Musique

The Men sur le campus

Par Julie Le Baron

Il y a quelques jours, le groupe de kraut-punk new yorkais The Men se produisait dans le Pôle étudiant de Nantes, entre un graffiti anarchiste et une plante verte. Leur musique est tellement bien qu’elle a rassemblé de nombreux étudiants qui s’étaient tous achetés des bières à la cafétéria avec leur carte Moneo. On est allés discuter avec eux dans une salle informatique un peu avant leur concert, où ils se sont fait une joie d’assaillir les ordinateurs et de nous parler de leurs carrières manquées de grands philosophes.

Ça a l’air de vous faire plaisir d’être sur un campus nantais.

Mark Perro (guitare, chant) : On est arrivés en France il y a trois jours. Ça fait seulement quelques heures qu’on est à Nantes, on n’a pas encore vu grand-chose pour le moment, à part une pharmacie.

Rich Samis (batterie) : Parce la France me rend malade.

Vous êtes allés à l’université, à New York ?

M : On est tous allés dans la même fac, à l’exception de Tia. C’est là qu’on s’est rencontrés, on faisait des études de philosophie.

R  : J’ai lâché ça très vite.

Nick Chiericozzi (guitare, chant) : Le plan c’était de devenir des philosophes très riches, mais ça n’a pas marché.

J’ai une vision un peu fantasmée de la vie d’un étudiant américain, nourrie par quelques comédies du Frat Pack et des clips de rappeurs angoissants, genre Asher Roth.

R : Les facs américaines sont hyper chères, mais ça nous donne accès à certains privilèges,  dont les grosses fêtes avec ces grands gobelets rouges.

N : J'ai l'impression qu'il n'y a pas de bros ici. En Amérique, il y a des grosses fêtes parce que les étudiants deviennent complètement fous quand ils réalisent qu’ils peuvent légalement boire. Les français ont l’air beaucoup plus matures sur ce point.

Bof, simplement parce qu’on a le droit de boire à 18 ans. Vous n’aviez pas de fausses cartes d’identités ?

M : Ah si, bien sûr. New York est la capitale des fausses cartes d’identités.

R : On en trouve partout dans les bars, un ami plus vieux m’a donné une carte expirée sur laquelle j’ai collé ma photo. Ils ne regardent que la date de naissance, de toute façon.

N : J’ai encore la mienne, je l’ai chopé dans East Village. Je l’utilise toujours d’ailleurs, quand j’oublie ma vraie carte. Mais apparemment c’est hyper dur d’en trouver depuis le 11 septembre.

R : Mais 18 ans, sérieux ? Ça défonce.

Vous avez un truc avec la France ? J’ai vu des poèmes de Rimbaud et de Bataille sur votre site.

M : Sérieux ? Qui a posté ça ?

R : Me regarde pas, j’ai oublié mec, c’était il y a longtemps.

N : Je suis trop vieux pour ça maintenant. Je lis encore pas mal, mais je préfère les œuvres non-romanesques.

C’est la maturité littéraire qui vous a fait arrêter la philosophie ?

M : Voilà. Mais oui c’est vrai, on aime bien la France. Comme tout le monde, on adore votre vin et votre fromage. Pourquoi tu fais la moue ? T’es vegan ou quoi ?

Non, plutôt mourir. Sinon vous faites quelque chose en plus du groupe ?

R : J’ai eu plein de jobs très embarrassants. Des trucs passables, comme un travail à temps très partiel dans une imprimerie, où je faisais des t-shirts, des posters… Mais je suis aussi passé par des trucs un peu plus inavouables. J’ai testé des marques de tabac, même si je ne suis pas fumeur à la base. J’ai dû faire semblant d’adorer ça, et ils ont fini par me faire goûter un truc affreux, le « snus ».

Merde, c'est quoi ça ?

R : C’est une espèce de tabac suédois que tu dois placer derrière ta lèvre, et en gros tu avales du jus de tabac. J’en ai essayé six et j’ai vomi environ trois fois. Et j’ai gagné 125 dollars. C’était dégueulasse.

M : C’est quand même cool comme job.

R : J’ai fait plein de conneries comme ça, un jour je me suis rendu à NYU et j’ai dû me faire passer pour un type accro à la métamphétamine. Ce n’est pas compliqué à faire, je suis resté naturel et j’ai répondu à une enquête sur ordinateur. La première question, c’était « Pourquoi est-ce que vous aimez tant la métamphétamine ? » On m’a dit que je gagnerais trente dollars même si je ne remplissais pas le questionnaire.

M : J’aurais pris l’argent et je me serais barré. Moi je ne fais absolument rien à côté, mais j’ai toujours trouvé un moyen de m’en sortir.

Vous vous êtes retrouvés comment sur Sacred Bones?

M : On a un pote à New York qui taffe pour Academy Records, un mec adorable. Il passait notre album Immaculada à longueur de journée et il mettait nos posters partout. En gros, le bureau de Sacred Bones se trouve dans le sous-sol de son magasin, et un mec qui bosse pour le label, Caleb, a fini par écouter ce qu'on faisait. On a eu une drôle d’altercation avec lui complètement bourrés, et il a fini par sortir notre album.

Comment t’as rejoint le groupe, Tia ?

Tia Vincent (basse) : Je ne suis pas leur bassiste permanente, je jouais pour un autre groupe, Pygmy Shrews. On jouait tout le temps ensemble à New York et je suis allée leur filer un coup de main pour leur tournée, début février.

Vous cherchez encore un bassiste permanent ?

M : On en a un en fait, il jouait aussi pour Pygmy Shrews. On a pillé leur groupe.

Toutes les critiques s’accordent à dire que vous êtes un groupe très référencé. Vous avez fait des hommages évidents à Spacemen 3 par exemple, mais j’imagine que ça a dû arriver qu’on vous prête des influences involontaires.

N : Oui, quand on a sorti Leave Home, on voulait juste faire un album qui suit l’idée de partir de chez soi, d’essayer quelque chose de nouveau. Puis beaucoup de gens nous ont demandé si c’était un hommage aux Ramones. Pas vraiment, mais c’est plutôt une coïncidence heureuse.

M : Enfin on avait bien conscience qu’il existait, cet album.

N : Ce qu’on ne savait pas en revanche, c’est que le titre de notre prochain album (Open your Heart) est aussi le nom d’un tube de Madonna. Ce n'est vraiment pas intentionnel, pour le coup.

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