72 heures de dépravation pour trouver le bar le plus miteux de Las Vegas

17 bars, six parties de billard et des citernes de bière plus tard, je l’ai trouvé. Mais jamais je n’aurais pu être préparé aux épreuves que j’allais traverser.

Un samedi après-midi en plein cagnard, me voilà planté sur le parking douteux du Double Down Saloon, un bâtiment en briques roses sans fenêtres situé environ 3 kilomètres à l’écart du Strip. Je me prépare mentalement à la tâche ardue qui m’attend. Pendant les 72 prochaines heures, j’irai de rade en rade jusqu’à la cirrhose, crapahutant d’un établissement à l’autre suivant les seules recommandations des barmens et des habitués. À la fin de ce périple, je devrais avoir trouvé le nec plus ultra du bar miteux de Vegas

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J’ai fait pression pour écrire cet article, déjà parce que rien ne me rend plus heureux dans la vie que de m’enfiler des bières bon marché dans un bouge absolument pourri. Mais au-delà de ça, je voulais découvrir un côté de la ville qui est absent des brochures touristiques. 

On nous vend Sin City comme cet archipel hédoniste, où vous pouvez être quelqu’un d’autre. Tous les ans, des millions de touristes (32 pour être exact) débarquent des quatre coins du monde pour se régaler et jouer en compagnie d’autres touristes, chacun cherchant à échapper, l’espace d’un séjour, au train-train quotidien. Mais pour se maintenir, cet écosystème du paraître et du plaisir débridé nécessite le labeur de résidents à plein temps. Et quand ils n'assurent pas le service à table ni ne distribuent les cartes, quand ils n’incarnent pas des célébrités décédées, tenant à bout de bras le pays merveilleux et excessif qu’on imagine être Vegas, ces résidents se retrouvent loin du brouhaha dans les dive bars de la ville. C’est là qu’ils peuvent enfin être eux-mêmes. Et c’est là que je pouvais découvrir la ville dans la ville. Du moins, c’est ce que j'espérais.     

Par un bel après-midi de mai sans nuage à l’horizon, je me retrouve face à la façade défraîchie du Double Down Saloon. Après avoir pris une longue inspiration, je me décide à pousser la porte en acier et à entrer.

L’intérieur du Double Down

L’endroit est plongé dans l’obscurité, on n’y voit rien. Je reste figé une dizaine de secondes, tentant de garder l'équilibre, avant de trouver un tabouret à tâtons et de commander une bière. Sur une pancarte écrite à la main posée au-dessus du comptoir, une concoction baptisée “Jus de Cul” est proposée au prix déconcertant de 4 dollars le verre et 9 dollars les deux. Tous les murs du Double Down sont couverts de graffitis. Deux hommes jouent au billard à côté d’une scène vide. Le Double Down m'angoisse un peu. Je suis pris d’une envie irrépressible de pisser et me dirige donc vers les toilettes. Alors que je descends ma braguette, la porte s’ouvre brusquement. Un homme l’air halluciné vêtu d’un T-shirt noir en lambeaux m’observe en silence. 

« Ce sont les toilettes des femmes ? », je demande.

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« Non », il répond. C’est pour t'emmerder, c’est tout. »

Quand je sors des toilettes, le type se présente. “Mike-Mike”, il indique, en pointant vers son torse. Puis il montre du doigt l’homme tapi dans le coin. “Lolly.”

Les toilettes du Double Down Saloon

J’entame une partie de billard avec Mike-Mike. À intervalles réguliers, il semble s’abandonner à ses pensées et quitte la table, oubliant complètement notre partie et sûrement même où il se trouve. Il me demande s’il joue les pleines ou les rayées à chaque coup. Il n’y a pas de craie au Double Down mais qu’importe, Mke-Mike n’en a pas besoin. Il se contente de retourner sa queue, d’en tremper le bout dans un cendrier plein et de frotter vigoureusement. Et vu la dextérité de ses mouvements, il a dû faire des milliers de fois. 

À la fin de la partie, Mike-Mike me demande : « Tu veux faire le tour des dive bars ? »

« Oui », je lui réponds. Tu en as un en tête ? Il s’appelle comment ? »

« Dive bar », il lance. 

« Quoi ? C’est où ce truc ? », je l’interroge. 

« C’est fermé », me dit-il avant de se diriger vers le comptoir pour commander un autre verre. 

À gauche : Des clients du Double Down | À droite : Tom’O, un habitué du Double Down

Je sors dehors, bientôt rejoint par Lolly, qui, à ce que j’ai compris, est un ancien barman du Double Down. Il a travaillé de minuit à 10 heures ce matin, il est maintenant 14 heures 23 et il tient encore debout.

« Un jour, un de nos barmen a ramassé un œil en fin de service », me confie-t-il.

« C’est dégénéré », je lui réponds. 

