72h à Marseille : soirée à l'Ibis, Soso Maness et bain de minuit

Invité à Marsatac, on a chillé sur la Canebière et bien profité de l'édition capsule du festival - notamment la perf du collectif Maraboutage.

02 septembre 2021, 11:34am

Comme 98% des Franciliens qui ont eu la chance de partir en vacances cet été, j’ai passé quelques jours à Marseille. Contrairement à eux, globalement descendus pour bouffer les kefteji de Chez Yassine, se baigner aux Goudes et faire grimper le prix de l’immobilier, j’avais une bonne raison qui s’appelle le taf et qui consistait à couvrir avec deux collègues la 23e édition de Marsatac. 

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Le festival qui, depuis sa création, mélange électro et musique urbaine (mot utilisé par les spectateurs de Ruquier pour désigner le rap) est un des rares à avoir tenu à exister en 2021 malgré les contraintes drastiques énoncées par le gouvernement ;  pass sanitaire exigé à l’entrée, jauge de 5 000 spectateurs maximum et obligation d’écouter les artistes issus du tremplin Crédit Mutuel.

Dans les faits, ça donne une édition qui n’avait de « capsule » que le nom. Deux scènes – une pour accueillir les têtes d’affiche, une autre pour ceux qui voulaient se purger de la frustration emmagasinée pendant les mois de confinements – et trois jours de bringue savamment organisés (oui ma gâtée). Voilà à quoi tout ça ressemblait.

VENDREDI 20 AOÛT

Après avoir été brinquebalé un peu partout dans la cité phocéenne – mes interlocuteurs locaux évoquant successivement des souvenirs de concerts à la Friche, à Chanot ou sur la plage du petit Roucas – et une année de césure imposée par le Covid, Marsatac a fait son nid dans le parc Borély. Un coin que je décrirais plutôt comme « bon chic bon genre » avec son château, son jardin à la française et son bassin à chérubins. Le cadre est idyllique pour une partie de chasse à courre ou une écoute distraite du post-punk de Moïse Turizer qui permet d’échauffer les muscles.

Dans une soirée qui s’annonce entièrement dédiée aux synthés, L’Impératrice balance ensuite son nu-disco (source Wikipédia). Pas trop ma came mais je capte le délire et les darons à côté de moi aussi. La sono de la scène « du château » n’a pas encore fini de grésiller qu’une légère bouffée d’angoisse – une de celles qui polluent l’esprit type penser à la mort ou remplir un constat de dégâts des eaux – saisit l’auteur. Comment prendre son pied alors qu’on ne les a justement pas foutus en festival depuis un MIDI à Hyères il y a plus d’une décennie ? Est-ce qu’on ne serait pas un peu trop vieux pour ces conneries ? Conseil reçu de proches qui ont bien profité du Visions au début du mois : « se la coller ». Une feuille de route suivie perinde ac cadaver.

Pour compenser ce petit coup de moins bien, j’alterne avec la scène « de la prairie » où Louise Chen et Betty Bensimon enchaînent les tubes devant une foule de plus en plus compacte. « Le set est sharp », assure un voisin à la mâchoire serrée et je ne sais pas trop quoi lui répondre à part un sourire niais. On continue de martyriser le gazon tous les deux jusqu’à ce que le soleil ait fini de plonger son disque rouge dans la Méditerranée. Sébastien Tellier, en bon based god du rosé piscine, décide qu’il est temps de lancer son orgie de claviers et de nappes mélancoliques. C’est la première fois que j’écoute sa musique dans ce que j’imagine être les conditions météorologiques et géographiques de sa conception (le Sud). Ça ajoute clairement un truc mais je ne saurais pas dire quoi. Il aurait fallu se mouiller la nuque avant que Louisahhh vienne clore cette première journée avec un live band carré et une ambiance sous-sol berlinois. C’est froid et c’est mieux comme ça.

Sébastien Tellier

Louisaaah

Quand on accompagne des gens plus jeunes en soirée, vient toujours le moment fatidique où l’on craint de ne pas tenir le rythme, où l’on s’affole et, convaincu de passer pour un énorme pipe, on cale un : « désolé les gars, je suis crevé, je vais rentrer à l’Ibis ». Immense coup de bol, mes collègues choisissent d’aller ranger le matos à l’hôtel et de comater devant des vieux FELA avant même que je leur fasse la suggestion.

