit actuel.

      VICE: Qu’est-ce qui a changé dans votre vie depuis le début de la guerre civile ?
      Najdat Anzour : D’abord, ce n’est pas une guerre civile – c’est une guerre internationale, organisée contre la Syrie par d’autres autorités. C’est une guerre entre des factions terroristes et le peuple syrien. On dirait que cette guerre ne vise qu’à instaurer le chaos en Syrie, à en faire un État instable ; à empêcher les gens de travailler et d’avoir de l’ambition pour l’avenir ; à nous plonger dans un climat de peur.

      Vous pensez vraiment que c’est ce qui se passe en ce moment ? Qu’il ne s’agit pas de révolutionnaires qui se battent pour la liberté ?
      Oui, je le pense. Les gens doivent être avertis de la conspiration contre notre pays, et de qui essaie de tous nous poignarder. Énormément de Syriens souhaitent le changement, plus de liberté d’expression et de démocratie, et se débarrasser de quiconque voudrait mettre un frein au développement et à la modernisation de la Syrie.

      Vous comptez faire un film ou une série là-dessus ?
      Pas directement, non, mais je bosse sur une série dramatique qui parle des événements en Syrie et de leurs conséquences sur la jeunesse syrienne. Les œuvres comme les miennes contribuent à créer le dialogue, à lancer des débats qui vont aider à immuniser les individus contre les idées salafistes. Ou au moins les faire s’interroger sur ce qu’ils font, ne plus agir sans réfléchir.

      Comment vous aimeriez voir évoluer la situation en Syrie ?
      Personnellement, je souhaite plus de liberté d’expression, moins de peur, de mensonges, de favoritisme et de tyrannie. Il faut défier tout ordre établi..   

      Est-ce que votre boycott par certaines chaînes de télé a découragé les réalisateurs syriens ?
      Non, il y a encore beaucoup d’artistes syriens qui persistent et se délestent d’une bonne partie de leurs économies pour continuer à produire des œuvres locales. On critique la corruption, on encourage au développement, et on en appelle à l’unité nationale. C’est ça, une bonne œuvre syrienne : du courage, et de l’audace.

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