Un cynisme ambiant et des collègues de travail insupportables

JB Wizz de Born Bad vomit la musique d’aujourd’hui

Par Clovis Goux




La première fois que j’ai entendu la voix de JB, c’était sur mon répondeur : un rockeur de banlieue éructait en exigeant une explication franche. J’avais écrit un papier dans un torchon où je disais le plus grand mal d’une de ses compilations. C’était pas malin : je m’imaginais déjà traîné sur le périph’ derrière une grosse cylindrée ou attaqué au cran d’arrêt dans un terrain vague par un loubard surgi d’une BD de Margerin. Au troisième appel, j’ai quand même fini par décrocher. Après une heure de discussion, l’affaire était réglée : loin d’être un bourrin, Jean-Baptiste s’avérait un passionné défendant bec et ongles une certaine esthétique du rock : celle, pure et dure, des origines. Quelques années ont passé, et Jean-Baptiste Guillot est toujours là. Il roule en Triumph et dirige l’un des meilleurs labels de rock au monde, Born Bad, sur lequel il a signé des groupes qui tuent – Frustration, Magnetix, Cheveu, Yussuf Jerusalem… – tout en continuant à sortir de temps en temps des ­compiles de merde (là, je déconne).

Vice : Tu n’as jamais eu envie de faire de la musique ?
JB Wizz :
Si, je m’y suis essayé mais j’ai aucun talent pour ça, et j’aurais eu énormément de mal à accepter que ce que je faisais soit naze, il aurait fallu que ça soit tout de suite génial. J’ai fait de la guitare, je connais les accords, mais je suis pas bon non plus. Il y a plein de gens, avec ma voix gouailleuse, qui se sont projetés et qui pensaient que je ferais un excellent chanteur, mais j’aurais pas assumé d’être mauvais.

Tu aurais supporté d’être dans un groupe ?
Ouais carrément, quand j’étais plus jeune, j’ai tourné avec Jon Spencer pour l’album Plastic Fang, le dernier disque un peu important qu’il ait fait. Jon Spencer s’était imaginé que j’étais le meilleur DJ au monde – ce qui n’est pas faux, à l’époque j’étais un des rares mecs à passer du garage, du rockabilly ou des B.O. –, je faisais le warm-up et l’aftershow sur leur tournée en Europe. J’ai vraiment été dans l’intimité d’un groupe et là, tu te rends compte que c’est assez glauque, que ce n’est pas le pire métier du monde mais que ce n’est vraiment pas marrant d’être trimbalé de ville en ville, que les mecs ne font ça qu’à des fins alimentaires, qu’ils sont usés par les milliers de kilomètres, les concerts à répétition…

C’est finalement un taf comme un autre.
Pire, encore plus glauque, tu es complètement décérébré, ballotté de salle en salle, t’as des gens qui viennent te voir en hurlant et faut que tu sois disponible pour eux alors que t’as juste pas envie. Tu bouffes dans des caterings pourris tous les jours, tu sais même plus où tu es physiquement à force de faire des kilomètres. Ça m’a calmé. Les mecs du groupe, ils se parlaient même plus, les meufs mettaient des mots sur le tour bus, ils étaient tellement blasés qu’ils n’y prêtaient aucune attention. C’était l’usure. Ils avaient derrière eux dix ans au taquet, surmédiatisés. Ils étaient juste prisonniers de leur statut de Jon Spencer Blues Explosion où tu es obligé de continuer parce qu’il y a plein d’enjeux. Et puis quoi faire d’autre ? Mais DJ, ça doit être encore pire, tu les vois partir avec leur valise, faire leur set de quatre heures à six heures du matin dans des boîtes pourries… Pff.

À la différence près qu’ils se font beaucoup plus de thunes que les groupes…
Effectivement, dans le rock tu bosses pour la gloire. Avec Born Bad, je suis bien placé pour savoir que les groupes font des milliers de kilomètres à l’année et que ça leur rapporte rien. Faut être ultra motivé : tu sais pas où tu vas, tu te tapes 800 bornes aller, 800 bornes retour pour faire un concert devant 50 personnes, bouffer un taboulé en boîte, dormir par terre dans le salon de l’organisateur – et tout ça payé 300 euros en sachant que t’as 100 euros de péage, 100 euros d’essence et 40 euros de casse-dalle. C’est la culture du rock, de ­l’underground. Les gens dans l’electro n’accepteraient jamais ça, ils ont toujours été trop privilégiés.