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Dix minutes plus tard, Mike-Mike nous rejoint dehors. On grimpe dans la berline quatre portes de Lolly direction le bar suivant. En cherchant sa ceinture derrière lui, Mike-Mike se coince le bras entre son repose-tête et ma fenêtre. « Putain ! », il s’exclame en se marrant. « L’enculé m’a volé mon bras ! Rends-le moi ! »

Un type vivant comme si demain n’existait pas devant le Double Down.

On s’arrête sur le parking d’un centre commercial à côté d’une tripotée de Harley Davidsons. Sur la façade en verre fumé, est inscrit en lettres capitales : “DIVE BAR”.

L’endroit est vaste et désolé. Des breloques kitsch ornent les murs et les étagères. En tout, avec moi, Mike-Mike, Lolly et la barmaid, nous sommes cinq personnes à l’intérieur.  

« Bon anniversaire, enculé ! », crie Lolly en direction d’un type installé dans le fond de la salle. Je prends un tabouret à côté de deux gars assis seuls au comptoir et Mike-Mike se pose à côté de moi. 

« Voilà ce qu’on va faire, me souffle Mike-Mike. On va lancer une émeute. Tout le monde va prendre une chaise. Pas deux. Pas six. Une seule. Et on va les envoyer en l’air. »

J’ignore si Mike-Mike blague. L’envie urgente de pisser me prend de nouveau. Alors que je suis face à l’urinoir, j’entends deux types discuter dans le cabinet à côté. Même si je ne peux pas le dire avec certitude, je pense sincèrement qu’ils sont en train de taper de la coke. À 14h54. 

Quand je suis revenu au comptoir, Mike-Mike avait disparu. Les deux types assis à côté de nous discutent de son cas avec la barmaid. J’apprends que Mike est blacklisté du Dive Bar depuis un bout de temps. Il m’avait donc recommandé un bouge qu'il n’avait pas le droit de pénétrer.

Espérant tirer quelque chose de mon passage ici, je me tourne vers la barmaid, une tatouée d’une bonne trentaine d’années vêtue d’un T-shirt court, si elle a d’autres rades à me recommander. Elle me cite une douzaine de spots, certains avec des noms normaux (“The Mint Tavern”) et d’autres beaucoup plus absurdes (“Moondoggie’s”), que je note frénétiquement. Selon elle, le Rusty Spurs est celui à tester en priorité. Elle ne me le vend pas très bien et se borne à me dire qu’une énorme statue de taureau en argent a été érigée devant. Comme j’ai vu tout ce que j’avais à voir de ce troquet vide, je m’empresse de suivre ses conseils.

Alors que j’allais héler une voiture pour m’amener au Rusty Spur, mon téléphone sonne. C’est Freddy Diamonds, un type qui vit depuis longtemps à Vegas et que j’ai rencontré la veille dans un restaurant. Il semble tout droit sorti d’un film de Scorcese, ne porte que des costumes parfaitement coupés et tend un billet de 5 dollars à chaque serveur qui lui apporte un verre d’eau. Aussi, il parle comme un mafieux du New Jersey des années 50.

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« Écoute : ça te dirait qu’on dîne ensemble ce soir ? Freddy aboie dans le combiné. Rencard à l’Italian American Club, entre 17h30 et 18 heures. Je te présenterai les 25 types qui tiennent cette ville. »

Je dis à Freddy que, malheureusement, je dois travailler sur mon article. Je n’avais pas beaucoup avancé et il était déjà 15h30.

« Pas de souci, me répond-il. On remet ça. »

Posté sur le parking du Dive Bar, je comprends qu’il n’y aura certainement pas de prochaine fois. Et si c’était une erreur. Un type qui s’appelle Freddy Diamonds m’invite à dîner dans un restaurant baptisé “Italian American Club”, et je refuse ? Mais qu’est-ce que j’ai dans le crâne ?

J’ai rappelé Freddy pour lui dire que j’avais changé d’avis, et nous avons fixé le rendez-vous à 18 heures. Ça me laissait juste assez de temps pour visiter un autre bar avant de retourner à mon hôtel, enfiler une veste habillée et prendre la route du restaurant. 

Devant le Rusty Spur, je découvre que la statue dont on m’a parlé ne représente pas un taureau mais une licorne. Je découvre dans le même temps que le bouge est installé sur le parking d’un motel pourri et que sa construction défie les lois de la géométrie. 

The Rusty Spur

Un gentleman âgé est assis sur un tabouret près de l’entrée, un casque de moto posé devant lui sur le comptoir. Il discute avec lui-même de façon incohérente et, de temps à autre, éclate de rire. Un peu plus loin sont installés deux jeunes hommes, l’un d’eux arborant un énorme diamant tatoué sur la joue, et une femme avec des cheveux rouge cerise. Le Rusty Spur est un bar minuscule. Après que je me sois assis, il ne restait que deux tabourets au comptoir. 

Les baffles crachent “Funkytown”. J’ai déjà quelques bières dans le buffet et j’entonne le morceau. “Won’t you take me to…"

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Le type avec le visage tatoué se tourne vers moi et sourit de toutes ses dents. “Funky-toooooooown !”

