Stuff
Six livres que j’aime ou que j’aimerais enseigner
Y’a pas d’atelier d’écriture dans ce pays. Si tu veux apprendre à écrire c’est mal barré. Mais tu peux toujours te fier à ceux qui savent pour quelques petits conseils de lecture. On a demandé à Yves Adrien, poète mystique, et à Claro, traducteur-découvreur-romancier, de nous faire partager certaines de leurs lectures. Apparemment Flaubert et Bossuet c’est ce qui se fait de mieux.
![]() |
||
|
© Alph.B.Seny
|
CLARO
Cet homme a traduit tellement de livres et des livres tellement bien que quand tu prononces son nom en soirée il y a quelquefois un connard pour venir te dire : Claro ? Mais c’est une fiction, ce mec est à la tête d’une entreprise, il ne peut pas exister et faire ce qu’il fait, c’est juste impossible. En plus il écrit. Non, impossible.
1/ La Disparition de Georges Pérec – La démonstration poignante qu’une contrainte (ici l’absence de la lettre « e ») n’est pas nécessairement un artifice au service d’une vaine aventure formelle. La Disparition permet d’exposer à des lecteurs sceptiques les rouages de l’écriture : à savoir qu’on écrit toujours en procédant par choix, réductions, écartements. Une esthétique se construit à partir de renoncements. Ce livre est un travail de réécriture du manque mis en pratique, la phrase avance avec son amputation, en quête d’une liberté. Pérec ne fait pas le malin, contrairement aux apparences : le jeu auquel il joue et nous convie est tout entier sous-tendu par la mort – justement : la disparition.
2/ Progénitures, de Pierre Guyotat – Un exemple unique de recréation violente d’une langue à l’intérieur d’une autre. Jamais la notion deleuzienne, empruntée à la poésie de Ghérasim Luca, de « bégayer dans sa langue » n’a été aussi pertinente qu’avec Guyotat. La lecture devient un acte dangereux, car le corps n’est pas acclimaté à ces vastes périodes sonores. La littérature y perd définitivement son innocence, mais y gagne en dénonciation. Et puis Guyotat c’est une leçon de choses – il parle depuis une langue que tant d’autres ont essayé de bouleverser, mais que lui seul a revisitée, avec les risques qu’on sait. C’est aussi réapprendre à lire oralement, éprouver physiquement la lecture.
3/ L’Innommable, de Samuel Beckett – « Où maintenant ? Quand maintenant ? Qui maintenant ? » Voilà un livre qui explore en une longue spirale les tenants et les aboutissants du corps silencieux néanmoins condamné à parler, à commenter son impossibilité à communiquer. Un discours sur le néant ? Mieux que ça – et pire. Grâce à l’humour particulier de Beckett, l’expérience de la langue (organe, obstacle, handicap) devient l’expérience de la lecture. L’impression de voir le livre s’écrire sous nos yeux : Beckett nous installe dans un étrange présent de l’écriture en train de douter d’elle-même. À étudier en parallèle avec le Discours de la méthode, de Descartes.
4/ Bouvard et Pécuchet, de Flaubert – Enseigner Bouvard et Pécuchet ne serait évidemment possible et souhaitable qu’au terme d’une année entière consacrée à Flaubert. Les livres précédents seraient examinés comme autant de parties d’échecs, la dernière s’achevant par un pat. Montrer comment Flaubert épuise certaines figures, certaines situations (les rencontres, les bals, les passages par le vide, les discours), comment il mine de l’intérieur, progressivement, tous les affects, et finit par aboutir à cette non-dialectique incarnée par le couple Bouvard-Pécuchet. En se payant le luxe d’inventer le roman moderne, le roman ultime, ce qu’il appelait « un livre sur rien » – c’est-à-dire sur tout : le savoir, le rôle du savoir, le plaisir du savoir, l’échec du savoir, etc. –, Flaubert réussit l’exploit monstrueux d’insuffler une immense jubilation dans la description de connaissances qu’il réduit dans le même temps à néant. Une réécriture du Don Quichotte, avec en creux la célébration de l’expérience comme horizon indépassé.
5/ Les Chants de Maldoror, de Lautréamont – Impossible de comprendre la littérature du vingtième siècle sans visiter ce vaste bordel panoptique que sont les Chants de Maldoror. Destruction systématique du romantisme, de l’inspiration, de l’élégiaque, du lyrisme ; cynisme absolu mais pratique ; assimilation perverse des grandes têtes molles qui l’ont précédé… Les Chants de Maldoror est un livre qui avance masqué, et son étude permet d’accéder à un niveau insoupçonné. Car derrière l’excès symbolique, la surenchère sadique, le brouillage des genres (roman-feuilleton, poème en prose, discours scientifique…), son auteur, Isidore Ducasse, se livre à un formidable travail de copier/coller, il invente sous nos yeux le roman-machine, génial bricoleur de styles, recycleur hystérique…
6/ Enfin, je prendrais un de mes livres, afin de démontrer en quoi il est raté, non par complaisance ou masochisme, mais parce qu’un auteur rate toujours son but – Beckett l’a dit : « Échouer. Échouer encore. Échouer mieux. » Écrire un livre c’est se fixer certains buts, expérimenter à un moment l’accident de l’écriture (il se produit toujours autre chose que ce qui est prévu, car le langage est plus fort que nous) et se contenter au final d’un objet imparfait – voilà pourquoi on écrit plusieurs livres, pour relancer la donne, parce qu’en écrivant on en vient régulièrement à se parodier, on écrit ce qu’on sait écrire alors qu’on voudrait aller au-delà. Donc, démonter les mécanismes d’un de mes livres serait une façon de rappeler au lecteur exigeant que la littérature est la somme de ses limites.







Joyeuse crucifixion !
On cloue encore des gens à des croix aux Philippine...
Deniro Farrar
"Big Tookie"
Un cynisme ambiant et des collègues de travail insupportables
Jb Wizz de Born Bad vomit la musique d’aujourd’h...
Les morceaux géniaux que tu dois oublier si tu es DJ une fois dans ta vie
Vous avez déjà été DJ dans votre vie ?
Maya Jane Coles Feat. Karin Park
"Everything"
L’histoire la plus gay qu’on ait jamais entendue
Mais pourquoi le New Yorker a-t-il refusé la cover ...
Commenter