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      Les réfugiés mandéens sont coincés entre l'Irak et l'enfer

      December 18, 2012
      Tiré de la colonne 'Des nouvelles d'un peu partout'


      Une famille de réfugiés mandéens dans leur appartement syrien, rassemblés autour de la photo de leur fils/frère disparu.

       

      Plus d’un million d’Irakiens ont fui en Syrie suite au bain de sang qui a suivi l’invasion menée par les US en 2003. Parmi eux, des milliers de Mandéens, une minorité ethnique et religieuse qui vit sur les rives du Tigre, de l’Euphrate ou du Chatt-el-Arab depuis l’Antiquité.

      Les Mandéens, spécialisés dans des vieux métiers – construction de bateaux, orfèvrerie –, étaient persécutés sous le règne de Saddam Hussein. En son absence, les islamistes radicaux ont perpétué son héritage: attaques, enlèvements et viols des membres du culte gnostique.

      Aujourd’hui, il reste moins de 5 000 Mandéens en Irak, alors qu’au moment de la chute de Saddam Hussein, ils étaient encore 50 000. Ceux qui se sont enfuis en Syrie, un des havres séculaires pour les minorités religieuses au Moyen-Orient, se retrouvent à nouveau en enfer. Pas de chance.

      « Au début, on avait la belle vie, en tout cas meilleure qu’en Irak, mais ça empire chaque jour », a déclaré Aida, une Mandéenne réfugiée à Jaramana, un des quartiers pauvres de Damas, en 2009.

      « Les prix de la nourriture, des loyers explosent. Les coupures de courant sont quotidiennes, et on entend tellement d’explosions, de coups de feu dans les rues que quand on quitte la maison, c’est pour aller aux urgences. Mais bon, c’est le même train-train qu’en Irak. »

      Même avant la révolution, les Nations Unies ont essayé d’alerter l’opinion sur les conditions d’accueil qui empiraient pour les réfugiés venus d’Irak – la plupart se voient, au mieux, accorder le statut d’invités, ce qui ne leur permet pas de bosser, les force à survivre sur leurs maigres économies et de l’aide extérieure, et pousse femmes et enfants à la prostitution.

      Hikmat Salim Abdul, un Mandéen qui vit aujourd’hui en Suède, dit qu’il est attristé de ce qu’une génération entière de Mandéens va être privée de la chance d’aller à l’école.

      « Je ne trouvais pas de travail, je devais survivre des dons de la diaspora mandéenne, comme beaucoup d’autres familles mandéennes », a raconté Hikmat sur son passage en Syrie afin de délivrer une aide financière aux familles dans le besoin. « Parfois, c’était impossible d’apporter de l’argent aux familles vivant un peu plus loin, à cause des bombardements et des combats. »

      Alors que la guerre civile syrienne s’enlise dans des conflits sectaires, les réfugiés mandéens vont très probablement revivre la persécution religieuse, comme quand ils habitaient en Irak. Aida m’a confié qu’elle avait moins peur du régime que des rebelles : « Aujourd’hui, le gouvernement nous protège, alors que l’Armée syrienne libre veut renvoyer les Irakiens en Irak. »

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