Marche ou crève.
Ouais, j’ai de la chance avec les groupes du label, ils n’ont aucune exigence. Dernièrement, on a fait des concerts à Bordeaux sur une fête énorme de 2 000 personnes. On est arrivés, c’était la canicule, on n’avait rien à boire ni à bouffer et les mecs n’ont pas gueulé. 1 200 bornes dans le week-end pour boire de la flotte chaude, c’est juste la honte. Les mecs de Frustration, certains ont dans les 45 ans et ils continuent à dormir dans des sacs de couchage parce qu’ils ne sont pas qu’un groupe, ils sont des acteurs de cette scène-là, ils con­naissent les contraintes de l’économie de l’underground. L’idée c’est pas de gagner de l’argent, c’est que personne n’en perde. Après, ils pourraient réagir comme tous les enculés lambda et dire « chacun sa merde ».

C’est dur de se faire respecter dans ce circuit ?
Non. Parce que quand tu as Frustration ou les Magnetix devant toi, tu n’as pas vraiment envie de faire le malin. Tu vas juste te faire latter. Ce sont des durs à cuire qui en ont vu de toutes les couleurs et ils ne vont pas se laisser faire. Les incidents ont lieu dès que tu sors du circuit alternatif, qui est un circuit de fans, des mecs lambda de Reims ou de Chartres qui se mettent en quatre pour venir te faire jouer. Il y a une cause com­mune et ça c’est hyper important : c’est la grande famille du rock ’n’ roll !

Born Bad est aujourd’hui un label à la mode, ça ne t’emmerde pas trop ?
Non, parce que j’oblige les gens à venir à moi et que je ne fais rien de mon propre chef pour aller vers eux. Le seul truc un peu pute que je fais, ce sont les soirées On Ice à la patinoire où on fait cette chose un peu clinquante, un peu facile, pour briller dans d’autres sphères. Mais sur le reste il n’y a aucune concession. C’est un truc qu’on m’a longtemps reproché mais maintenant les gens se sont habitués. Ça sert à rien d’aller trois semaines en studio claquer 15 000 euros pour vendre 1 200 CD au lieu de 1 000. La mode, je sais qu’elle est volage. J’aurais 20 balais, je pourrais me laisser griser par les articles qui sortent sur moi dans la presse, mais après quand tu sais comment ça fonctionne, ça démystifie tout. C’est juste une énorme machine qu’il faut nourrir en contenu. Comme je fais quelque chose avec un fort caractère artistique, dans le consensus ambiant c’est normal que je suscite de l’intérêt. Je sais déjà, c’est écrit, que dans trois ou quatre ans j’intéresserai moins les gens.

T’as eu des propositions de publi-reportages dans la presse musicale ?
Il y a beaucoup de magazines qui vont te parler d’articles et dans la journée qui vient tu as un mec de la régie pub qui t’appelle. Quand tu veux vraiment avoir du rédactionnel, c’est tacite qu’à un moment donné il faut dépenser un peu d’argent dans le magazine. Pour Yussuf Jerusalem, un mensuel musical voulait faire un article mais comme j’ai envoyé chier la régie pub, il n’y a pas eu de papier, du coup je n’ai que des chroniques dans ce canard. C’est un tabou de le dire, c’est informel, mais tu sais très bien que pour accéder à un certain volume de rédactionnel il va être de bon ton d’effectuer un troc : des sous contre de la visibilité. Mais vu les difficultés que rencontre la presse, je trouve pas ça très choquant sauf quand ça devient récurrent, et là c’est rédhibitoire. La loi « pas de pognon, pas d’article », là, c’est lourd.

