Ce que ça fait d’être une travailleuse du sexe asexuelle

« Les gens ont une vision rigide de la profession et pensent que nous sommes prêts à coucher 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. »

02 July 2021, 7:34am

Dans l’acronyme LGBTQIA+, la lettre A signifie asexuel, agenré et aromantique. Selon GLAAD, une ONG de veille médiatique, une personne asexuelle ne ressent d’attirance sexuelle envers personne. Mais comme toute autre forme de sexualité, être asexuel est aussi un éventail. Certains n’ont pas du tout de relations sexuelles alors qu’ils ont une libido bien présente, et d’autres choisissent d’avoir des relations sexuelles avec leurs partenaires alors qu’ils n’ont aucune libido.

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Être asexuel et travailler dans l’industrie du sexe peut paraître contradictoire, même bizarre. Mais pour Ellie, ou Ellie Next Door, de son nom de scène, une jeune femme de 21 ans venant du Sud-Est du Canada, c’est effectivement une réalité. Voici son témoignage :

Le terme « travailleuse du sexe asexuelle » peut sembler contradictoire mais je vais vous prouver que non et vous expliquer pourquoi.

J’ai probablement réalisé que j’étais asexuelle quand, pré-adolescente, j’ai vu ces statues grecques ciselées et n’ai rien ressenti de particulier. Pour moi, c’étaient simplement des corps, rien de plus.

Vers 2013, j’ai créé un compte sur l’application Tumblr. À ce moment-là, Tumblr représentait une grande vague arc-en-ciel et comme beaucoup d’autres, c’est là que j’ai trouvé une étiquette correspondant à ce que je ressentais. Je n’avais jamais entendu parler du terme « asexuel » jusque-là, et j'étais soulagée d'avoir enfin trouvé quelque chose qui me correspondait.

Disons que je ne deviens pas folle à l’idée de voir un mec nu en érection. S’il est mignon, ça s’arrêtera là et je me dirai juste : il est mignon. Je ne vois pas non plus mon corps comme un objet sexuel mais je sais que d’autres personnes le voient comme tel. Le sex-appeal et la sensualité sont évidemment subjectifs. Ça ne me rend pas mal à l’aise d’être sexualisée et franchement, j’apprécie le sentiment général et la vision que les autres ont à propos de mon corps. J’aime mon corps, je le trouve beau et je suis ravie que les autres soient d’accord avec ça. 

« Je ne deviens pas folle à l’idée de voir un mec nu en érection. S’il est mignon, ça s’arrêtera là et je me dirai juste : il est mignon. »

Donc, en mai 2019, j’ai été sur Chaturbate (une plateforme proposant des shows en live via webcam) car je me disais que ça pouvait être marrant. J’ai réalisé un petit clip avec une webcam, un micro et un sextoy. Les jours qui ont suivi, j’ai remarqué que le nombre de personnes ayant vu ma vidéo augmentait sensiblement et en une semaine, j’ai gagné assez d’argent pour m’acheter de nouveaux sextoys.

En deux mois, j'avais gagné assez pour m’acheter une voiture. Bien sûr pas une Rolls-Royce hors de prix, mais une caisse qui me permettrait de me déplacer où je voulais. Je pense que c’est à ce moment-là que j’ai décidé de travailler dans le milieu du sexe à temps plein. J’ai démissionné de mon job de serveuse et me suis lancée afin de me créer un public et d’améliorer mes streams.

Pour être travailleur du sexe, il n'y a pas besoin de trouver tout le monde sexy. Je pense que les gens ont une vision rigide de la profession et pensent que nous sommes prêts à coucher 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. C’est évidemment très éloigné de la réalité même pour des travailleurs du sexe qui ne sont pas asexuels. Je ne comprends pas pourquoi les gens pensent de cette manière : vous croyez vraiment qu’un joueur de foot à tout le temps envie de jouer au foot ?

En plus, le travail du sexe est en lui-même très vaste. Quelqu’un qui vend des nudes sur Snapchat, sur OnlyFans ou qui fait des shows en direct peut dire qu’il est un travailleur du sexe au même titre que les stars du porno que vous voyez sur Pornhub ou encore ceux qui vous proposent leurs services dans la vraie vie.