SAMEDI 21 AOÛT

Après avoir bouffé un déj’ équilibré au Cours Julien comme des touristes en claquettes, on commence à capter ce je-ne-sais-quoi qui fait de Marseille une ville où il fait bon vivre. On traverse le Vieux-Port en navette pour se rafraîchir, on va mater l’expo Dessins d’enfants et violences de masse au Mucem qui fout le cafard et on commence à appeler les gabians par leur prénom. Le retour au parc se fait très naturellement et, en attendant que la famille Maraboutage installe son sound system, on écoute Cookie dans les conditions voulues par l’artiste : allongés sur des nattes en plastoc.   

N’en déplaise aux pages Campus du Monde, je ne croise aucun festivalier venu de la capitale portant des survêtements vintage et les cheveux teints en bleus devant Princess Nokia. Juste des kids du cru en crop top ou en maillot du Milan AC qui ont envie de rattraper le temps perdu. C’est chose faite avec le plat de résistance de la soirée : quatre heures de trap, house, minimal, gqom, house et baile funk curatées par le collectif qui, de la Canebière aux plages du Prado, sait le mieux ambiancer la région. Les « grands professeurs de déhanchés » se succèdent sur scène, infatigables gardiens du temple Maraboutage dédié à la nuit parfaite, celle où l’on danse jusqu’à saigner des genoux.

Pendant ce temps sur la grande scène, Fianso fait du classique mais descend de quelques décibels niveau sono avant de céder sa place à Alonzo. L’ancien Psy 4 de la rime, dans son élément, balance tous ses tubes au milieu du mosh pit et invite le public à y chasser définitivement les sheitans de l’ennui. Naps le rejoint un peu à la bourre pour entonner Bande organisée, tube qui, privé d’été en 2020, fait des heures sup’ - c’est la 8e fois qu’on l’entend sur site. Sans surprise, ici les gens connaissent d’autres couplets que celui de SCH.

Persuadé qu’un membre de Maraboutage avait annoncé un after du côté de Malmousque, on quitte Borély pour crapahuter le long du bord de mer, à la recherche du lieu qui saura étancher notre fringale festive. Peine perdue, on finit avec Nile, un Américain croisé sur le chemin, le cul sur les galets d’une petite crique, en possession de trois clopes et d’un mini-keg de Heineken. Un collègue décide de se baigner totalement à poil puis d’en parler pendant des heures à tous ceux qu’il croise.

DIMANCHE 22 AOÛT

La mite de la veille est laborieusement épongée par les excellents sandwichs de Crabe-Toro – l’offre de restauration du festival était plutôt OK par ailleurs. Seul bienfait de la jauge, l’impression de ne pas avoir à faire la queue pendant des heures pour entrer, pisser ou acheter à boire. Pendant qu’un agent de sécurité raconte les coups de schlass reçu à l’époque où il était vigile dans le Marais, Tessae puis Poupie se succèdent sur la grande scène.

En vrai, on est surtout là pour Moesha 13 qui démarre avec un remix de Wejdene pas vraiment chopped ni vraiment screwed plongeant la foule dans un état catatonique. Comme l’écrivait un ancien journaliste de Noisey à la plume bien trempée : « il y a quelque chose d'assez réjouissant dans sa manière de mêler rap et samples futuristes, DJ set et paroles scandées, beats turbulents et kicks sortis de l'hyperespace ». Perso, j’ai l’impression qu’on me roule dessus avec un 33 tonnes sorti de SnowRunner mais dans le bon sens du terme.

De l’autre côté de la prairie, la grande messe de Soso Maness a tout juste commencé. Canons à fumée, chants des MTP, le rappeur est un excellent GO. Les bières volent comme à l’Allianz Riviera, PLK pose sur Petrouchka et le public reprend en chœur la chanson des enfants des quartiers nord samplée sur Mistral. C’est très con mais sincère et les gens ont l’air de kiffer. Un dernier petit tour pour mater Brodinski derrière les platines et il est temps de calter avec le sentiment du devoir accompli. Un festival réussi (big up aux équipes et merci à Marine) Le lendemain c’est retour à Paname via un OuiGo qui sent la couche pleine. Salut Marseille, on aura bien rigolé.

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Marseille, Alonzo, Marsatac

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