Perso, j’ai vraiment compris ce qu’était la presse musicale quand on m’a demandé de faire une chronique positive d’un album que je n’aimais que modérément, parce que la maison de disques avait acheté la couv’…
C’est le syndrome MGMT, un consensus suspect de tous les journalistes pour s’enflammer sur un artiste ou un album. T’as qu’à feuilleter les magazines : t’as l’article et trois pages plus loin t’as la demi-page de pub, y’a pas besoin d’être très malin pour comprendre qu’il y a un lien de cause à effet entre l’enthousiasme des mecs et la place que le disque va occuper dans les médias. Avec MGMT, ça passait parce que le premier disque était bon, mais Uffie ou MIA c’est très mauvais. Je respecte Ed Banger parce que c’est un label indé mais tu sens que ça pousse derrière. Mais comme la ­presse vit de la pub, c’est normal que ça oriente la ligne éditoriale des journaux.

Et tu penses que le lecteur est dupe de ce système ?
Je pense pas et c’est le problème, les journaux se discréditent. J’ai la chance d’avoir une presse favorable et de faire le grand écart entre la presse branchée, la presse ultra ghetto rock ‘n’ roll et la presse généraliste. Il n’est pas rare que j’aie ­trente, cinquante articles sur une sortie alors que ­derrière je vends pas de disques. Donc y’a un ­problème. C’est comme L’École des fans, où les gosses ont tous dix sur dix : la presse n’a plus de crédit. Je me fais violence pour faire de la promo, c’est ce qu’il y a de plus pénible dans mon travail de label, c’est très humiliant d’envoyer des disques comme des bouteilles à la mer à des gens qui ne les écoutent pas, qui ne répondent pas à tes relances, c’est juste l’énergie du désespoir. Mon moteur, c’est de rendre des comptes à mes artistes, mais de façon objective on n’en a rien à foutre d’avoir des articles dans la presse, ça ne sert à rien, ça fait juste plaisir à ta mère au repas de Noël de savoir que t’as les faveurs de Télérama. Mais toute cette messe parisienne de peigne-culs me fait gerber, quand tu montes ton label on te chie à la gueule et quand tu as le vent en poupe on vient te serrer la louche, te faire des politesses, des salamalecs. Personne n’est dupe.

Est-ce qu’il faut faire sa pute pour vendre des disques aujourd’hui ?
C’est compliqué. Il faut avoir un côté pute, et en même temps j’ai pas la réputation d’être particulièrement sympathique ni accessible. Malgré tout, j’ai l’impression d’avoir peu de détracteurs parce que je prends beaucoup de risques sur chaque disque mais je suis pas suffisamment snob pour avoir un discours de taliban et dire à tout le monde d’aller se faire enculer. Dans le rock il y a ce discours latent de l’intégrisme coûte que coûte, de diaboliser tout le monde. Sauf qu’en restant jouer dans ta cave avec tes dix potes qui boivent des bières, tu fais chier personne en réalité. Tu fais juste où l’on te dit de faire. Un article sur Yussuf Jerusalem dans Grazia c’est plus subversif qu’un papier dans un fanzine garage acquis à la cause. Il faut s’arroger et s’approprier une place qui n’est pas la tienne. C’est ça ma conception du rock ’n’ roll : refuser le dogme des ayatollahs.




Est ce que tu penses que pour fonctionner, un label indépendant d’aujourd’hui doit vendre de l’image, du tee-shirt ?
La musique n’ayant plus de valeur, pas mal de labels ont cherché des revenus dans les fringues : Cool Cats pour Ed Banger, Tigersushi Furs, Fany de Kill the DJ dans une moindre mesure… même moi j’y pense. Je crois que l’avenir des labels ce sera des faisceaux de revenus, c’est-à-dire peu d’argent mais des sources extrêmement variées : les soirées, les partenariats privés, le DJing, la vente de fringues, de disques, le digital, un peu de synchro. Les labels trouveront une sorte d’équilibre financier en se démultipliant. Mais que la vente du tee-shirt remplace le disque, je n’y crois pas, ou alors tu changes de métier et tu deviens vendeur de jeans. Si tu peux vendre des disques grâce à la vente de tee-shirts, pourquoi pas, même si le vinyle ne remplacera jamais le CD et que le digital est déjà un combat d’arrière-garde à l’heure du streaming. Quant à l’image, j’ai peut-être un avenir à la Patrick Eudeline: on aura besoin d’une caution rock ’n’ roll dans une soirée, je viendrai sur ma Triumph après avoir ciré mes bottes…

Et tu seras mûr pour la Nouvelle Star.
En quelque sorte.