On poursuit le morceau en duo et on termine par un high-five. « Moi c’est Sparks, me dit le type. Là c’est Edgar, et voilà Rosie. »

Je leur explique que je viens de New York et que je reste quelques jours à Vegas pour écrire un article sur les dive bars.

« Je devais aller à New York la semaine dernière, sort Edgar. Mais je me suis fait coffrer. »

Edgar me demande le genre de boui-boui que je cherche. Comme j’ai dans l’idée de trouver le bar le plus miteux de Vegas, je lui dis que je cherche un endroit pourlingue, passablement effrayant, le genre de coin où on peut se faire poignarder un soir pas fait comme un autre.

« Tu veux te prendre un coup de couteau ? », me demande Edgar, comme s’il pouvait m’aider à mener à bien ce projet. 

« C’est pas ça, non… Je ne veux pas prendre de coup de couteau », je lui réponds.

A dog on the bar of the Rusty Spur

Edgar, Sparks, Rosie et la barmaid, une femme musclée la trentaine tapée, commencent à énumérer les bars que je dois explorer. Ma liste a doublé. Sparks et moi entamons une discussion animée sur la musique des années 80, choisissant tour à tour un morceau sur le jukebox. On s'éclate, on danse, on chante et on fait les cons, mais Rosie en a décidé autrement.

« Nique ces daubes des années 80, lance-t-elle. Mettez du son des années 60. »

Elle me demande “Roadhouse Blues” des Doors, ce qui lui remonte instantanément le moral. Après avoir pris la chaise à côté de moi, elle me livre comment elle et son ex-mari sont passés d’amours de jeunesse à ennemis jurés, avant de devenir meilleurs amis. Pendant ce temps, Sparks et Edgar débattent avec la barmaid des avantages du Keno par comparaison au Joker Poker. L’homme qui se marmonnait à lui-même dans le coin se dandine maintenant sur son tabouret, dansant une sorte de gigue. 

J’aurais adoré enchaîné les verres au Rusty Spur jusqu’à ce que mon corps en décide autrement, mais j'ai rencard avec Freddy Diamonds. J’ai appelé une voiture, embrassé Sparks et marché dans la lumière aveuglante du soleil. 

L’intérieur du Rusty Spurs

Je prévois de manger un bout à l’Italian American Club et de reprendre mon barathon, mais j'y passerai finalement huit heures en compagnie de types qui, à en croire Freddy, appartiennent à la mafia. Il me dit que l’un d’eux a tué 20 personnes, et qu’un autre a inspiré le personnage de Reuben Tishkoff dans Ocean’s Eleven. (Quand je demande au supposé meurtrier ce qu’il fait dans la vie, il me répond qu’il travaille dans le ramassage d’ordures.) Pour des raisons de cohérence et de sécurité personnelle, je ne décrirai pas la soirée dans son intégralité. Tout ce que j’ai à dire, c’est que je me suis réveillé le lendemain avec un texto de Freddy Diamonds qui était rentré plus tôt. 

« Tu es vivant ? »

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« Oui », je lui écris.

« Cool. J’ai eu peur qu’ils t’aient mis six pieds sous terre dans un autre État. »

La licorne à l’extérieur du Rusty Spur.

Le lendemain, je sors péniblement du lit, l’estomac noué. Il ne me reste que deux nuits à Vegas, et je n’ai inspecté que trois dive bars. Il faut que je me mette au boulot. Je jette un coup d’œil à ma liste : en buvant au moins une bière dans chacun des bars cités… non, c’est foncièrement impossible. Il me reste 39 bars disséminés à travers la ville. Comme ça ne vaut pas la peine de classer ces bouges selon un ordre cohérent, je prends un bar au hasard (le Stage Door) avant de héler un taxi.

L’établissement ressemble à une version en dur des camions qui vendent des funnel cakes dans les fêtes foraines. Une marquise longue de dix mètres indiquant “ALCOOL À PRIX CASSÉ”, “SHOTS DE TEQUILA À 5 DOLLARS” et “DAB” s’étend sur toute la longueur du bâtiment. Je présente ma carte d'identité au videur. 

« C’est le seul bar de Vegas où tu peux avoir sept bières et un hot-dog pour 10 balles, me glisse-t-il. Profite ». 

Je commande une Bud à un dollar, j’allume une cigarette et passe la pièce au crible. Presque tous les sièges sont occupés, principalement par des touristes vêtus de maillots de sport ou de T-shirts à messages intrigants (“Je me suis rasé les COUILLES pour ça ?”). Tous les signaux sont rassemblés, je n’ai plus qu’à prendre la tangente. J’avale ma bière et me rend au prochain rade le plus proche : Ellis Island, un bar niché dans un hôtel-casino bas de gamme à l’écart de la Strip. 

