Tout ce que vous devez savoir sur le marché de la drogue au Royaume-Uni

Les auteurs de Narcomania ont exploré le commerce de dope des 20 dernières années

Par Aleks Eror

 

Après quarante années de lutte contre la drogue, la meilleure façon d'avoir des informations précises à leur propos est de s’en jeter quelques-unes de temps en temps ; de fait, vous constaterez celles qui sont OK pour vous et celles qui infligeront une seconde paire de couilles à votre enfant. Mais pour éviter de se diriger vers un futur peuplés d’enfants de la méphédrone qui ressembleront immanquablement à des Pokémon aquatiques, les journalistes Max Daly et Steve Sampson ont rassemblé leurs vingt années respectives d’enquête dans Narcomania. Il est plus épais que le crâne de Paris Hilton et contient plein d’anecdotes sur toutes les facettes du marché de la drogue au Royaume-Uni et son évolution au cours des trente dernières années – sans les conneries journalistiques habituelles. Si je vous en disais plus, contrairement à Steve qui est assez respecté dans le milieu, on m’accuserait d’incitation à la débauche. Pour ne pas prendre de risque, je l’ai laissé répondre à mes questions.

 

VICE : Salut Steve. Premier truc, où trouver les meilleures drogues au Royaume-Uni ?
Steve Sampson : Dans toutes les grandes villes, à mon avis. Traditionnellement, les drogues de meilleure qualité étaient vendues à leur arrivée dans le pays. Donc les gens de Liverpool recevaient de la très bonne coke et le reste était coupé puis distribué dans les régions environnantes. Londres a toujours été une référence en termes de drogues : les drogues de meilleures qualités se trouvent souvent là où les gens sont prêts à mettre le plus d’argent pour les consommer. Aujourd’hui, le cannabis est omniprésent dans le pays, tout le monde enfait pousser chez soi. Aussi, on peut trouver de la coke de très bonne qualité dans toutes les grandes ou petites villes du Royaume-Uni, tout dépend du budget de chacun.

OK, je comprends. Quelle est la pureté moyenne d’un gramme de coke ?
Aujourd’hui, la coke s’adapte aux portefeuilles des gens ; pour 50 euros, on peut avoir un gramme pur à seulement 10 %, et pour 150 euros, on peut espérer qu’il soit pur à 90 %. La qualité moyenne ne dépasse pas 20-30 %.

Ça ne me surprend pas. Quelle est la qualité d’un kilo qui vient directement de Colombie ?
La qualité moyenne de la coke confisquée à la frontière tourne autour de 65 %. Mais dans les rues, elle se réduit à 10 %. Et cela se fait au bénéfice des distributeurs au sein du pays, et non des fournisseurs.


La fête à Bristol

À quoi ressemblent les habitudes de consommation dans les différentes régions – les Écossais sont-ils toujours à fond sur l’héro, l’est de Londres est-il la capitale de la kétamine ?
Les plus gros drogués se trouvent au nord-est et au nord-ouest. La kétamine est très répandue à Bristol et à Bath, l’injection de méphédrone est très populaire à Barnsley et dans le sud du Pays de Galles. Il y a beaucoup de meth à Londres et le crack est très difficilement trouvable à Glasgow.
Il y a une division Nord-Sud sur les manières de prendre des drogues. Un gros buveur de Glasgow va prendre des drogues en buvant de l’alcool et en fumant des clopes, alors qu’un Londonien va manger une salade et boire un verre de vin. C’est une approche culturelle différente.

D’après ce que j’ai lu dans le livre, on peut dire qu’il est anormal d’être jeune et de ne pas prendre de drogues. À quel moment précis les drogues sont-elles passées du statut de « truc de bohémien » à « truc pop » ?
Je pense que de plus en plus de gens s’y intéressent, mais la période de l’ecstasy à la fin des années 1980 a joué un rôle. D’un jour à l’autre, des millions de gens se sont mis à en acheter tous les weekend. C’était une première. Puis, la génération cocaïne a suivi. C’est d’ailleurs à ce moment-là que les juges ont commencé à voir les drogués non seulement comme des accros mais aussi comme des jeunes jouissant d’un pouvoir d’achat conséquent. Le terme de « drogues récréatives » a fait son apparition officielle dans le langage courant.


