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      Les champis sont interdits

      December 14, 2011
      Tiré de la colonne 'Photos'

      Photos : Hamilton Morris et Santiago Stelley

      Une pile de Psilocybe Atlantis fraîchement lavés.

      Paumée dans les alentours bucoliques de Hazerswoude-Dorp, petit village de Hollande méridionale, au milieu des prés verdoyants et des vaches ruminantes, des vieux moulins à vent et des tulipes, se trouve une ferme pittoresque qui renferme la plus grande usine de truffes magiques au monde. Ces truffes, aussi appelées pierres philosophales, ne sont techniquement ni des truffes, ni des pierres, mais plutôt des propagules fongiques dont la fonction biologique est différente de celle du champignon.

      Le champignon constitue le corps reproductif, ou « fruit » du mycète à partir duquel les spores vont se disperser. À la germination, ces spores forment un réseau complexe de filaments appelé mycélium. Si les conditions ne sont pas réunies pour que le mycélium donne naissance à des champignons, certaines espèces vont former des masses compactes de mycélium appelées sclérotes. En 2008, le gouvernement hollandais a banni toutes les espèces de champignons psilocybes connues mais a épargné le noble sclérote. Ces petits nuggets sclérosés de chair fongique – les « truffes », donc – sont devenus l’unique source de psilocybine légale aux Pays-Bas. J’ai pris l’avion en direction d’Amsterdam pour en savoir plus sur leur histoire et leur propagation.

      Quand je suis arrivé à la ferme des Magic Truffles, les deux propriétaires des lieux, connus sous le doux sobriquet des Truffle Brothers, étaient en train de déballer un mannequin « plus vrai que nature » de taille humaine et projetaient de le déguiser en Bob Marley puis de lui confectionner un faux joint qu’ils lui coinceraient dans la bouche.
       

         Qu’est-ce que Bob Marley et les extraterrestres ont en commun ? Tous les deux ADORENT fumer.


       

      VICE : Vous êtes qui, et vous travaillez dans quoi ?
      Ali :
      Je m’appelle Ali. À côté c’est Murat, mon frère. On est les Truffle Brothers (les « Frères Truffe »). On produit des sclérotes, également appelés truffes magiques. Bienvenue dans notre ferme des Magic Truffles à Hazerswoude-Dorp, à 30 kilomètres au sud d’Amsterdam.

      Comment vous en êtes venus à bosser dans la truffe ?
      Murat :
      Je travaillais dans une pizzéria. Au-dessus du restaurant il y avait un dealer de crack qui faisait du business avec des preneurs d’otages de...… Comment t’appelles les mecs qui prennent des bâtiments en otage ?

      Des squatteurs.
      Murat :
      C’est ça, des squatteurs. Donc ces squatteurs allaient ramasser des champignons dans la forêt et les échangeaient contre du crack au mec au-dessus de ma pizzéria. Le dealer de crack est venu me voir et m’a donné un petit sac qui avait l’air de contenir des poils de cul blancs. C’était un peu dégueulasse, donc j’ai rangé le sac dans un tiroir et j’ai complètement oublié. Environ une semaine plus tard, j’ai ouvert le sac et j’ai vu que des champignons avaient commencé à germer ! J’ai montré le sac de champignons à mon frère et je lui ai dit : « J’ai envie d’en faire pousser plus. » Ali venait de terminer un projet sur les champignons en Pologne, et on a décidé de monter un business ensemble.

      C’était quoi, ton projet sur les champignons en Pologne ?
      Ali :
      Je dirigeais un projet international sur l’Agaricus Bisporus, ou champignon de Paris. C’était une opération de production de masse en partenariat avec une conserverie. Donc je faisais déjà partie du réseau des champignonnistes, même si mes champignons étaient très différents. Pendant que j’étais là-bas, un ami est venu me voir avec des spores dans une boîte de Petri. Il m’a dit : « C’est un champignon magique. » Je n’en avais jamais entendu parler, alors j’ai regardé de plus près. Je suis allé voir un ami qui travaille dans un laboratoire de mycologie et je lui ai demandé : « On peut faire quelque chose avec ces spores ? » Il m’a dit : « On peut essayer en tout cas. » Après quelques semaines il n’y avait qu’un seul champignon dans l’aquarium, mais il était énorme. Je l’ai donné à un ami et il m’a dit que les effets étaient impressionnants. Apparemment il a parlé avec des cerfs, des arbres et des fleurs. Pour moi, c’était un signe : « OK, ça marche, on va continuer. » C’est comme ça qu’on a commencé, grâce à ça et au pote de Murat, le dealer de crack au-dessus de sa pizzéria.

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