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      J’ai parlé avec les anti-mariage gay dimanche à Paris

      January 14, 2013

      Photos : Elsa Toporkoff

      Selon un sondage IFOP, une majorité de Français seraient en faveur du mariage homosexuel. Pourtant, pas moins de 350 000 manifestants - 800 000, selon les organisateurs - se sont réunis dans les rues de Paris hier dimanche 13 janvier pour exprimer leur opposition au projet de loi du gouvernement. Quatre à cinq rames de trains SNCF et plus de 1 000 cars avaient été affrétés pour l'événement, en plus des quelques 4 ou 5 millions de tracts distribués.

      Comme je ne savais pas quoi faire de mon dimanche après-midi, j'ai décidé d'aller me balader avec les manifestants entre la place d'Italie et le Champ-de-Mars pour me prendre dans la gueule des coups de pancarte et des chants improvisés de droite - « Nos ventres ne sont pas des caddies ! », « Pas de fiction pour la filiation ! » ou le plus sobre « Y'a pas d'ovules dans les testicules ! » D'ailleurs je me suis aussi pris des coups de pancarte dans les jambes, celles que brandissaient des gosses de 5 ans, très mécontents que le gouvernement touche à leur code civil.

      La sécurité n'a pas eu à intervenir. La manifestation s'est déroulée dans un calme irréprochable. Parfois peut-être même un peu trop calme pour les organisateurs qui ont dû s'y reprendre à quatre fois pour battre le record mondial du plus grand flashmob sur « Gangnam Style ». Je ne m'explique pas le manque d'enthousiasme des manifestants - savourer ces 30 minutes de fête totale était fondamentalement agréable. Aussi, il n'y avait pas que des cathos parmi la foule. J'ai compté des gens de tous bords politiques, toutes religions, plusieurs vendeurs de saucisses et même des homos.

      Sur le trajet, les débats et les échanges battaient leur plein entre les manifestants. Chacun était convaincu de son opinion et la défendait avec une ferveur inébranlable. Je me suis adressé à des personnes de tout âge, hommes et femmes, pour me faire une idée précise de ce qui les motivait à gâcher leur dimanche pour lutter contre un projet de loi qui ne les concernait pas.

      Thibault, 18 ans, étudiant

      VICE : Salut Thibault, qu'est-ce que tu fous ici ?
      Thibault : 
      Je manifeste pour des valeurs profondes. Depuis que l'homme est sur Terre, on a besoin d'un homme et d'une femme, un papa, une maman, mais on n'a jamais vu deux hommes faire un enfant. Ils n'ont qu'à se satisfaire du PACS, et qu'ils laissent le mariage aux couples hétéro.

      OK. Tu penses quoi du droit d'adoption par les homosexuels ?
      Un enfant a besoin d'un papa et d'une maman. Implicitement, le mariage ouvre les portes à l'adoption pour les couples homo et ça, c'est inadmissible. Je ne trouve pas normal que des parents non biologiques aient les mêmes droits que des parents biologiques sur un enfant.

      Mireille

      Qu'est-ce qui vous a fait sortir dans la rue aujourd'hui ?
      Mireille : 
      Le mariage pour tous et puis quoi encore ? Le mariage des frères et des sœurs ? Des chats et des chiens ? C'est la dérive totale.

      Et que pensez-vous de leur accorder le droit d'adopter ?
      Ça fait très longtemps que mon amie attend de pouvoir adopter un enfant, donc priorité aux personnes normales et puis on verra plus tard pour les homosexuels. Avec des parents homosexuels, l'enfant va subir des moqueries à l'école et ne pourra jamais évoluer sainement.

      Marie, 6 ans et Romane, 7 ans

      Marie, que penses-tu de l'idée d'accorder le droit de se marier aux couples homosexuels ?
      Marie : 
      Bah c'est pas bien parce qu'avec deux papas ou deux mamans, un enfant il peut pas être bien éduqué.

      Merci Marie. Et toi, Romane ?
      Romane : Je pense que c'est pas bien pour l'éducation des enfants et je pense que, par exemple, si le papa il est plus autoritaire que la maman, bah ce sera pas bien pour l'enfant, enfin ça sera bien pour l'enfant, mais si il y a deux mères qui sont trop sévères, après ce sera pas bien pour l'enfant.

      Gersande, 20 ans, étudiante

      Qu'est-ce qui t'embête dans le projet de loi de la ministre de la justice Christiane Taubira ?
      Gersande : 
      Alors déjà je tiens à préciser qu'on n'est pas du tout homophobes. On ne s'oppose pas au fait que deux personnes du même sexe puissent s'aimer. Mais en France, le mariage permet justement de protéger les enfants, donc si on fait passer le mariage homosexuel, ça sera la porte ouverte à l'adoption des enfants par des homosexuels, ce sera donc la porte ouverte à la PMA [procréation médicalement assistée], puis à la FIV [fécondation in vitro].

      Pourtant beaucoup de pays européens ont déjà fait passer cette loi. Ne sommes-nous pas en retard ?
      Je ne vois pas du tout pourquoi on serait en retard - on ne devrait même pas penser à modifier la structure fondamentale qu'est le mariage.

