Une ode à la Cara Pils

Née il y a une soixantaine d’années chez Colruyt, elle a su pétiller à sa façon, sans faire trop de bruit, ni trop de bulles. 

11 August 2021, 3:10pm

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Certaines traditions sont propres à un territoire, à une époque, à un groupe de personnes. Rares sont celles qui, à travers les années, dépassent ce cloisonnement. Que ce soit pour son prix, par souci d’identification ou pour son goût, la pils produite par Colruyt fait clairement partie de ces exceptions.

Si Wikipédia se permet de la réduire à une bière bon marché « parfait pour les 123 à-fonds garantissant des effets cosmiques pour la fin de soirée », dès la première phrase qui lui est consacrée, la Cara, c’est bien plus que ça. Snobée par les soiffard·es car trop plate, moquée par les bobos car trop cheap, et appréciée par les étudiant·es pour les mêmes raisons, la Carapils est unique et peut se targuer de rendre fier tout un pays.

Swipe à droite.

Née il y a une soixantaine d’années chez Colruyt, elle a su pétiller à sa façon, sans faire trop de bruit, ni trop de bulles. Rares sont les campagnes marketing à son effigie ; pas besoin de faire parler d’elle pour connaître sa vraie valeur. Il ne faut que deux petites semaines à son malt pour la mettre au monde (contre huit à dix semaines pour les autres). Arborant ses fières couleurs rouge, blanc et or, jamais changées, elle sait incarner tout ce qui est de plus essentiel pour ses consommateur·ices : la fidélité de son goût que les expert·es décrivent comme doux et biscuité.

Une Canette de Cara et l'auteur.

Une bière classée

Incarnation de la paradoxalité du goût chez les zythologues, la Cara en a surpris plus d’un·e. On pourrait amèrement regretter sa note de 0/100 sur le site Ratebeer, mais je vois ce beau zéro pointé comme unique, rond et inégalable. Il est parfois plus difficile de faire consensus autour d’une même note que d’obtenir de ses pairs des appréciations différenciées. 

Néanmoins, au sein de la communauté de Ratebeer, on retrouve de nombreuses éloges, comme celui de BarleyTapper58 : « Cara 4 life, la guindaille est meilleure avec une Cara. Facile à vomir mais mousse beaucoup. » Ou encore, celui de PilsnerLove50 : « Seulement pour les meilleur·es. La Cara Pils va changer votre vie. Buvez-la et vous serez couronné·e reine/roi de la Cara. Je voulais appeler ma fille comme cette boisson des dieux mais Karen me l'a enlevée. »

Tatouage d'un jeune garçon se baignant à Blaarmeersen. Photo de l'auteur.

En 2017, le professeur Fabrizio Bucella avait organisé une dégustation à l’aveugle de quatre bières de type pils avec ses 13 étudiant·es en zythologie de l’IFAPME de Charleroi. Chaque juge a travaillé séparément, sans se concerter. Les quatre bières à l’essai étaient la 365 de Delhaize, la Maes sans alcool et la Jupiler Blue (3,3% alcool) et la Cara Pils de Colruyt, qui a remporté le premier prix de cette compète de haut niveau.

Cara vs. Jup’

Les plus belles histoires s’écrivent souvent suite à une adversité : Tupac et B.I.G., Booba et Kaaris, Trump et le reste du monde. L’antagoniste de la Cara, c’est l’éternelle Jup’. Commercialisée en même temps, elle lui a coupé l’herbe sous le pied en s’autoproclamant meilleure pils de Belgique et en devenant l'étendard de tout un pays. « Les hommes savent pourquoi », « Les supporters savent pourquoi », tant de slogans qui n’ont pas porté leurs fruits selon le directeur d’Inter Wine & Dine. « Pour ceux qui veulent juste une pils de base, il n’est pas nécessaire d’acheter des bières qui sponsorisent les championnats de foot ! Avec une simple marque de distributeur, on peut avoir tout autant de plaisir gustatif. », avait-il dit pour justifier la position de la Cara dans un classement qu’il avait organisé en 2019. Le concours portait sur 22 bières pils dégustées à l'aveugle, la Cara est arrivée en cinquième position, loin devant la Jupiler (douzième). Voilà.

L'auteur en pleine expérimentation.

Témoignage de sa popularité, l’évocation d’un changement de nom en 2015 provoque une mobilisation telle qu’elle pousse les producteurs à abandonner l’idée assez vite. Un boycott insurrectionnel justifié tant son nom rappelle aux consommateur·ices les bons moments passés en sa compagnie. Des groupes Facebook se créent : « Boycottons Colruyt, non au changement de nom de la Cara Pils », ou encore « Non ! Contre Everyday, nous voulons le Cara Pils ». 

Elle sème également la panique quand en mai 2017, l'annonce d'un arrêt temporaire de sa production provoque des ruptures de stock partout dans le pays, causant d’importantes tensions dans les supermarchés, dans les night shops et au sein même des journaux satiriques. Nordpresse annonçait même : « Pénurie de Cara Pils : suicide collectif à Liège, Charleroi et Mons: 35.000 morts (photos +18) ». 

Vous me direz que cet éloge n’a pas de valeur, qu’il n’est que belgocentré, mais à en croire son succès à l’international, sa dimension gustative et iconique séduit ici mais surtout ailleurs. Le Bruxellois Nico Mortier lui a permis en 2014 de voyager et de conquérir les cœurs d’autres fervent·es amateur·ices de bière. Officiellement la bière la moins chère de Belgique, la Cara Pils est qualifiée de « Premium Belgian Pils » au Costa Rica en étant vendue l’équivalent de 80 centimes (deux fois plus chère qu’en Belgique mais meilleur marché que ses concurrents costariciens). Son doux goût a également été exporté dans quinze pays en Afrique centrale et de l’ouest (Kenya principalement), aux Antilles néerlandaises, en Arménie et tout récemment en Chine suite à un accord entre Colruyt et Alibaba Group

Aimée, critiquée, adulée, convoitée, exportée, Cara, sois qui tu veux et fais ce qu’il te plaît.

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