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On m’a dit que c’était l’endroit où aller pour participer à un “kara-K.O.”. Un peu déconcerté au début, je comprends très vite de quoi il s’agit. 

Un homme aux cheveux gris en pagaille qui lui tombent à la taille grimpe sur la scène (une estrade de 30 centimètres sur 30 centimètres) et entonne  “Bed of Roses” de Bon Jovi. Il chante juste, et quand il atteint les notes les plus aiguës, je crains que ma pinte n’explose. Les personnes au bar en sont dingues, mais pas autant que ce type âgé posté devant la scène qui enchaîne les solos de Bon Jovi en air guitar, les yeux clos en état de concentration intense. Le chanteur clôt sa prestation par un saut depuis la scène. 

« Wow !, s’exclame le MC. C’était une performance comme on en voit rarement. Seulement un homme peut prendre la relève. Ramenez-moi TJ, le Cowboy Crooner. À toi de jouer, TJ. »

TJ porte une boucle de ceinture très imposante et un chapeau de cowboy. Sa voix n'a rien à envier à celle du candidat précédent. Sur l’heure qui suit, tous les participants qui montent sur scène cassent la baraque. Un mec qui se fait appeler “Bob le Roi du Falsetto” nous livre une reprise de “Light Switch” de Charlie Puth version aria. Un homme avec une moustache en guidon rappe chaque barre de “The Message” de Grandmaster Flash sans regarder une fois les paroles, et durant l’interlude musicale, il gratifie le public d’une routine breakdance de haut vol. Chaque concurrent est plus talentueux que le précédent. 

Ça me siphonne mais Jeremy Fields, un habitué assis à côté de moi au bar, reste de marbre. Je lui raconte mon histoire et il me demande où j’en suis pour l’instant. Je lui sors ma liste. 

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« Bon sang, il souffle. Tu as noté le Rusty Spur… Le Moondoggie’s, bien vu… Front Row… Putain ! Je traîne dans tous ces coins ! » 

Je demande à Jeremy s’il a d’autres noms en tête. Il réfléchit pendant quelques minutes. 

« Je ne parle jamais de ce rade, mais j’aime sincèrement Island Bar. Il y a aussi le Play It Again Sam’s. »

« Le Play It Again Sam’s ?, je demande. Qu’est-ce que c’est ? »

« Techniquement, c’est un strip club, il affirme. Si tu survis là-bas, tu peux survivre à tout. Je déteste y aller. »

« Pourquoi ? », je l’interroge.

« Parce que… putain de bordel de merde. C’est tout ce que j’ai à en dire. »

Je remercie Jeremy pour ses précieux conseils, je termine ma bière et me pointe dans un bar à proximité baptisé le Champagne’s. J’arrive devant le bouge, un bâtiment condamné pris en sandwich entre deux centres commerciaux, vers 12 heures 15. Je lâche un soupir en lisant le mot “KARAOKE” écrit en énorme sur une banne à l’entrée. Je me promets de ne boire qu’une bière, de chanter une chanson et de me tirer. 

Je finirai par en chanter sept, dont le duo “Picture” de Sheryl Crow et Kid Rock avec une certaine Bridgit qui m’avoue ne traîner au Champagne’s que parce qu’elle vient de Champaign dans l’Illinois. Je serai bien resté avec elle, Lonny, B-Side, Raymond et un type aux dents en or dont le nom m’échappe, jusqu’à plus soif mais j’ai à faire. Il est presque 2 heures du matin et je dois me rendre au rade favori de Jeremy : Island Bar.

À gauche : un client chante au karaoké du Champagne's. | À droite : un client achète ses cigarettes au Champagne's.

Pour la millième fois depuis que j’ai mis les pieds à Vegas, je me retrouve sur le parking d’un centre commercial. Je m’approche de l’entrée du Island Bar, une porte recouverte d’un grillage en acier fermée à clef. Un panneau m’indique de sonner pour entrer. Je m’exécute. La porte s’ouvre avec un “BZZZZZZZ” mécanique. 

L’endroit est gigantesque : un comptoir monstrueux long de 20 mètres sillonne la pièce. Des ventilateurs de plafond dont l’éclairage donnent une couleur sépia à la pièce s’agitent mollement au-dessus de ma tête. Les seuls clients sur place sont une femme qui joue aux machines à sous dans un coin et un couple qui boit en silence à l’extrémité du zinc.  

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« Tu as de la chance, m’apostrophe Jennifer, la barmaid aux cheveux frisés auburn. Je ne laisse pas rentrer les gens que je ne connais pas normalement. Qu’est-ce que tu fais là ? »

L’intérieur du Island Bar

Je lui parle de mon article et je mentionne Jeremy. « Mon Dieu…, souffle-t-elle. Je vais te faire visiter ». Elle me montre des sculptures curieuses encastrées dans les murs. L’une d’elle représente un kebab haut de deux mètres en ciment, dont elle est incapable de me retracer l’origine. (“Nous ne servons pas de kebabs. Nous ne faisons même pas à manger.”) Dans le coin, 30 boules de billards impaires ont été collées au mur sans cohérence, une installation que Jennifer a baptisée “le mur d’escalade aux boules de billard”. Partout dans le bar, des totems tiki nous suivent de leur regard menaçant. 

