©2014 VICE Media LLC

    The VICE Channels

      Michael Schmelling a sorti un livre de photos sur le rap d'Atlanta

      February 15, 2013

      Photo Editor : Nicolas Poillot

      Depuis le début des années 2000, la ville d'Atlanta, en Géorgie, a dominé sans partage et avec une violence inouïe la scène rap américaine. Au cas où vous auriez refusé de vous intéresser à la musique tout au long de la dernière décennie, sachez qu'Atlanta et ses quartiers environnants constituent la terre d'origine de mecs tels qu'Outkast, Goodie Mob, TLC, Ludacris, T.I, Young Jeezy, Gucci Mane, The-Dream, Young Dro, Crime Mob, Lil' Jon, Ciara, 2 Chainz, et que c'est dans ce périmètre que sont nés les sous-genres crunk, trap rap, snap et trance-rap – style qui a involontairement donné lieu à 95 % des hits vocodés horribles qui tournent en radio aujourd'hui.

      Entre 2009 et 2010, Michael Schmelling, photographe new-yorkais spécialisé dans le rap et contributeur régulier de The Fader, a passé plusieurs mois avec des rappeurs d'Atlanta (des stars multiplatines aux kids du troisième underground) afin de constituer un minilivre sur la scène rap locale. Le projet a tourné court. Il est plutôt revenu avec un document de 160 pages, incluant des centaines de photos, des textes à propos du rap de East Atlanta jusqu'à Bankhead et plein d'interviews des acteurs de ce rap qui servait autrefois de bande son aux stripclubs de la ville. On a discuté avec Michael de son projet et de pourquoi ses photos ressemblent à tout sauf à des photos de rap.

      VICE : Salut Michael. Ça fait combien de temps que tu prends en photo des rappeurs ?
      Michael Schmelling : J’ai commencé à shooter des rappeurs au moment où je me suis mis à faire des reports de concerts à New York – ça devait être vers 1998. Je faisais ça pour The Village Voice : ils m’envoyaient prendre en photo des concerts et me donnaient de l'argent en plus. Puis je me suis mis à faire de plus en plus de portraits et à bosser régulièrement pour des magazines comme The Fader ou Spin.

      Pourquoi avoir décidé de couvrir la scène rap d’Atlanta ?
      J’avais déjà fait pas mal de shootings à Atlanta, j’écoutais la musique qui sortait là-bas, et j’ai toujours été curieux de la façon dont cette scène fonctionnait. J’avais l’impression de n’être resté qu’à la surface des choses là-bas, je voulais faire un travail moins superficiel. Mais l’idée de Atlanta m’est venue après que j’ai pitché une idée, avec un pote à moi, pour 33 1/3, une maison d’édition spécialisée dans la musique.

      OK, regrouper ces photos dans un bouquin n'était pas l'idée de départ, si je comprends bien.
      Eh bien si en réalité, je voulais absolument faire un petit photobook sur un album avec un ami à moi, Nick Weindenfeld, qui vivait à Atlanta à l’époque. On avait choisi de pitcher un truc sur Aquemini, le troisième album d’Outkast sorti en 1998. C’était un album que j’écoutais tout le temps, et je trouvais qu’il était parfait pour un projet photo : il parlait d’un lieu et d’une imagerie très spécifiques. C’était le point de départ, et on a décroché un contrat d’édition. Mais ensuite, j’ai réalisé que ce que je voulais vraiment faire, c’était bosser plus largement sur Atlanta. Donc on s’est retirés du contrat et j’ai commencé à pitcher un truc plus ambitieux à d’autres éditeurs.

      Qui tu connaissais à Atlanta à l’époque ?
      J’ai commencé à m’y rendre vers 1997, et comme je te l’ai dit, j’avais un très bon ami là-bas, Nick. Il y avait aussi Amanda Walden, qui bossait dans la musique depuis des années. Je connaissais également plusieurs managers d'artistes et des gens de labels – mais bon, pas grand-monde au final. Très tôt, aussi, j’ai rencontré Killer Mike qui s’est avéré un très bon contact par la suite.
      J'ai vraiment commencé à m'intéresser à tout ça par l'intermédiaire d'Outkast. J’ai raté Goodie Mob, en quelque sorte. Le premier album que je me rappelle avoir acheté à cette époque, c’était ATLiens.

