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      On a réussi à entrer dans Neverland, le ranch-parc d’attraction de Michael Jackson

      juillet 8, 2014



      Le 18 novembre 2003, 70 policiers ont fouillé les 1 400 hectares de Neverland, l’immense propriété-ranch-parc d’attraction de Michael Jackson. MJ venait alors d’être mis en examen pour attouchements sexuels sur mineurs. Suite à ces accusations, le chanteur avait immédiatement quitté les lieux, déclarant qu'il était victime d’une « violation » de sa propriété. Trois ans plus tard, celle-ci était définitivement saisie par la justice.

      Au cours de cette période, un groupe de photographes s’est rendu à plusieurs reprises dans la propriété afin d'explorer ce royaume de l’enfance éternelle laissé à l'abandon. J'ai discuté avec eux de ce qu'ils y ont vu et trouvé – et comme ce qu'ils ont fait pour obtenir ces photos est illégal, (et comme j'aime beaucoup les Tortues Ninja), j'ai changé leur nom en Leonardo, Raphael et Donatello. Michelangelo a également contribué aux photos, mais il n'était pas là pour répondre à mes questions.

      VICE : Comment vous est venue l'idée d'explorer Neverland ?
      Leonardo :
      Ça s'est décidé sur le moment. Je savais que la propriété était abandonnée depuis quelque temps, que Michael était à Dubaï et qu'il ne payait plus ses factures d'électricité. J'en ai déduit qu'il y avait une opportunité à exploiter – mais qu'elle pouvait vite nous passer sous le nez. Comme je passais souvent en voiture à proximité du ranch, je me suis dit : OK, j'ai quelques heures devant moi, je vais juste passer en coup de vent. Il s'est trouvé qu'il y avait vraiment du vent ce jour-là ; ça m'a permis de m'approcher sans que les gardes m'entendent. J'ai pu m'introduire dans la propriété sans qu'ils ne se doutent de rien. Je ne pensais pas forcément rentrer, mais j'ai eu l'occasion de le faire, et je voulais voir comment c'était.

      Quel est le truc le plus bizarre que vous ayez vu à l'intérieur ?
      Leonardo : En fait, tout était super bizarre. Je n'ai jamais été un grand fan de Michael Jackson, mais je savais que c'était un personnage historique. À l'époque, les gens ne s'en rendaient pas forcément compte, mais il fait clairement partie de l'histoire des États-Unis – et du monde occidental de la fin du XXe siècle. Pourtant, tout ce qu’il possédait pouvait très vite être perdu avec ce ranch à l'abandon. Sans nos photos pour en rendre compte, tout ça aurait disparu. J'ai pensé qu’il était important d'y aller.
      Raphael : On peut raconter ce qu'on a vu dedans, ou on doit garder ça pour nous ?

      Je vous en prie.
      Raphael :
      On n’en a jamais vraiment parlé à qui que ce soit... Bon, OK, le plus bizarre selon moi, c'était ce logo avec un petit garçon en pyjama assis sur un croissant de lune. Il était partout. C'est fou comme il ressemble au logo DreamWorks. Il y en avait un énorme, par terre, qui devait bien faire dans les 20 mètres de large. Il y en avait sur tous les panneaux, les auto-tamponneuses, sur l'abribus, partout.
      Donatello : Ce logo était terrifiant.
      Raphael : Un petit garçon dans une grenouillère. Je suis sûr qu'elle est ouverte derrière, façon blouse d'hôpital. [Rires]

      Seigneur Dieu.
      Donatello :
      Il y a autre chose. Il collectionnait tout un tas de trucs, des objets sur lesquels il était représenté, des objets promotionnels encore dans leur carton, des piles et des piles de lettres de fans... Je me souviens d’une photo du procureur en charge de son procès sur laquelle avaient été dessinées par dessus des cornes du diable. La photo était là, sur une table – je me demande si c'était pas une table Pac-Man, d'ailleurs.
      Raphael : T’as eu le temps de lire son courrier ?
      Donatello : On a juste feuilleté quelques lettres de fans.