La fête à Manchester

Quel est le trafic de drogues le plus « malin » que tu aies découvert tout au long de tes recherches ?
Un mec importait des poissons infusés à la cocaïne, ou alors, ils avaient des petits sacs dans l’estomac, je ne sais plus. Malheureusement pour lui, tous les poissons sont morts... Mais il avait vu juste ! Certaines machines permettent d’infuser ses propres habits avec de la coke. Les drogues s’adaptent aux lois plutôt que de s’y soumettre. Il est possible de commander des drogues sur Internet et de se les faire livrer par la Poste.

Penses-tu que les banques ferment les yeux face à l’industrie de la drogue, ou penses-tu qu’ils aident activement la justice à arrêter les cartels de drogues ?
Il faut se poser les bonnes questions : pourquoi tant de banques se sont-elles mises à concurrencer le marché bancaire mexicain au moment où la lutte contre les drogues faisait exploser les bénéfices des cartels (qui n’avaient nulle part où aller) ? Les banques se battaient pour l’argent du marché de la drogue – lorsqu’une banque refusait d’ouvrir un compte, la suivante l’acceptait. Dans le livre, on aborde les cas de Wachovia et de HSBC, mais il y en a eu d’autres. Personne ne va à la banque avec une valise pleine d’argent – surtout si c’est de l’argent sale. C’est donc aux banques du juger s’ils disent la vérité ou pas. Mais lorsque cet argent peut bénéficier à tout le monde et qu’on sait qu’une autre banque acceptera l’argent de toute façon, au final les banquiers ne se posent pas trop de questions et ouvrent le compte.


La fête à Londres

Comme vous devez le savoir, les dealers sont des gens paranoïaques qui pensent que leurs téléphones sont constamment sur écoute. Mais dans votre livre, vous dites que la police évite d’arrêter les dealers après 15h pour ne pas s’investir inutilement. Que faut-il faire pour les avoir au cul ?
La police n’a pas connaissance de l’ampleur du marché de la drogue, donc s’ils s’aperçoivent qu’un gros deal a lieu quelque part, ils vont se concentrer dessus. Ils ne veulent rien d’autre que ce qui implique des armes et de la violence. Si un mec vend un peu de cannabis, il pourra passer des mois sans entendre parler de la police, bien que ceux-ci soient certainement au courant de ce son trafic. Si un mec ouvre un petit shop de crack, il ne durera pas plus de 24 heures. Ça n’a rien à voir avec la morale, c’est juste à cause des risques de violences et de criminalité.

Et si tu prends des drogues ?
Pour un consommateur moyen, il est très peu fréquent d’avoir des problèmes avec la police. Un étudiant consommateur est une perte de temps pour eux. Tout dépend de la manière de se présenter. Les gens qui s’habillent comme des gangsters auront autant de problèmes que les vrais gangsters. La plupart des gens se font arrêter parce que quelqu’un les a dénoncés, et non parce que la police a mené une enquête. La police ne peut intervenir que lorsqu’une pression extérieure l’impose.

Dans quelle proportion les drogues qui entrent dans le pays sont-elles saisies par la police ?
Dans notre livre, on cite une source qui parle de 1 % ; ce n'est donc rien par rapport à tout ce qui rentre. J’ai eu une conversation avec un mec qui avait accès aux données de l’Agence de lutte contre la grande criminalité. Il m’a confié que si les gens savaient à quel point c’était facile, ils seraient nombreux à se lancer dans le business.


La fête à Édimbourg

Un autre truc qui m’intéresse, c’est la dimension virtuelle du marché de la drogue et des sites web invisibles, type Silk Road : est-ce recommandé de faire ses achats là-dessus ?
Tous ces marchés existent parce que la police veut être capables de les surveiller. Ils sont tous sous contrôle de la police, qui espère pouvoir suivre les acheteurs pour trouver les fournisseurs. Silk Road est suivi par les agences d’applications des lois américaines. Je ne sais pas s’il vaut mieux que celles-ci les ferment ou qu’ils les laissent faire pour pouvoir prendre des notes sur les habitudes des consommateurs.

OK, merci, Steve !

 

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