      Sur place, avec quels rappeurs as-tu passé le plus de temps ?
      J’ai beaucoup traîné avec Travis Porter, un groupe de trois mecs. Ils étaient hyper drôles. Et j’ai pas mal shooté Killer Mike. Sinon j’ai passé beaucoup de temps avec des mecs pas connus. Puis je me souviens de plusieurs mecs assez difficiles à gérer, Gucci Mane notamment, mais rien d’insurmontable non plus.
      La plupart des photos ont été réalisés dans l’est et le sud d’Atlanta – dans les contés de Decatur et College Park notamment. Pas mal d'autres trucs proviennent de la banlieue d’Atlanta : la ville est immense et s’étend sur des kilomètres au-delà de ses frontières.

      La plupart des photos publiées dans le livre ont quelque chose d’étrangement « froid » qu’on ne retrouve pas dans la photographie de rap en général – les couleurs, les expressions, les gros plans, etc. Qu’est-ce que tu penses des photos publiées dans les magazines de rap ?
      J’apprécie la majeure partie de l’imagerie hip-hop. L’esthétique hip-hop fait partie intégrante de la musique, elle est déterminante dans la perception qu’on en a. En un sens, je voulais juste me fondre là-dedans. Cela dit, dès le début, j’ai essayé de faire un livre qui proposerait un point de vue différent sur le genre ; j’ai pensé que ce serait cool de tenter ça. Je voulais aussi créer un pont au-dessus du fossé que je percevais entre la photographie des débuts du hip-hop, à New York, et tous les trucs jiggy qui ont suivi.

      Il existe des photographes rap dont tu aimes le boulot ?
      C’est assez réducteur de qualifier quelqu’un de « photographe rap », mais si je devais nommer quelqu’un, ce serait Jonathan Mannion. Il est excellent, très prolifique. Et évidemment, il y a aussi Jamel Shabazz et plein de mecs avec qui je bossais à The Fader.

      Comment tu expliquerais que les photos de musiciens soient devenues si chiantes ? Tu penses que c'est une volonté de la part des magazines de montrer toujours les mêmes photos de presse ? Ou alors c’est lié à un phénomène plus général de déclin de la presse écrite et de manque d’intérêt de la part des rédacteurs en chefs ?
      Que ce soit devenu chiant ou non – et je vois bien ce que tu veux dire –, il y a beaucoup de problèmes avec la photographie et les magazines que l’on peut définitivement lier au déclin de la presse écrite. Ce déclin a contribué à une perte de pouvoir et d’influence que les magazines ont pu avoir à une époque. En retour, les musiciens, les managers sont moins enclins à accorder du temps et de l’attention à ces publications, puisqu’ils ont moins à y gagner. Bon, c’est très général, et ce n’est qu’une partie du problème…

      À part shooter des rappeurs, tu travailles sur un autre projet en ce moment ?

      Je viens d’être commissionné pour couvrir la scène de Chicago, je pense y passer pas mal de temps cette année. Ce ne sera pas strictement hip-hop. Et cet automne, je sors un nouveau bouquin chez J&L, qui n'aura rien à voir avec la musique. Je shoote également toujours beaucoup pour des mags. Ça fait plusieurs mois que je vis à Los Angeles, et j’aimerais travailler sur des projets ici aussi. Aussi, je viens de terminer de bosser sur un livre avec un artiste, Friedrich Kunath, et David Berman des Silver Jews. C’est plus ou moins lié à la musique, et ça sort en mars.

       

      Atlanta: Hip-Hop and the South est disponible à la vente ici. Le bouquin comprend des photos de Michael Schmelling, des textes de Kelefa Sanneh et des interviews de rappeurs locaux par Will Welch.

      -

      Thèmes: atlanta, hip-hop, rap, michael schmelling, jonathan mannion, jamel shabazz, Outkast, photographie, Kelefa Sanneh, Will Welch

      Commentaires