Sinon, avant Born Bad, tu travaillais dans une major… C’était comment ?
J’étais directeur artistique chez EMI Publishing, ce qui était une finalité en soi, j’en avais rêvé depuis très jeune. J’ai commencé stagiaire comme tout le monde et puis j’ai eu la chance d’être ­repéré par Michel Duval et Emmanuel de Buretel. Ça a été la douche froide, le métier que j’y ai découvert était extrêmement glauque, la crise du disque était déjà amorcée, j’avais un cahier des charges tel qu’on te poussait à l’inertie : on était entrés dans une phase où il était préférable de ne pas signer d’artistes. Un cynisme ambiant terrible et des collègues de travail insupportables. Un des grands facteurs de la crise du disque est la médiocrité des gens qui travaillent dans ces grosses structures. On a la complaisance, en France, de promouvoir des baltringues et des imposteurs, qui sont là pour de mauvaises raisons, qui n’ont pas la foi. Je pense qu’il y a plus de fraîcheur et d’excitation chez les cadres de Bonduel que chez ceux d’EMI. Il y a eu pendant des années une négation de toute considération artistique, une volonté de faire des coups avec une génération qui sortait d’école de commerce alors que les précédentes venaient de la fac, avec en plus la suffisance de se trouver cool parce que tu ­travailles dans le disque. Le nombre de disques de merde lancés avec les soi-disant recettes du ­marketing a été une vraie catastrophe.

Tu pouvais défendre des artistes que tu aimais ?
Je me mettais la pression pour satisfaire mon cahier des charges, je n’allais pas signer Cheveu chez EMI pour que Jacqueline à la compta se fasse virer au bout de quinze jours parce que Jean-Baptiste Guillot s’était fait plaisir. J’étais un bon soldat.

Comment ça s’est terminé ?
J’ai été licencié parce que j’étais en rupture. J’étais vraiment en souffrance là-bas. Tu te retrouves dans un grand bureau avec un beau fauteuil et tu te sens seul car on vient te sucer la bite du soir au matin – on croit que tu as le sésame, ce qui est faux puisque c’est la direction financière qui décide. Toi, tu es juste un baltringue qui enchaîne les rendez-vous de gens qui s’imaginent qu’ils vont faire carrière. Tous les rapports sont faussés : tu rentres dans un processus de pipolade et de wachi-wacha merdique à courir les concerts merdiques et tu finis comme tous ces gens de la presse et des maisons de disques qui passent la soirée au bar à se bourrer la gueule en disant que le groupe sur scène est très mauvais. Ça a complètement ­galvaudé le plaisir que la musique me procurait. Moi je suis un gars qui achète deux, trois disques par semaine, qui va à un ou deux concerts par semaine avec enthousiasme et ça, je l’avais perdu. La major c’est une énorme machine qui brise ton envie. En plus avec la crise du disque, tes collègues ont peur pour leur place et la peur suscite chez l’homme des comportements dégueulasses : tout le monde se chie dessus et prie pour ne pas être le suivant en fayotant et en suçant des bites dans tous les sens. J’étais très malheureux. La précarité dans laquelle je suis avec le label, car c’est une économie très fragile, j’y trouve davantage mon compte que chez EMI avec mon treizième mois, mes tickets-restaurant et ma mutuelle.