      OK. Si un jour l'un de tes enfants est homosexuel, tu lui diras quoi ?
      Eh bien je leur dirai que... très bien, fais ce que tu veux mais tu ne te marieras pas et tu n'auras pas d'enfants. Je lui expliquerai que la nature est faite ainsi et de toute façon, je lui donnerai une éducation qui évitera ce genre de problème !

      Yoro, 35 ans

      Vous êtes contre le mariage homo ?
      Yoro : 
      Écoute, on parle de l'avenir de l'humanité. Moi je pense que le mariage va mener à l'adoption des enfants, et que ça risque de les traumatiser. Les enfants vont devenir comme eux : homosexuels. Dans un couple, c'est la femme qui doit avoir un enfant. C'est la nature. On ne peut pas le fabriquer chimiquement, sinon ce n'est pas un enfant réel.

      Ah. Ça vous dérangerait d'avoir un enfant gay ?
      Il fait son choix, je ne vais pas dire non, mais je vais lui faire savoir que je ne suis pas content et tout faire pour le convaincre de redevenir normal.

      Marion Sigaut, 62 ans, historienne, écrivain et conférencière

      Pourquoi êtes-vous dans la rue aujourd'hui ?
      Marion Sigaut :
      Je pense que les gens qui m'ont prévenue à l'époque avaient raison : ils me disaient que les choses allaient mal tourner. Le mariage homosexuel, ce n'est pas un mariage, c'est la fin du mariage. Le mariage, c'est un homme et une femme, c'est la différence des sexes. Aujourd'hui on veut tout indifférencier. Au niveau politique, il n'y aura plus de nations, il n'y aura plus de pays différents, on va tous devenir de simples consommateurs. Et au niveau des relations entre hommes et femmes, la sexualité va devenir aussi banale que de manger ou d'aller pisser. L'évolution des mœurs, c'est la déshumanisation - c'est abominable.

      Que pensez-vous du fait que cette question soit au centre du débat politique dans un contexte économique et social bien plus préoccupant ?
      Ceux qui veulent nous détruire considèrent que c'est un problème majeur et ils le font passer maintenant parce que c'est maintenant que ça peut passer. Pour moi, ce n'est pas un problème secondaire du tout. Détruire la famille en autorisant le mariage gay n'est pas secondaire, c'est au cœur du système de destruction de notre société.

      Christian, enseignant

      Pourquoi êtes-vous dans la rue aujourd'hui ?
      Christian : 
      Je suis père de six enfants et huit fois grand-père. Je suis ici pour me battre pour la famille, qui est le fondement de notre société.

      Vos six enfants sont hétérosexuels ?
      Oui, enfin pour autant que je puisse en juger.

      Et si un jour l'un d'entre eux vous avouait son homosexualité, vous réagiriez comment ?
      J'en serai attristé pour lui car je comprends la difficulté d'être homosexuel dans notre société.

      D'autant plus avec ce genre de manifestation, non ?
      Non, je ne pense pas qu'on soit dans le domaine de la confrontation avec les homosexuels - mais dans celui de la régulation de la société. Il ne s'agit pas de jeter l'opprobre sur des personnes pour leur nature sexuelle. C'est pas forcément leur faute. Je connais des personnes homosexuelles qui souffrent de leur situation. C'est un véritable fardeau. Pour autant, ce n'est pas une bonne idée de chambouler un véritable fondement de la société avec ce projet de « mariage pour tous ».

      Ahmed et Véronique

      Pourquoi avoir choisi de manifester plutôt que de faire les soldes ?
      Véronique : 
      Je viens de revenir de Martinique où l'on m'a retiré la garde de mon enfant. Et c'est pour ça que je suis venue manifester : je ne veux pas que des pédés puissent adopter mon enfant.

      Qu'est-ce que vous leur reprochez ?
      Je ne leur reproche rien, je suis tolérante avec ces gens-là. Mais pourquoi toujours demander plus ? On ne leur dit rien quand ils s'embrassent dans la rue ou qu'ils se tiennent par la main. On ne leur fait pas de mal. Mais de là à vouloir se marier et salir la religion ! Déjà qu'on a mis la femme de Dutroux dans un couvent, alors si on rajoute ça...

      Ahmed : Avec des parents comme ça, l'enfant va grandir et devenir pédé. C'est automatique. Il prend exemple sur ses parents. On va vers la fin de l'humanité avec des gens comme ça. Bientôt ils vont tous se multiplier et on n'aura plus d'hétéros. Catholiques, musulmans, on est tous contre ça.

       

      J'AI PARLÉ AVEC LES PRO-MARIAGE GAY DIMANCHE À PARIS - Ils sont très sympas et disposent d'arguments moins pourris

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      POURQUOI TOUS CES BODYBUILDERS N'ADMETTENT-ILS PAS QU'ILS SONT GAY ? - Sûrement parce qu'ils ne sont pas des tapettes, eux

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      Thèmes: LGBT

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