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      La mélodie de la peur

      November 16, 2012

      Par Piers Martin


      Illustration : Jiro Bevis

      Alan Howarth, 64 ans, génie du synthétiseur et associé de John Carpenter dans les années 1980, a composé des morceaux pour ces putains de classiques que sont New York 1997, Halloween II, Big Trouble in Little China et Christine. Il a aussi créé des effets sonores pour Star Trek, Poltergeist, Les Aventuriers de l'arche perdue, Gremlins, et Total Recall – entre autres. Ce compositeur génial et versatile s’est aussi essayé à des musiques d’ambiance pour parcs d’attractions, des tonalités de jeux vidéo, des enregistrements pour des docus et a trouvé plein de techniques pour rendre la musique new-age moins relou.

      Ses partitions sombres et électroniques, pleines de textures fluides évoquant l'horreur du futur ont influencé tellement de mecs que ce serait débile de faire une liste, mais on peut dire qu'Emeralds, Legowelt et Zombie Zombie ont sniffé ce style comme peu avant eux. Zombie Zombie viennent d'ailleurs de collaborer avec lui. Alan de son côté, a bossé sur les versions remasterisées de Halloween II et Halloween III : Season of a Witch, histoire de faire flipper les jeunes comme il y a 25 ans en plus d’un tout nouveau film d’horreur de Howarth, Brutal, qui vient de sortir en salles.

      Nous avons skypé Alan alors qu'il était chez lui à Los Angeles pour parler de sa collaboration avec Carpenter et leur quête des sons d’épouvante. « Ma maison est construite sur une colline avec vue sur Universal Studios, Disney et Warner » nous confie-t-il. « C’est Los Angeles, qu’est-ce que je peux rajouter à ça ? C’est là ou il faut être pour ce genre de trucs! »

      VICE : Hey Alan. Sur votre avatar, vous êtes en face de la pyramide de Kheops. Qu’est ce que vous fichiez là-bas ? 
      Alan Howarth : Je travaille sur ce que j’appelle la musique RA ; ça consiste à utiliser des fréquences spécifiques émises par cette pyramide. Ces ondes coordonnent avec les ondes cérébrales. D’ailleurs ce truc ne vient pas seulement des pyramides mais aussi de la culture maya et de la musique baroque. Je pars donc du principe que la fréquence de la musique actuelle – 440 Hz – est pourrie, et qu’on peut faire de la musique avec autre chose que ce que l’on entend à la radio. 

      Comment vous avez découvert ça ?
      Un collègue à moi, Wes Bateman – aujourd’hui décédé – a fait des tas de calculs sur cette pyramide, partant du principe que l’architecte avait de si grandes connaissances qu’il voulait probablement communiquer grâce à sa construction. C’est ce qu’il écrit dans son livre, mais pour soutenir sa thèse, qui était purement archéologique, j’ai été là-bas, ai loué la pyramide et l’ai mesurée.

      Ça coûte combien de louer la Grande Pyramide ?
      Environ 8 000 dollars pour deux heures. On devait filer du cash aux gardiens mais notre guide égyptien a fait l’opération à notre place. On a eu le droit de s’enfermer dans la pyramide, au calme et j’en ai profité pour transformer la Chambre du Roi en studio d’enregistrement. J’ai par la suite analysé les résonances, les notes, les ondes stationnaires – les prédictions de Wes se sont avérées exactes. C’était la meilleure partie du projet. Depuis, j’ai breveté le concept de réajustement de fréquence – musicalement parlant, le « la », la note de référence, passe de 440 à 424 Hz. Le premier diapason, créé en 1 711 par John Shore donnait au « la » une fréquence de 423,5 Hz et même les types du courant baroque – Mozart, Handel et tout ça – basaient leurs mélodies sur cette fréquence. Vous vous souvenez de ces transistors où l’on devait régler les stations à la perfection pour éviter que ça crépite ? Les fréquences 440 Hz crépitaient, alors que les fréquences 424 étaient d’une clarté sans nom ; elles pénétraient votre corps et votre esprit.

      Et vous vous servez de ça dans votre boulot ?
      Tout à fait. Le truc drôle c’est qu’à la base j’utilisais ça dans une perspective spirituelle, mais il s’est avéré que même le public y était plus sensible. La première fois que j’ai composé pour un film d’horreur en réajustant la fréquence, j’ai reçu l’award de la meilleure bande sonore de film d’horreur.

      C’était lequel ?
      C’était pour Basement Jack. Il faut voir ça comme un outil. Si vous êtes en quête d’amour et de guérison, ça vous aidera. Si votre intention est d’effrayer les gens, ça leur fera d’autant plus peur. C’est une sorte d’amélioration globale de la musique, qui permet d’amplifier le poids de l’œuvre.

      Vous avez envie de rejouer la B.O. de Halloween à cette fréquence ?
      C'est ce que je veux. Je n’essaie pas de mettre l’accent sur le côté effrayant du film ; j’essaie de garder la touche de spiritualité, mais ça marche pour les deux. Si tu as un groupe de heavy metal, il y a des chances que ton son soit d’autant plus heavy si tu t'accordes à ces fréquences.

      Vous avez débuté en jouant dans des groupes de classic rock à la fin des années 1960, et vous faisiez du piano dans le groupe Weather Report dans les années 1970. Comment en êtes-vous venu à rencontrer et travailler avec John Carpenter ?
      Un pote à moi de Cleveland bossait chez Paramount Pictures à LA et a entendu une conversation entre deux types qui disaient avoir besoin de quelqu’un qui se débrouillait bien au synthé. Il s’est tourné vers eux et leur a dit : « Vous devriez parler à mon pote Alan, il joue dans Weather Report. » Ils ne connaissaient pas Weather Report alors ils ont demandé : « Le Weather Report [bulletin météo, en français] de 7 heures ou de 11 heures ? » Quoi qu’il en soit, il leur a laissé mon nom et ils m’ont appelé pour une audition. Je devais reproduire le son du vaisseau spatial Entreprise de Star Trek, de distorsion 1 à 7, alors je suis rentré chez moi, j'ai chopé mon synthé Prophet 5 et j'ai commencé à composer. Le destin jouant en ma faveur, le mec en charge du sceenplay de Star Trek s'apprêtait à bosser avec Carpenter sur New York 1997. C'est comme ça que ma collaboration sur les B.O. des films de John Carpenter a débuté.

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      Thèmes: alan howarth, john carpenter, total recall, BO, bande-son, science-fiction, films d'horreur

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