Les dernières nouvelles de Crimée

Par Ryan Faith

Photo : Frederick Paxton

Un peu plus d'une semaine après la destitution du président Viktor Ianoukovitch par le Parlement ukrainien et la fin des Jeux Olympiques de Sotchi, l'armée russe a pris le contrôle de la Crimée, une région autonome d'Ukraine presque aussi grande que la Bretagne.

Alors que les troupes russes consolident peu à peu leur emprise sur la région, le nouveau gouvernement provisoire d'Ukraine réfléchit à la réponse à apporter à la situation. Bien que l'attention de l'Occident se soit jusque-là principalement focalisée sur les exercices d'entraînement militaire menés par l'armée russe à proximité, il se pourrait que ces troupes n'interviennent pas directement en Ukraine.

Samedi, d'après Reuters, Igor Tenioukh, nouveau ministre de la Défense ukrainien, a déclaré que l'armée russe avait envoyé 6 000 soldats supplémentaires en Ukraine. Cela laisse à penser que des troupes russes non identifiables – c'est-à-dire en civil, sûrement des membres des forces spéciales russes – auraient débarqué dans la base navale russe de Sébastopol – en Ukraine – plusieurs jours à l'avance. Il est donc fort possible que les forces russes aient coordonné et dirigé leurs opérations directement depuis cette base et que l'incursion en Crimée ait démarré depuis ce lieu, et non depuis la frontière ukrainienne.

Selon de nombreuses sources, des manifestants pro-russes se sont emparés de bâtiments gouvernementaux – sur lesquels ils ont hissé le drapeau russe – dans plusieurs régions de l'est de l'Ukraine. Des événements similaires se sont déroulés quelques jours auparavant en Crimée. Cela a conduit certains à prétendre que des manifestations dans d'autres villes du pays constitueraient un prétexte pour une invasion russe.

Il est néanmoins peu probable que des événements du même genre que ceux de Crimée surviennent dans d'autres zones de l'Ukraine – cette péninsule représente bien plus pour la Russie que le reste du pays, et le port de Sébastopol héberge la Flotte de la mer Noire – une flotte de la Marine russe – depuis 1783. En tant que seul port de Russie permettant d'accéder à la Méditerranée et plus largement aux eaux du sud, il est vital pour ce pays.

Et, si l'armée ukrainienne tente de repousser les soldats russes déployés en Crimée, les troupes s'entraînant à proximité représentent un large contingent de réserve.

Les forces d'occupation semblent avoir décidé d'opérer en trois phases. Premièrement, en prenant le contrôle des aéroports et en mettant en place des barrages routiers, elles ont contrôlé les voies de transport et de communication clés. Cela a permis d’empêcher de stopper l’afflux d’opposants – ou leur fuite –, mais aussi de restreindre les possibilités de riposte du gouvernement ukrainien.

La deuxième phase a consisté, pour l'armée russe, à s'étendre sur toute la région et à prévenir toute intervention armée des forces ukrainiennes déjà présentes dans la zone. Étant donné que les forces militaires ukrainiennes basées en Crimée sont limitées et ne sont pas équipées pour mener des opérations terrestres offensives et défensives sans le soutien du continent, cette phase n'a pas posé de difficultés.

La plus importante force ukrainienne basée dans la péninsule est la 36e Brigade des garde-côtes. Elle se trouve en poste près de la ville de Perevalnoe. Ce contingent compte environ 3 500 soldats mais se trouve équipé d'un nombre limité d'armes lourdes. Son rôle est de protéger la frontière et non de mener des opérations de haute intensité contre des unités militaires régulières. Si les troupes russes n'ont – pour l'instant – pas pris d'assaut la base, un millier d'hommes armés et une vingtaine de camions bloquaient hier matin l'entrée de la base, de sorte à empêcher tout mouvement de l'armée ukrainienne et à la forcer à rendre les armes. Hier soir, selon VICE News, la situation était toujours calme.

 

 

Les troupes russes bloquant l'accès de la base de la 36e Brigade des garde-côtes à Perevalnoe, en Crimée.

La troisième phase des opérations a débuté. Les Russes se déplacent désormais pour défendre les territoires qu'ils occupent. La plupart des unités déployées sont formées de soldats d'infanterie se déplaçant dans des camions et des véhicules de transport de troupes. Ces soldats sont aptes à conduire des opérations contre des forces policières ou paramilitaires. Mais, sans renforts, ils se trouveraient gravement sous-équipés en cas de conflit avec l'armée ukrainienne régulière.

Par conséquent, la Russie a commencé à envoyer des unités dotées de matériel plus puissant en Crimée. Une récente vidéo de CNN a montré des unités d'artillerie en mouvement (bien que, contrairement à ce que le journaliste a annoncé, les véhicules filmés n'étaient pas des tanks). Une autre vidéo, dont l’authenticité a été prouvée, montre le déploiement de nombreux hélicoptères russes – notamment des Mi-24 Hind destinés au combat. Cet appui permettrait ainsi aux forces russes de se défendre en cas de contre-attaque de l'armée ukrainienne.

Ce week-end, le ministre de la Défense ukrainien a annoncé que ses troupes se trouvaient actuellement en état d'alerte. Dimanche matin, l'Ukraine a d'ailleurs appelé ses réservistes. Rassembler les troupes d'une armée régulière et les mettre sur le pied de guerre est un processus qui prend habituellement quelques jours. Si les forces réservistes sont elles aussi mobilisées et se retrouvent intégrées à part entière à l'armée – et qu'elles ne reçoivent pas juste un fusil et trois mots d'encouragement –, le processus pourrait prendre encore plus de temps.

Avant la chute de l'Union soviétique, les troupes ukrainiennes et russes avaient l'habitude de combattre côte à côte. Cet héritage commun signifie que leur équipement, leur sens de l'organisation et leurs stratégies sont assez similaires. Néanmoins, l'armée ukrainienne – qui rassemble au total environ 150 000 soldats actifs – est considérablement plus faible que l'armée russe. Aussi, il est probable que l'équipement de la Russie soit un poil plus moderne. Malgré ces deux différences, les armées de terre de ces deux pays peuvent être plus ou moins supposées égales de part et d'autre.

En soi, l'armée ukrainienne est assez puissante pour repousser les Russes ayant envahi la Crimée. Néanmoins, il n'est pas sûr qu'elle soit apte à se défendre face aux 150 000 soldats s'entraînant à proximité. Dans un conflit à long terme, en termes démographiques, la Russie dispose d’un avantage clair sur l'Ukraine.

Selon un récent article du Daily Beast, les troupes russes déployées en entraînement militaire à proximité de l'Ukraine n'étaient pas accompagnées d'unités auxiliaires (comme par exemple des unités médicales). Cela signifierait que la Russie ne se préparerait pas à des attaques imminentes de grande ampleur et qu'une résolution politique pourrait éventuellement être trouvée dans les jours à venir.

À la rédaction de cet article, VICE News n'avait pas d'informations concernant une quelconque réponse ou intervention militaire de la part des Américains ou d'autres armées occidentales.

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