Jennifer prépare un gin and tonic à Southern, un homme avec le crâne rasé et une très longue barbe grise, vidant une bouteille de gin au cours de l’opération. Elle tourne la bouteille vers sa bouche, avalant les dernières gouttes restées au fond. Puis, elle presse un citron au-dessus de sa langue, avant de le balancer dans la poubelle derrière elle. Il rebondit sur le bord puis s’écrase au sol, où il passera le reste de la soirée. 

« J’ai trouvé ça », me dit Jennifer, en enfilant une paire de lunettes ovales oversize. Elle ressemble à un insecte : « Southern ? ». « En personne », lui répond-il, en mettant à son tour les lunettes sur son nez et en levant les bras, victorieux. On reste ensemble près d’une heure, à se raconter des anecdotes et des blagues, portant tour à tour les lunettes mouche. Il est temps pour toi de découvrir un nouveau boui-boui inscrit sur ma liste.   

L’extérieur de Island Bar

Je franchis la porte de Dino’s, un taudis en bordure de Fremont Street, sur les coups de 3 heures 30 du matin. L’endroit est tristement commun : enseignes néon, tabourets en cuir noir, un jukebox. Je vide la bière que je venais de commander dans un gobelet en plastique et me dirige vers le Hard Hat Lounge, situé à un kilomètre de là. 

Comme pour Island Bar, il faut sonner pour entrer au Hard Hat, ce que j’associe à une mesure de sécurité. Le barman m’ouvre enfin, laissant apparaître derrière lui un bar pas plus grand qu’une boîte à chaussures. Il n’y a qu’un autre type à l’intérieur. Il joue au billard contre le barman, qui se présente comme « Xavier, fort comme un ours ». Comme mon estomac menace d’imploser si je lui impose une énième bière, j'opte pour un Fernet et je glisse quelques pièces pour une partie de billard. 

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À la fin de notre deuxième partie de billard avec Xavier, j’ai déjà descendu trois Fernets et gagné par je ne sais quel miracle l’accès au iPad en charge de la musique. La disco résonne dans les enceintes et je danse autour de la table comme Tom Cruise dans La Couleur de l’argent. Alors que je me penche pour lancer notre troisième partie, j’aperçois en me relevant une femme avec un sac McDonald’s dans la main. 

« Egg McMuffin ? », elle propose.

Ça ira pour moi mais merci beaucoup », je lui réponds.

« Hash brown ? », poursuit-elle. Je sais que tu en meurs d’envie.

J’avale le hash brown qu’elle me tend et remporte la dernière partie contre Xavier (c’était la manche décisive et la plus serrée), ce qui me fait passer de l’ivresse à l’extase. Et ça me donne une bonne excuse pour quitter le Hard Hat, direction la prochaine escale. Quand j’annonce ma destination à mes nouveaux amis, ils éclatent de rire. 

« Mon Dieu…, rigole Xavier. Le Play It Again Sam’s ? Maintenant ? »

« Je dois y aller, je réponds. Beaux matchs. »

Sortie des poubelles au Hard Hat.

Je pénètre dans un Play It Again Sam’s presque vide à 5 heures 52 du matin. Deux danseuses, l’une portant un double-masque, sont assises au bar. Un type qui a tout l’air du manager compte les billets dans un coin. Je m’assois et commande un Fernet.

J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour ces femmes qui travaillent à ces heures particulièrement pénibles, où le temps passe lentement. Je repense soudainement à la générosité dont faisait preuve Freddy Diamonds envers toutes les personnes qu’il croisait sur son chemin. J’ai senti son esprit m’habiter. « J’y crois pas que vous soyez ici à une heure pareille », j'apostrophe la barmaid, en lui tendant un billet de 5 dollars. Je me dirige ensuite vers les deux danseuses assises au bar : « Je ne vous demande rien, même pas de me parler, mais voilà pour vous qui veillez si tard ». Je leur donne à chacune 5 dollars. « C’est pour vous. »

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Elles m’invitent à m’asseoir avec elles et sont curieuses de savoir ce qui m’amène au Play It Again Sam’s un lundi à 6 heures du matin. Je leur narre mon aventure. La femme au double-masque, l’un serti de strass, me file quelques suggestions. 

« On m’y a volé mon portefeuille à Mardi Gras, me raconte-t-elle. Ça peut te brancher. Et chez Dotty’s. Quelqu’un s’est fait buter là-bas. Enfin, je crois qu’il s’est fait rouler dessus. J’en sais rien. Mais sois prudent si tu vas chez Dotty’s. »

Alors que j’arrive au bout de mon Fernet, mes paupières sont lourdes et mon estomac semble rempli d’une substance toxique (ce qui est le cas). Je remercie à nouveau chaque personne du Play It Again Sam’s d’exister avant de prendre la fuite, me retrouvant face au soleil déjà éblouissant de Vegas. Il est 6 heures 24 du matin, l’heure d’aller au lit.  

