Avec ceux qui ont la phobie de vos pieds

« Mon ex voulait absolument que je fasse une exception pour ses pieds, comme si ça changeait quelque chose. Ses pieds me foutaient autant les jetons que ceux de quelqu’un d’autre ».

Les pieds font tourner la tête. Si certains sont prêts à payer des centaines d’euros pour des photos de panards manucurés, d’autres tentent autant que possible d’échapper à la vision d’orteils étriqués dans des lanières de sandales birkenstock. Ces derniers temps, il n’est pas rare de croiser des personnes qui crient leur aversion pour cette partie de notre corps. Pour certains, il s’agit carrément d’une phobie. Cette maladie porte même un nom : la podophobie.

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Alicia, parisienne de 32 ans, déteste les pieds. Leurs odeurs et leurs aspects la dégoûtent au plus profond de son être. Depuis son plus jeune âge, elle évite d’entrer en contact visuel avec, ou pire encore d’en toucher. « Je n’arrive pas à me souvenir de quand ça date mais j’ai toujours eu peur des pieds. Mes parents n’arrivent pas à l’expliquer non plus. Je n’ai pas peur des miens mais je refuse de regarder ceux des autres. » 

Comme pour les phobies peu communes, il est difficile pour Alicia d’être prise au sérieux lorsqu’elle se confie sur sa peur. « Les gens rigolent au départ et quand ils voient que moi non, ils me répondent que j’exagère, que je n’ai pas à avoir peur de ça. Mais c’est comme dire aux arachnophobes que la petite bête ne mangera pas la grosse », raconte-t-elle, un brin en colère. Si la claustrophobie et l’agoraphobie sont des maladies souvent représentées au cinéma et les romans, ce n’est pas le cas des plus petites phobies.

L’été est une grande source de stress pour les podophobes, les pieds y sont découverts et Alice n’a pas d’autre choix que de garder la tête froide et surtout haute pour éviter de croiser un orteil sur son chemin. Elle est agacée par ces personnes qui se baladent toujours pieds nus : « On a inventé les chaussures, ce n’est pas pour se balader avec vos gros orteils à l’air tout le temps comme ça ». Et la jeune femme ne fait pas dans la demi-mesure puisqu’elle ne porte jamais des chaussures ouvertes et a toujours des chaussettes. Alice s’échauffe rapidement sur le sujet, cette dernière est consciente de sa maladie et de son manque d’indulgence. Ses parents souhaitent lui offrir une thérapie pour se détacher de ses pensées.

Pour Rodolphe Oppenheimer, psychotérapeute et psychanalyste à Clichy, les origines de la podophobie peuvent remonter à très loin : « Depuis l'enfance, il y a régulièrement des blagues sur les pieds ou un certain dégoût qui circulent sur le sujet. Il faut toujours faire attention entre quelque chose de désagréable et une phobie, n’oublions pas que la phobie est une peur irraisonnée. » Il n’existe aujourd’hui aucun chiffre sur cette phobie si particulière.

Chacun possède son degré d’acceptation de panard dans sa vie. Romain, Niçois de 27 ans et aussi podophobe depuis son enfance. Il peut ressentir une véritable nausée à la simple vision de pieds. « Mon grand frère s’amusait plus petit à me mettre ses pieds sur mon visage, je pense que c’est forcément lié ». Une simple chamaillerie qui s’est transformé en dégoût puis en peur incontrôlable.

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« Chaque personne qui en souffre a son histoire personnelle. Enfant, le ou les pieds ont-ils symbolisé la marche du temps qui passe ? Une anxiété de vie a-t-elle trouvé refuge sur les pieds ? À chaque patient a son histoire, il est impossible de créer des généralités sur ce sujet. C’est une phobie comme les autres dans la mesure ou celui qui la vit en souffre », affirme psychothérapeute Rodolphe Oppenheimer. Dans ses formes les plus graves, une phobie provoque des palpitations, des tremblements des attaques de panique une peur de mort imminente.

« Ma phobie me pourrit parfois la vie dans le sens où je choisis un peu mes vacances en fonction de ça »

Et cette phobie empiète parfois sur les relations amoureuses puisque les pieds sont également une grande source de fantasme. Les pieds font l’objet de beaucoup d'attractions et de répulsions et parfois les opposés s’attirent. « Il y a aussi des personnes pour qui les pieds sont un objet de sublimation, d’érotisme et de fantasme » précise le psychothérapeute. Il est vrai qu’entre les photos de pieds envoyés à des fétichistes et la podophobie, il ne peut y avoir qu’un pas. 

Romain a plus d’une fois eu affaire à des partenaires presque charmé par sa phobie et prêtes à tout pour le faire changer d’avis. « J’ai une ex qui voulait absolument que je fasse une exception pour ses pieds, comme si ça changeait quelque chose que ce soit, ses pieds me foutaient autant les jetons que ceux de quelqu’un d’autre ». Une histoire qui, on s’en doute, n’a pas duré.

Romain adopte une stratégie d’évitement très travaillée. Il se refuse à aller à la piscine ou dans d’autres lieux où les pieds sont trop visibles. Pour ses vacances, il privilégie les destinations peu prisées : « Ma phobie me pourrit parfois la vie dans le sens où je choisis un peu mes vacances en fonction de ça mais j’aime bien les petits bleds paumés où il n’y a personne. » Lorsqu’il veut nager, Romain se rend soit à la plage hors-saison soit dans des lacs où les nageurs ne s’attardent pas.

Un comportement qui peut s’aggraver avec le temps et amène les phobiques à se renfermer et ne plus sortir de chez eux pour éviter de croiser la source de leur stress. « Comme indiqué dans les TCC (Thérapie Comportementale et Cognitive), il est important de s’exposer doucement, à son rythme, de le faire dans les meilleures conditions face à l’objet phobogène. Cela peut être de regarder des photos de pieds, regarder des pieds à la télévision ou travailler cette phobie en TERV (Thérapie par Exposition à la Réalité Virtuelle). »

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Phobie, ongle, podophobie, pied, orteil

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