Tu as fondé Born Bad quand tu t’es fait virer ?
Oui, le côté sympathique de se faire virer, c’est que tu pars avec beaucoup d’argent. Fort de ce magot, j’ai voulu surmonter cet échec et aller ­jusqu’au bout de mon idée de la musique en ­fondant un label, avec pour modèle New Rose et Rough Trade, soit l’association d’un label et d’un disquaire avec une ligne artistique assez forte. C’est pour ça que j’ai sollicité Born Bad, un magasin de disques qui existait déjà, dirigé par des bons copains. Je sais déjà que ce label, je ne vais pas pouvoir le faire durer dix ou quinze ans de plus ; il me reste quatre ou cinq ans à tenir, je bosse trop sans gagner d’argent. Une des singularités de ce label, c’est que je suis seul à tout faire : livraison, facturation, promotion, studio… Et c’est usant. J’aimerais te dire que dans vingt ans je serai ­encore là, mais j’en doute. Ce qui est ­gratifiant par contre c’est que tu as un retour immédiat sur ton boulot. J’ai donné un sens à ma vie qui est précieux. Aussi anecdotique que ce soit, je peux dire que moi petit Jean-Baptiste Guillot, j’étais venu sur terre pour faire le label Born Bad records.

Le mp3 n’a pas tué toute forme d’excitation par rapport à la musique, selon toi ?
Le CD avait déjà démystifié le support sous la forme d’une espèce de truc Picard formaté et normalisé, froid au toucher comme à l’écoute. Le mp3 n’a été qu’un cran supplémentaire. Au-delà du piratage et de la gratuité de la musique, il y a beaucoup plus grave : c’est la désaffection des gens pour la musique, les mecs se sont mis à télécharger du soir au matin et se sont retrouvés avec des gigas et des gigas de mp3 qui ne répondent à aucun besoin. C’est déjà compliqué de faire le tour d’un ou deux disques en une semaine. Tous ces gens se sont auto-écœurés, ont fait une grosse crise de foie de la musique tant et si bien que la musique est simplement sortie de leur vie, ­n’existe plus. Leur rapport à la musique c’est juste la radio qui tourne dans la bagnole quand ils sont dans les bouchons. L’envie se nourrit de rareté, de la préciosité des choses.

Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il est plus intéressant de suivre la chute de l’industrie musicale que d’écouter des disques.
Mais c’est également vrai pour notre civilisation qui est un véritable naufrage, c’est Rome ce qu’on est en train de vivre, qu’on laisse la place aux Rebeu ou aux Chinois mais l’Europe, il faut qu’elle dégage, qu’on fasse un énorme parking à la place de la France. Aujourd’hui pour susciter de l’envie tu es obligé de sombrer dans le pathétique, c’est le syndrome Lady Gaga : faut en faire des caisses pour vendre des disques. Là on en est à Lady Gaga, la barre est haute, c’est quoi l’étape suivante ? Des mecs qui se foutent des plumes dans le cul ? Qui avalent des sabres en pétant pour essayer d’éveiller une lueur d’excitation chez l’auditeur over blasé, avec la complicité de tout le monde et de cette presse qui n’a pas su faire son boulot. Prends dix chroniques, change les titres et les pochettes : tout est interchangeable. Il faut le dire : la presse musicale française, c’est le degré zéro du journalisme. En Angleterre ou aux États-Unis, le journaliste musical est investi d’une mission, il prend son travail au sérieux.

C’est pour cela que personne en France n’a critiqué l’album d’Uffie. C’est le NME qui s’en est chargé en lui foutant un zéro.
Le journaliste qui tente ça en France il se met en porte-à-faux avec Pedro Winter, Ed Banger et Because, et il va devoir rester chez lui parce qu’il va être tricard de certaines soirées. Les mecs en sont là. C’est très français, les petits privilèges. Je connais les qualités et les défauts des disques que je sors et j’accepte la critique. Mais je sais qu’à l’heure actuelle, ce que je sors c’est ce qu’il y a de mieux avec Pan European, Record Makers ou Tigersushi. Sur les dix meilleurs groupes de rock français, trois sont chez moi : Cheveu, Magnetix, Frustration. Dans le lot tu peux rajouter Poni Hoax, Marvin, Turzi, puis dans une certaine mesure Aqua Nebula Oscillator, peut-être Adam Kesher et Hush Puppies. Les journalistes ne comprennent pas la nécessité qu’il y a à soutenir une scène locale, à dire du bien de Turzi, Poni Hoax ou Zombie Zombie… Parce que face à cette énorme culture mainstream dégueulasse il faut être dans la contre-culture, et s’il n’y a pas de contre-proposition, ça devient du fascisme.
 

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