« Pour être travailleur du sexe, il n'y a pas besoin de trouver tout le monde sexy. »

Même si je reçois plein de chouettes avis et que c’est toujours sympa, les opinions des autres sur moi ou sur mon corps n’ont pas d’impact sur la manière dont je me vois moi-même. Je m’en fous si les gens pensent que mes cheveux sont mal coiffés ou que mes seins sont trop petits, ou quoi que ce soit d’autre d’ailleurs. Le travail du sexe est un travail comme les autres, et mon train-train quotidien est bien plus proche de la routine de quelqu’un qui gère un business sur Internet que de quelqu’un qui vend du sexe. Ceci étant dit, j’apprécie mon boulot même si je suis bien consciente que je ne pourrai pas faire ça toute ma vie. Je n’ai pas encore réfléchi à ce que je ferai une fois que j’en aurai terminé avec le travail du sexe, mais pour le moment je gagne assez bien ma vie pour payer mes factures et j’ai une clientèle gentille et respectueuse.

Cependant, l’intimité est importante pour moi et je n’hésite pas à reprendre contact quand je me suis senti à l’aise dans une relation avec quelqu’un. La tendresse désintéressée – comme s’embrasser, se prendre dans les bras, se faire un câlin, se blottir l’un contre l’autre, passer du temps ensemble – est très importante pour moi dans ma conception d’une relation. Je ne suis pas une personne très tactile, donc la tendresse et le toucher sont des choses très intimes pour moi.

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Cela dit, certaines personnes asexuelles choisissent d’avoir des relations sexuelles avec leur partenaire dans le seul et unique but de leur faire plaisir. Tandis que chaque relation est différente, je suis généralement plutôt indulgente à propos des désirs sexuels de mon partenaire. J’adore être capable de satisfaire quelqu’un d’autre et le sexe est juste un autre moyen grâce auquel je peux prouver mon amour et mon affection pour quelqu’un. Donc même si le sexe n’occupe pas une part centrale de mes relations, je suis bien consciente que c’est important pour mes partenaires afin que nous puissions continuer de prendre du bon temps ensemble.

Jusqu’ici, je n’ai jamais travaillé avec d’autres travailleurs du sexe mais j’aimerais beaucoup ça. Et si cela implique un peu plus que simplement se faire plaisir à soi-même, j’y suis prête. Pour l’instant, je fais une pause dans mes diffusions. Mis à part OnlyFans et Reddit, je suis active sur Niteflirt, une ligne de téléphone rose où j’ai principalement des clients plus âgés. Je pense que je préfère les hommes plus âgés car ils ne s’emballent pas en disant « Ewww, tu as des poils sous les bras ! » Ils sont plus enclins à accepter ce genre de chose et, de par mon expérience, ils ne sont pas mal élevés.

Je pense que je préfère les hommes plus âgés car ils ne s’emballent pas en disant « Ewww, tu as des poils sous les bras ! »

Je n’ai pas ouvertement parlé de ma situation à toute ma famille et mes amis, mais je ne vois pas de raison de me cacher non plus. C’est simplement qu’on n’en discute pas nécessairement et je ne suis pas encore tout à fait sereine avec l’idée de faire un coming out et d’avouer que personne ne m’attire. C’est une difficulté que beaucoup d’asexuels ressentent. C’est très intime mais c’est aussi une part de ma personnalité qui n’est pas de la plus haute importance au quotidien. Si j’étais dans une situation où je sentais qu’il convient de partager cette part de moi-même avec quelqu’un, je le ferais sans hésiter. Mais je ne ressens pas le besoin de demander à ceux que j’aime de s’asseoir pour un coming out officiel.

Je perçois mes deux identités – en tant que travailleuse du sexe et en tant qu’asexuelle – comme différentes. L’une est mon job et l’autre est une part de mon être. J’ai choisi d’être une travailleuse du sexe mais je n’ai pas choisi d’être asexuelle. Je ne peux changer le contenu que j'ai déjà publié et donc mon étiquette de travailleuse du sexe. Mais un jour je pourrais aller vivre dans les montagnes et laisser ce monde virtuel derrière moi. Je ne peux pas faire ça avec ma sexualité.

L’asexualité fera toujours partie de moi, même si ce n’est pas ce que j’ai choisi. Je m’aime telle que je suis mais la différence entre une identité choisie et une identité imposée fait que je les ressens comme des parties distinctes de mon être.

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par VICE Staff; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek; propos rapportés par Liza Blackwell

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