À gauche : Une femme avec au loin Las Vegas | À droite : The Strat Hotel

Au réveil, ma tête bourdonne furieusement mais le moral est au beau fixe. Les gens dont j'ai fait la connaissance ces dernières 48 heures étaient exactement le type de personnes que je voulais rencontrer. Sparks est électricien : c’est grâce à lui que fonctionnent les hotêl-casinos gargantuesques qui bordent la Strip. Jeremy est technicien dans l'audiovisuel, il travaille dans la régie des spectacles pour lesquels les touristes dépensent des fortunes. (Je ne sais toujours pas ce que fait Mike-Mike dans la vie.) Ce sont eux qui gardent à flot la grande machine de Las Vegas. Ils étaient adorables, tout comme le monde qu’ils retrouvent après la journée de travail. 

Mais je n’ai toujours pas mis la main sur le bar le plus miteux de Vegas. À en croire ma liste, 32 concurrents sont encore en lice pour ce titre. Même si l’idée de remettre le couvert me donne envie de disparaître dans un trou et de ne plus en sortir, je dois me faire violence. Je dois reprendre une cuite. 

J’ai retenu de la nuit précédente que je n’avais pas de temps à perdre à boire des coups dans des établissements qui n’étaient pas des rades pur jus. Ce soir, pas de place pour les Stage Doors et les Dino’s de ce monde. Je passe au crible les bars restants de ma liste, rayant les endroits qui me semblaient répondre à des standards élevés et retenant ceux où je pouvais m’imaginer me faire fracasser une bouteille sur la tête. Quelques heures et neuf cigarettes plus tard, j’ai échafaudé un itinéraire prometteur pour la nuit qui m’attend. 

S’en est suivi un véritable fiasco.  

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Dans le premier bar sur ma route, Atomic Liquors, les clients (qui portent des chemises bien boutonnées et des pantalons kakis) sirotent des pintes dans des verres estampillés et une carte liste pas moins de 20 bières pression différentes. Ma deuxième escale, Huntridge Tavern, coche toutes les cases du dive bar : bière pas chère, popcorn gratuit, bon vieux jeu de fléchettes, mais il y manque ce supplément d’âme crasseux et légèrement inquiétant qui fait du boui-boui une pâle copie des bars fréquentés la veille. Arrivé à ma troisième destination, le Silver Stamp, je demande au barman un cendrier : il me répond qu’on ne peut pas fumer à l’intérieur. Je me lève d’un bond et file sans même commander. C’est sans appel, un débit à Vegas dans lequel on ne peut pas fumer n’est pas un rade digne de ce nom.

Il est presque minuit et je n’ai toujours pas avancé dans ma quête. Je commence à paniquer. L’effort d’organisation que j’avais mis dans cette soirée n’avait servi à rien. Les heures passées à manger des crevettes hors de prix avec Freddy Diamonds n’avaient été que du temps perdu. J’allais rentrer à New York sans avoir fait preuve de l’endurance et de la niaque nécessaires pour trouver le pire trou à rats d’une ville censée en abriter des centaines. 

Même si ma liste revue et corrigée m’avait causé une immense déception, je décide que la seule chose à faire à ce stade est de la suivre au pied de la lettre. Je traîne les pieds vers le prochain bouge : The Aztec Inn.

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The Aztec tient moins du rade que du micro-casino. Environ 30 machines à sous sont plantées sur un sol recouvert de moquette. À 12 heures 15, ce jeudi, elles sont presque toutes occupées. Sur le côté de cette pièce à la lumière aveuglante sont installés un tas de câbles électriques et deux énormes enceintes. Il n’y a pas de musique, seulement les clics des boutons en plastique enfoncés frénétiquement par des centaines de doigts différents et le bip incessant des machines en ligne. Un comptoir rectangulaire massif, incrusté de petits écrans pour jouer au poker, prend près d’un quart de la pièce. Étalé sur un coin, le “$5 Cafe” a tout d’un restaurant de centre commercial. Les photos au-dessus du stand affichent une combinaison déroutante de nourriture chinoise, petit-déjeuner et cheesesteaks de Philadelphie.

The Aztec Inn vu de l’entrée

Je prends place au bar. À ma gauche, une femme timide affublée de lunettes rondes oversize marmonne convulsivement. À ma droite, un homme agite ses mains au-dessus de d’une machine à sous comme pour lui jeter un sort. Face à moi, une femme enchaîne les cigarettes et tape frénétiquement sur un bouton de la machine à un rythme soutenu de 6 fois/seconde. Sans crier gare, un homme arrivé par la porte de derrière se précipite vers l’entrée après avoir hurlé un truc incompréhensible, traversant la pièce comme une balle. Cinq minutes plus tard, il répète l’opération, débarquant de l’entrée pour se jeter vers la porte de derrière. Où que je regarde, quelqu’un agit bizarrement. J’ai l’impression de me retrouver dans un épisode de It’s Always Sunny in Philadelphia et d’avoir gobé un taz. 

