Livres et DVD

 

APPORTEZ-MOI LA TÊTE D'ALFREDO GARCIA
Sam Peckinpah
Filmedia

Bien que personne ne l’avoue, je ne crois pas être le seul à avoir compris tardivement l’intérêt du cinéma de Sam Peckinpah. On peut célébrer son style, c’est la partie de l’iceberg la plus abordable. Le reste, je crois que je ne l’aurais jamais compris si un jour la vie n’avait pas été une pute avec moi. Il y a des gens qui ne comprendront donc jamais Peckinpah, mais c’est pas très grave. La majorité des gens en revanche devraient pouvoir découvrir Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia et percevoir la saloperie de vie que Warren Oates a dû traverser pour en arriver là. Sérieux, j’ai découvert Oates dans Two-Lane Blacktop à une époque où je destinais le cinéma de Peckinpah à Jean-Pierre Dionnet et quelques autres vioques. Puis quand je l’ai vu dans Alfredo Garcia, j’ai réalisé que le sourire de ce mec contenait toute la tristesse du monde et que Peckinpah avait mieux que personne clamé que la vie n’était qu’une pute et je pense que c’est pour ça que ces deux-là s’entendaient si bien.

RAOUL QUEUTARD


 

 

RÉSERVE TA DERNIÈRE DANSE POUR SATAN
Nick Tosches
Allia

Je déteste les mecs qui se réclament de Scorsese et Kubrick au cinéma. Je les déteste. Sérieux, je les hais et je les méprise. Autant annoncer direct qu’ils n’ont aucune culture, encore moins de curiosité et qu’ils n’ont pas réfléchi deux secondes à ce qu’ils voulaient faire de leur vie. Ça ne m’empêche pas d’apprécier certains films de ces cinéastes par ailleurs respectables, mais plutôt que de me taper un énième film pas trop inspiré du célèbre réalisateur italo-américain, je préfère encore me plonger dans le nouveau livre de son meilleur équivalent littéraire, Nick Tosches, qui raconte ici la manière dont des gens haïssables, méprisables, sans aucune culture et encore moins de curiosité ont ruiné une industrie qui fleurissait très bien dans les mains de mafieux un tant soit peu exigeants. Avec The Other Hollywood de Legs McNeil (aussi publié par Allia d’ailleurs) dans la main droite et Réserve ta dernière danse pour Satan dans la gauche, on ne peut pas avoir mieux conscience des liens étroits et fondamentaux qui unissent la pornographie et le rock ‘n’ roll. Par ailleurs, cette sortie permet de faire une piqûre de rappel importante : personne n’a jamais aussi bien parlé et écrit sur le rock ‘n’ roll que Nick Tosches. Je le dis quitte à passer pour un des imbéciles que je citais plus haut.

NICK TEUCHI

 

 

GANGS STORY
Yan Morvan, Kizo
La Manufacture de Livres

Le principal problème que posent les bouquins qui ont pour sujet des trucs comme les gangs ou par exemple, la guerre, réside dans le fait qu’on en arrive vite à sortir des formules toutes faites comme « une grande claque dans la gueule » ou d’autres âneries de ce genre. Cette fois, c’est nettement plus simple, on pourrait se contenter de dire que c’est un bouquin de photos de Yan Morvan, et si vous vous souvenez de l’interview qu’il nous a donnée il y a quelque temps, vous savez déjà que ce livre défonce. L’ensemble couvre l’histoire des gangs en France et surtout en région parisienne des années 1970 à aujourd’hui et est accompagné de textes écrits par un certain Kizo, lui-même ancien membre de la Mafia Z. L’ensemble est donc terriblement badass, et développe bien le fait qu’un gang, c’est d’abord des codes, une musique de référence, des fringues et un environnement – ici la France –, dont en creux se dessine une histoire périphérique absolument géniale. Un putain de chef-d’oeuvre de la part de deux mecs qui les ont plus grosses que vous.

ALI TÉRATION

 

 

 

LE CHATEAU DES MESSES NOIRES
Joe Sarno
Artus Films

Le Château des messes noires n’est clairement pas le meilleur film de Joe Sarno, mais c’est le quatrième film de ce grand homme du porno qui arrive sur le marché français et c’est super parce que le vieux Joe est un mec très singulier. J’entends souvent dire que Damiano est le premier à avoir mis les meufs et leurs désirs au centre du dispositif cinéporn mais c’est faux, Sarno le faisait bien avant lui et ce n’est pas un hasard si on lui a demandé de réaliser la suite de Gorge Profonde, qui sera son premier film explicite. Sarno s’intéressait aux détails qui rendent le quotidien agréablement pornographique : une aisselle, une bouche, un sourcil ; les Messes Noires est donc putain d’européen, on dirait un film de Jean Rollin avec des séquences de transes sataniques dedans. Alors ce n’est pas là qu’on s’en convaincra le mieux, mais c’est bien de sortir ses films, quels qu’ils soient, et avant de savoir que Sarno était un grand mec, qu’on sache déjà qu’il a existé.

ALI TÉRATION

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