Les Saoudiennes peuvent aller dans les parcs d'attractions, mais il y a des règles à respecter

La photographe Arwa Al-Na'imi adorait les parcs d'attractions, mais elle les trouvait moins amusants en vieillissant et en étant séparée de son frère.

2019 09 06, 8:20am

Pendant un certain temps, l'artiste saoudienne Arwa Al-Na'imi a eu l'impression de ne pas pouvoir suivre la voie qu'elle s'était tracée. Elle est née à Abha, une ville du sud de la province d'Asir en Arabie saoudite et depuis son plus jeune âge elle se passionne pour l'art. Mais aucune des universités de la ville natale de cette femme de 34 ans n'offrait un diplôme dans ce domaine, alors elle est devenue l'une des premières femmes du pays à s'inscrire à un cours d'informatique.

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Mais elle n'a jamais cessé de créer des œuvres d'art et, peu après l'obtention de son diplôme, Arwa a reçu le prestigieux prix Abha des arts du Southern Region Arts Council. De là, elle a rejoint le Muftaha Art Village, le premier collectif d'art dans le sud de l'Arabie saoudite, où elle a reçu le soutien nécessaire pour exposer une grande partie de son travail. « J'étais en compétition contre les meilleurs artistes. À l'époque, je ne pouvais même pas voir mes tableaux exposés parce qu'ils n'autorisaient que les hommes à entrer dans les musées. » Arwa est devenue plus tard l'une des premières femmes à prendre des photos à l'intérieur de la mosquée Al Masjid Al Nabawi, une mosquée construite par le prophète Mahomet, considérée comme le deuxième lieu saint de l'Islam.

Au cours des cinq dernières années, Arwa a travaillé sur son dernier projet, « Never Never Land ». La série comprend des photos prises dans un parc d'attractions de sa ville natale - un parc qui, comme tous les parcs d'attractions en Arabie saoudite, est réservé aux hommes ou aux femmes, mais pas les deux en même temps. « J'adorais aller dans les parcs d'attractions et je voulais montrer à quel point ma relation avec l'endroit a changé avec le temps, explique-t-elle. Mon frère et moi avions l'habitude d'y aller quand nous étions plus jeunes, mais nous avons dû arrêter d'y aller ensemble quand nous avons vieilli parce qu'ils n'autorisent pas les hommes et les femmes dans les mêmes espaces. En plus de la ségrégation sexuelle, les femmes ne peuvent même pas crier sur les manèges et porter un pantalon. Tout le monde crie quand même, et les femmes portent des pantalons. Que vont faire les autorités ? Tu ne peux pas punir tout le monde. »

Pour prendre des photos, Arwa a dû cacher son appareil photo sous son abaya. « Never Never Land » offre un contraste saisissant entre les abayas et niqabs noirs et les détails colorés du parc à thème. « L'Arabie saoudite aujourd'hui n'est plus la même qu'il y a un an, dit-elle. Bien qu'elle soit satisfaite de l'évolution de la situation sociale des femmes à travers le pays, qui a permis aux femmes d'avoir accès à plus de libertés – y compris la conduite et le droit de voyager sans la permission préalable d'un homme – Arwa croit qu'il faudrait faire plus pour soutenir les artistes femmes. « Les possibilités sont limitées, dit-elle. J'ai de nombreuses idées et projets, mais je ne sais pas à qui les présenter. »

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Ci-dessous, les photos de Never Never Land.

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Arabie-Saoudite, parc d'attractions, abaya, loisirs

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