      Comment êtes-vous rentré à l'intérieur ?
      Raphael :
      On ne peut pas rentrer dans ce genre de détails.

      Comment ça ?
      Leonardo :
      Nous n'avons même pas enfreint de lois pour entrer – c'était ouvert. Tout était ouvert. La maison entière était ouverte.

      Oh, cool.
      Raphael :
      Mais bon, quand j'ai bu du soda au raisin dans sa cuisine, j’ai bien fait attention à effacer mes empreintes – et j'ai dissimulé la canette derrière un buisson.

      Attends. Tu as bu le soda de Michael ?
      Raphael
       : J'avais super soif et il en avait plein.

      C'était vraiment du soda au raisin ?
      Raphael :
      Ouais, du vrai de vrai. Dans sa cuisine, il y avait un menu « Enfants du monde ». Tout était fait pour les enfants. Je ne sais pas s'il en avait, mais...

      Si, si, il en avait.
      Raphael : Ce menu était imprimé sur une ardoise. Il y avait des sandwiches au beurre de cacahuète et à la confiture, des mac & cheese, ce genre de trucs. Ça, et tous les objets bizarres qu'il avait achetés, dont la moitié n'avait aucun rapport avec le thème du ranch. Toute sa maison était remplie de trucs chers et pseudo-artistiques.

      Pseudo-artistiques ?
      Raphael
       : Ouais, genre des miroirs bizarres disposés sur une plate-forme d'un mètre carré. Et à côté, il y avait genre, une espèce de statue romaine, et à côté encore une peinture à l'huile gigantesque à l’effigie de MJ lui-même. On a vu tout un tas de tableaux de ce genre dans la maison.
      Donatello : Il y en avait une où on le voyait guider toute une ribambelle d’enfants, une sorte de procession.

      À quoi ressemblait l'atmosphère à l'intérieur ?
      Donatello :
      J'étais assez mal à l'aise, je dois dire. J'avais peur que quelqu'un se rende compte de notre présence. Mais en même temps, on se sentait obligés d'y aller. Une fois à l’intérieur, j’ai vraiment eu l'impression de faire quelque chose de mal. Tout du long, il y avait cette tension entre la fascination et cette idée que, putain, j'ai rien à faire ici, il faut que je me barre.
      Leonardo : C'est vrai. On a tous un peu senti ça. On n’a pas l'habitude d'aller chez les autres sans permission.
      Raphael : Ce que l’on fait habituellement, l’exploration urbaine, ça consiste plutôt à visiter d’anciennes usines, des écoles abandonnées, bref, des lieux qui ne servent pas de résidence aux gens. À un moment, je n'ai plus supporté d'être dans cette maison, d'autant plus que tout y était vraiment très, très bizarre. Je suis sorti pour prendre l'air, et j'ai voulu faire une blague aux autres : j'ai frappé à la porte. J'avais ma lampe-torche, et j'ai fait semblant d'être un garde qui venait pour nous choper. On s'amuse souvent à faire des trucs comme ça, mais cette fois, Donatello s’est vraiment mis en colère après moi.

      Va savoir pourquoi.
      Donatello :
      Je ne me souviens pas de ça. Ça doit être un très mauvais souvenir pour que je l'ai oublié si vite.
      Raphael : Tu t'es fait dessus.
      Leonardo : Je m'en souviens très bien, moi. Je ne trouvais pas les lieux si flippants que ça. C'était singulier, différent, mais pas « effrayant ». Je crois qu'aucun d'entre nous n'a vraiment eu peur. On avait surtout l'impression qu'on n'aurait pas dû s'immiscer dans la vie de quelqu'un de cette façon. Mais les objets qu'il y avait à l'intérieur, non, ils n'étaient pas particulièrement terrifiants – plutôt exotiques, si l’on veut.
      Raphael : On partait à la découverte d'un endroit que personne n'avait jamais vraiment visité. C'était juste après sa fuite des États-Unis, son accusation, etc. Du coup, on regardait tous les objets sous l’angle du Michael Jackson accusé d'attouchements sexuels sur mineurs. Il y avait tellement de trucs pour les enfants, ou qui montraient des enfants – des jeux partout, des arcades de jeux vidéo géantes. C'était une sorte d’aimant à enfants.

