Les vignerons californiens mettent de la weed dans leur vin

D’une pierre, deux coups : bienvenue en Amérique

Par Bonnie Collins

Pipeter du vin : la meilleure façon d’extraire le vin d'un tonneau

J'aime être vraiment défoncé. Je veux dire, je me sens bien quand je suis à la fois bourré et défoncé. Pourtant j'ai la trentaine bien tassée, et je ne peux plus me permettre de tester les mêmes substances psychotropes qu’avant, et avec lesquelles je me retrouvais systématiquement noyé dans cet océan infernal nommé débauche. Je me dois de mener une vie saine et responsable, au moins dans une certaine mesure. C'est pourquoi, si quelqu'un me collait un flingue sur la tronche et ne me laissait choisir qu'un seul vice pour le reste de ma vie parmi les six millions disponibles sur cette Terre, je crois que je choisirais le vin à l’herbe.

La tradition du vin à l'herbe californien remonte à la fin des années 1970. Celle-ci flotte dans ma mémoire au cœur d'un nuage de souvenirs, au-dessus des vignobles de Californie, quelque part entre Santa Barbara et Sonoma. Ces régions vinicoles, alors en pleine expansion, hébergeaient de jeunes viticulteurs qui menaient des expériences avec de nouveaux types de vignes et des sols en friche. Les gens faisaient fermenter le raisin et fumaient beaucoup d'herbe. Les prémices du mariage entre ces deux activités ont convaincu les fabricants de vin de faire passer la fermentation à un autre niveau et de mettre au point des états seconds inédits.

L'art de la viniculture mélange à la fois la chimie et l'agriculture ; c’est pourquoi il est très prisé des mecs qui se la collent. Le vin blanc se prête à des arômes plus naturels, un parfait mélange d'herbe et de raisin, un faible taux d'alcool, et des vins à l'herbe plus équilibrés. Le raisin rouge arrive parfois à faire passer le goût de l’herbe à la trappe ; il possède un taux d'alcool plus élevé, et offre une défonce assez proche de celle qu'on peut atteindre après avoir bouffé trop de space cookies – à savoir : alternance de moments de panique, de clame, puis de terreur. Il se dit aussi que les producteurs de Pinot Noir, spécialement relax, produiraient un vin à l'herbe des plus savoureux.

La serre de Pierre en 2005. Des tomates anciennes, des poivrons, et des plantations d'herbe hybride.

Miguel, producteur de vin que je connais par des amis communs, a connu un beau succès avec son millésime actuel, un breuvage qu’il produit dans sa cave et qui propose une teinture d'herbe concentrée et d'Everclear au Viognier (un cépage originaire de la région du Rhône, en France, cultivé au cœur de la côte californienne). L'herbe est trempée dans du Everclear pendant plusieurs jours afin d’en extraire la bonne quantité de THC, pressée dans un linge en coton et ajoutée au vin en fermentation. La couleur de ce que Miguel appelle « l'huile de serpent » contient des nuances rappelant les balles de tennis neuves ; de même, le goût combine des parfums de fleurs très affirmés avec des zestes de cannabis plus subtils. Il rassemble en lui les effets classiques du vin – ivresse, pets à répétition – et celui d'un Vicodin.

Pierre, un autre producteur français de vin à l'herbe de la région, a mis au point un millésime de 2004 très populaire, fait de raisins de Malvoisie Blanc (une variété de raisin blanc originaire de Grèce, poussant en climat tempéré) et d'herbe Lemon Diesel (une variété à l'odeur citronnée). Connue sous le nom DV (Double Vintage) en fûts, et « Two Birds One Stone » (D’une pierre, deux coups, en français) en bouteille, ce vin mérite la réputation qui le précède. C'est un produit de premier choix qui permet d’atteindre une ivresse suprême, grandiose, inaltérable. Pierre a fait ses classes auprès de l'un des plus éminents producteurs de vin de la région, et ensemble, ils ont décidé qu'une fermentation conjointe du vin et de l'herbe était la meilleure méthode. Leur herbe vient de Mendocino, et ils utilisent un jus additionnel obtenu à partir d'une vendange généreuse. L'herbe, moulue à la main, est introduite dans les fûts lorsque le vin a fini son processus de fermentation. Le résultat final contient l'équivalent d’un huitième d'herbe par bouteille et un degré d'alcool de 12%. Un verre de ce vin vous emportait vers l'ivresse parfaite, et si ces bouteilles avaient pu être vendues légalement, elles auraient coûté environ 55 dollars [42 euros].

Je risquerais de me faire une crampe au cerveau en essayant de retrouver l'année, mais je me rappelle de cette fois où Pierre est venu chez mon pote avec une dizaine de ses amis. C'était un nouvel an, à Lake Tahoe, près de Sacramento. Le DV nous a fait tout le week-end. On avait à peu près trois bouteilles et on commençait chaque soirée en en débouchant une, avant de passer à de bons vieux rouges sans herbe. Puis, on finissait par fumer de l'herbe jusqu’à tard dans la nuit. Si quelqu'un a une bouteille de ce cru (parce que, bien sûr, Pierre n'en a plus), contactez-moi. Il faut qu'on parle. On a une soirée à organiser.

L'idée de produire et de promouvoir ce genre de vin légalement relève bien sûr de l'utopie. Les lois qui régulent le commerce des boissons sont déjà assez compliquées lorsqu’il s'agit d'alcool seul, alors si l’on ajoute à cela les lois de chaque état relatives à la marijuana, il est impossible ne serait-ce que d'envisager que ce produit puisse, un jour, être en vente libre. Certains artisans du vin à l'herbe ont engagé des avocats mais ceci ne les a amenés nulle part. Si la police venait à trouver des fûts sur des domaines viticoles, les exploitants desdits domaines perdraient toute aide gouvernementale, devraient affronter un procès, et se retrouveraient dans une merde sans nom.

Je suis heureux d'avoir pu goûter les productions de Pierre et Miguel, et bien d'autres vins à l'herbe (rosés, rouges et blancs), et je me considère aujourd’hui extrêmement chanceux d'avoir pu tester des vins de cette qualité. Les producteurs n'aiment pas trop que j'en parle, mais les connaisseurs aiment partager les histoires de leurs expériences, bonnes et mauvaises, de ces breuvages. D'autres n’arrivent même pas à croire que de tels produits existent. Et, le jour où ce truc sera légal, joignez-vous à ce club des amoureux du vin et rêvez que ces bouteilles accompagnent les meilleures de vos soirées.

 

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