Le barman, un type musclé qui doit avoir la quarantaine, vient prendre ma commande. Je l’inonde de questions. Ça fait à peine cinq minutes que je suis assis, et j’ai déjà des millions de choses à lui demander. 

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« Il se passe quoi sur cette scène ? », je lui demande.

« Rien, mec, me répondit-il. Parfois, un type grimpe et commence à faire le mariole. Et il se fait virer. »

« Pourquoi la table de billard est recouverte ? »

« Pour qu’on nous lâche la grappe, il me répond. Quand on pouvait l’utiliser, les types pariaient et se mettaient sur la gueule. On ne veut pas donner de raisons aux gens pour se battre. L’autre jour, deux types se sont battus parce que leur poignée de mains n’était pas réglementaire. »

« Pourquoi il n'y a pas de musique ? », j’ai poursuivi.

« Quelqu’un a débranché les enceintes pour charger son téléphone. Attends une seconde. »

Une femme s’approche de lui, un gobelet en plastique à la main, baignant dans un liquide jaune saumâtre. « File-moi cinq olives », elle lance. Il s’exécute et la voilà repartie sans un mot.

« C’est quoi ce restaurant ? », j’’enchaîne.

« Le $5 Cafe ? C’est bon. Ils font de la bouffe thaï et des petits-déjeuners. »

« Tout coûte 5 dollars ?” », je le questionne.

« Non. Seulement les œufs avec un toast et du bacon. »

J’enchaîne mes questions au barman, et ses réponses sont plus dégénérées les unes que les autres. Il y a quelques semaines, une femme simplement vêtue d’une couverture a balancé un énorme rocher par la fenêtre. Il m’explique que l’Aztec dépend d’un motel abandonné qui vaut, combiné au bar, 66 millions de dollars. Les propriétaires refusent de vendre. Plus il parle, moins je comprends.

Le motel vide à côté de l’Aztec Inn

Durant notre conversation, un homme assis à deux sièges de moi se met à beugler sur une femme en débardeur rose assise de l’autre côté du bar. Elle a le visage couvert de tatouages. « Vegas !, hurle le type. Vegas ! »

« C’est Venus, lui répond-elle sur le même ton. Je resterai neutre, toujours. Je suis la Suisse. N’essaye pas de me changer.” 

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« Tu t’es jamais fait appeler Vegas ? » interroge le type. 

« Quand j’étais une pute. Je vais à la fac maintenant », elle lui sort. 

Venus se lève et fait le tour du bar. Je me dis qu’elle va rejoindre l’homme qui lui gueulait dessus. Mais elle vient s’asseoir à côté de moi.

« Salut chéri », me lance-t-elle. 

« Salut. Tu passes une bonne soirée ? »

« C’est de mieux en mieux, elle me répond, avant de baisser la voix. Tu as de la weed ? »

« Hélas non, j’ai que du tabac. »

Elle s'éloigne du bar, la tête haute. Avant de s’éclipser, elle met ses mains en porte-voix et crie à la cantonade : « Je resterai dehors jusqu’à ce qu’on m’apporte un joint ». 

Une femme en fauteuil roulant chemine jusqu’au bar et s’assied à côté de moi. Elle insère 10 dollars dans la machine face à elle. Quelques secondes plus tard, les insultes fusent et la voilà qui frappe l’automate de ses paumes. Elle prend le ticket indiquant la somme perdue et me demande si on peut échanger de siège, ce à quoi je ne vois aucun inconvénient. Elle insère un billet dans la nouvelle machine, l’insulte copieusement d’enculé et sort à nouveau des espèces. Régulièrement, elle me tapote le bras et fait de grands gestes vers l’écran, pour que je la félicite de son succès. Mais je ne comprends rien au jeu auquel elle joue. Ni un mot de ce qu’elle dit. Les seules bribes que je capte sont “Jacks”, “enculé” et "double la mise”.

Retour de mon côté à la case toilettes. Comme la porte est fermée, je retourne au bar pour demander la clé.

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« Tes papiers », demande le barman.

« Pourquoi ? », je rétorque.

« Pour ne pas que tu voles la clé. »

« Des gens ont déjà volé la clé des toilettes ? »

« Ça arrive tout le temps, il m’explique. Une clé comme ça coûte 1 500 dollars. »

« Quoi ? », je réponds, interloqué. 

« Quand tu rentres, ne laisse personne se faufiler derrière toi, et personne doit entrer quand tu sors, il ordonne. Si on te demande d’emprunter la clé, tu refuses. Va pisser et reviens. »

Il me tend un gros écumoir. La clé des toilettes y est attachée avec un cadenas de compétition. Je saisis la cuillère, lui tends ma carte d’identité et trace vers les toilettes. 