      Vous avez eu le temps d’explorer toute la propriété ?
      Donatello
       : On a à peu près tout vu, à l'exception du zoo. On a vu la salle de jeux, le manoir, les attractions, la gare, la pièce bizarre avec toutes les statues...

      Je suis surpris que personne ne vous ait vus.
      Donatello :
      On est assez pros. Je ne veux pas avoir l'air prétentieux, mais... on sait ce qu'on fait. Et puis, ce n'était pas si dur : il y avait un garde au bord de la route, et il nous a suffit de l'éviter pour nous retrouver seuls, au milieu de la vallée.
      Raphael : Ça peut paraître fou, mais on s'est juste baladés, tranquillement.

      C'était immense, non ?
      Raphael :
      Vraiment immense.
      Donatello : Ah, je viens de me souvenir d'un truc. On a réussi à aller dans la chambre de Michael. Mais je me souviens que celles des enfants étaient fermées à clef.

      Et la salle de jeux ?
      Raphael
       : Elle devait faire 20 mètres sur 10 environ. Il y avait tous les jouets possibles et imaginables. Il y avait des Lego géants, des Dark Vador, etc.
      Donatello : Puis des consoles des jeux et des bornes d'arcade un peu partout dans la maison.

      Vous avez vu des trucs pour adultes, à part les tableaux bizarres ?
      Raphael : Eh bien, il y avait plusieurs pièces assez vastes avec des canapés, des objets d'art, ambiance lounge un peu.
      Donatello : Je me souviens avoir vu des trucs normaux aussi : de la petite monnaie sur une table basse, un bureau avec un ordinateur, quelques objets ménagers traditionnels.

      Je me souviens d’avoir vu à la télé une sorte d’horloge géante au milieu du jardin.
      Donatello :
      Mec, il y avait tellement de trucs bizarres dans ce jardin.
      Leonardo : Mais ouais, une sorte d’énorme montre à gousset, sauf que les aiguilles ne bougeaient plus. D'ailleurs, je crois que Donatello a pris une photo presque à l'heure exacte affichée sur la montre.
      Donatello : Ouais, c'est vrai. Elle était arrêtée à 2h55, et j'ai pris la photo presque à la même heure – je ne m'en suis rendu compte qu'un an plus tard.

      Comment pouvez-vous être sûrs qu'elle ne marchait plus ?
      Donatello :
      Il n'y avait plus de courant, et j'ai bien regardé : les aiguilles ne bougeaient plus.

      Il n'y avait plus de courant ?
      Donatello :
      Oui, l'électricité avait été coupée. Mais pas l'eau.

      Vous êtes allés aux toilettes pour vérifier ?
      Donatello : On a vérifié si l'eau marchait, par curiosité. Ce qui était bizarre, c'est qu'il n'y avait pas de poussière à l'intérieur de la baraque. Tout était immaculé. Les tapis avaient été aspirés, aucun grain de poussière ne recouvrait les statues. C'est aussi pour ça qu'on était à l'affût : on sentait que le lieu n'était pas totalement à l'abandon. Il y avait plusieurs meubles recouverts par des bâches, preuve que quelqu'un venait encore faire le ménage. Je dirais au moins une fois par semaine, vu la propreté des lieux.

      Et pourtant, il ne vivait plus là depuis un moment.
      Leonardo :
      Oui, la propriété venait d’être saisie, elle était déjà plus ou moins à l'abandon.

      Et puis, vous n'aviez pas vraiment l'air de paparazzi.
      Raphael :
      Des paparazzi de ponts et chaussées, à la limite.

      Merci beaucoup les mecs.

       

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      Thèmes: Michael Jackson, Neverland, photographie

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