Alors que je me lave les mains, la porte s’ouvre brusquement. Deux types entrent, l’un danse au son d’une enceinte Bluetooth. Il sort une feuille de papier alu et l'aplani sur le comptoir à côté du lavabo. L’autre type sort un petit sachet de sa poche, l’ouvre et libère des petits cailloux blancs sur le papier alu. Puis il sort son briquet.  

J’attrape l’écumoir et cours vers le barman. 

« Je sais ce qui s’est passé, je lui dis, “mais deux types sont en train de fumer du crack dans les toilettes. »

« OK, il répond. Merci. »

Je n’avais plus à chercher plus loin : l’Aztec Inn était sans conteste le bar le plus miteux de Las Vegas. En réalité, c’était même l’endroit le plus miteux où j’ai mis les pieds de toute ma vie.

L’extérieur de l’Aztec Inn

The Aztec dénote de tous les bars que j'ai fréquentés au cours des trois derniers jours. Au-delà du crack consommé aux toilettes, de l’étrange café niché dans un coin ou du chaos qui règne tout autour. Une certaine pureté règne dans cette pagaille sans nom. Tous les gens présents semblent se connaître depuis des années. Ils se serrent dans les bras pour se dire bonjour. Ils demandent des nouvelles des familles. Ils se taquinent comme le font les vieux amis. 

Plus l’endroit tombe en ruine, plus c’est plaisant de voir que sous les couches de parquet dégommé et les papiers peints jaunis se dégage quelque chose de foncièrement bon et de presque sacré. Un vrai bon bar est un repaire de dépravation. Mais pour les habitués, c’est aussi un sanctuaire. Qu’ils pleurent leurs défaites ou célèbrent leurs victoires, ils sont adorés pour leurs particularités et pardonnés de leurs indiscrétions. C’est là qu’ils peuvent être eux-mêmes sur toute la ligne.  

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J’avais pu percevoir cette dynamique lors de ma rencontre avec Mike-Mike et Lolly au Double Down ; avec Sparks et Rosie au Rusty Spur ; en compagnie de Jennifer et Southern, accoudé au Island Bar. Mais je la découvre dans toute sa splendeur à l’Aztec Inn.

Vers 1 heure 30 du matin, une femme assise à côté de moi, une trace de rouge à lèvre sur la joue, sort une pile de cartes cadeau et les agite en direction du vigile posté derrière le bar. 

« Hendrick ! », elle l’appelle. « J’ai besoin de ton aide, s’il te plaît. »

Le vigile s’avance vers elle, surpris. 

« Elles valent 500 dollars chacune, explique-t-elle. Allez Hendrick, viens faire du shopping. »

Il rit et retourne à son poste. 

« Attends ! Sers-moi une bière », lui demande-t-elle.

« D’accord, Tina, lui répond Hendrick. La dernière fois que je t’ai servi, tu m’as payé en espèces. »

Il décapsule une Budweiser et la fait glisser devant elle, qui lui tend un billet de un dollar. Il se penche sur le bar et entame une conversation avec elle, pendant qu’elle avale sa Bud et tire sur sa cigarette, une main délicatement posée sur son bras. De temps à autre, elle rejette la tête en arrière et rit. 

À 1 heure 45 du matin, la femme en chaise roulante se pointe au comptoir et tend au barman un coupon de 100 dollars gagné au video poker. Elle essaye de lui dire quelque chose mais lui ne comprend pas. Une autre femme s’avance pour jouer les interprètes.  

« Elle te demande de lui garder 50 dollars et de lui en tirer 40 en cash, traduit l’interprète. Et tu gardes les 10 dollars restants pour toi. »

« Elle veut que je garde 10 dollars ? », demande le barman. Il regarde vers la femme dans le fauteuil roulant qui acquiesce. « Ça marche, il répond. Merci ». Elle lui dit au revoir de la main et roule vers une machine au centre de la pièce.  

J’implore le barman de m’expliquer ce qui vient de se passer. Il me répond que la cliente lui a demandé de lui mettre 50 dollars de côté pour qu’elle ne les joue pas. Qu’importe ce que lui réservera la prochaine machine, sa nuit se terminera ici. 

« Elle m’a donné 10 dollars, c’est énorme. Ça n’arrive jamais. »

Je passe ma dernière demi-heure à l’Aztec en silence, à me faire témoin de la beauté et de la décadence, du vice et de la vertue, admirant toute la contradiction de ce monde et son habileté infinie à nous surprendre et à nous enchanter. À 2 heures 26, il n’y a plus une place de libre dans le casino. Je descends le fond de ma bière et me dirige vers la sortie. Il est temps de laisser ma place au bar.

Drew Schwartz est journaliste chez VICE. Vous pouvez le suivre sur Twitter.

Cet article fait partie du VICE Guide to Las Vegas, un voyage au cœur de cet oasis de vice où tous les coups sont permis. 

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