On a demandé à des fumeurs de weed ce qu'ils pensent de la consultation citoyenne

« Il faut qu'on montre que le fumeur de weed c'est pas l'ado de 17 ans qui joue à la console et qui ne parle à personne. »

22 janvier 2021, 9:35am

Depuis le 13 janvier, le Parlement a mis en ligne un questionnaire à destination de vous, cher consommateur de « cannabis récréatif ». « En cas de légalisation, comment imaginez-vous le commerce du cannabis ? », « en cas de légalisation ou de dépénalisation, seriez-vous favorable à la possibilité pour les particuliers de cultiver à des fins personnelles ? ». Voilà les questions auxquelles vous pouvez répondre, anonymement, dans le cadre de la mission d'information parlementaire lancée en janvier. Promis, vos réponses seront « prises en compte pour déterminer les propositions » du rapport de la mission, présidée par le député LR Robin Reda, qui devrait voir le jour au printemps.

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« On a le sentiment que l'opinion publique est en avance sur la classe politique », avoue la rapporteure Caroline Janvier. On vous le confirme. La France, premier consommateur de cannabis d'Europe, est aussi le pays disposant de l'arsenal le plus répressif en matière de joint. 200 euros d'amende forfaitaire pour détention de cannabis depuis cet été et jusqu'à 7,5 millions d'euros d'amende et 30 ans de prison si vous cultivez. Pourtant, « près d'un Français sur deux est favorable à un changement de légalisation », rappelle la députée LREM à l'AFP. Elle assure que la consultation « permettra de vérifier le constat fait par des sondages ». 

Mais calmez vos ardeurs, « on va pas légaliser la drogue », assurait Gérald Darmanin en septembre dernier sur LCI. Le ministre de l'Intérieur s'est dit « absolument contre » la légalisation de « cette merde ». Le terme même de « cannabis récréatif » utilisé par les députés est pour lui « une lâcheté intellectuelle. » Peu de chance donc, que la weed soit légalisée de sitôt, en tout cas, pas tant que ce ministre de l'Intérieur sera à son poste. On aura compris l'avis de Gérald Darmanin sur la question, mais qu'en pensent les principaux intéressés ? 

Anna, 25 ans, infirmière, Lyon

« Quand j'ai vu passer ça [la consultation] sur Facebook, j'ai d'abord cru un un fake. Vu que Darmanin a augmenté les sanctions envers les fumeurs, je ne comprends pas trop leur logique. J'ai plutôt l'impression qu'ils font une sorte de sondage pour préparer la campagne des prochaines élections. On sait très bien que Darmanin va pas légaliser dans les mois qui lui restent. 

« Si c'est comme pour la consultation sur le climat, on est mal barrés. »

Au bout d'un moment faut arrêter d'être hypocrite. Tout le monde fume, c'est un secret pour personne. Dans le milieu médical, on voit beaucoup de jeunes soulager les douleurs de leurs grands parents avec un joint. Ma collègue de 50 ans fume tous les jours. Elle, elle dit que la consultation ça sert à rien, que de toute façon, les politiques méprisent les fumeurs depuis des années. Moi j'ai quand même répondu même si j'y crois franchement pas trop. Si c'est comme pour la consultation sur le climat, on est mal barrés. » 

Léo, 21 ans, étudiant, Paris XVIII

« J'ai pas répondu à la consultation, c'est de la poudre aux yeux. C'est de la merde ces trucs, c'est comme signer une pétition ça sert à rien. De toute façon les politiques s'en foutent de ce qu'on pense, surtout les jeunes. Y'a qu'à le voir avec l'interdiction de suivre les cours à la fac en présentiel. On nous écoute même pas sur ça, alors sur la weed... On a l'impression d'être en permanence dans l'illégalité. On nous apprend à vivre comme ça. Je fume des joints c'est illégal, je sors prendre l'air à 19h c'est illégal, je veux aller en cours c'est illégal. Je me demande si je vais pas dealer vu que tout ce que je fais est déjà illégal. Et puis cette période est hyper angoissante, je sais pas comment je tiendrais tout seul dans ma piaule sans la weed. »

Mélissa, employée dans un supermarché, 27 ans, Rouen

« J'ai répondu hyper sérieusement à la consultation. Pour une fois qu'on me demande mon avis, je le donne. J'espère vraiment qu'on sera entendu. Ça m'a quand même dérangé au début la question sur la catégorie socio-professionnelle. C'est bizarre comme question, qu'est-ce que ça veut dire ? Si c'est tous les pauvres types qui fument on s'en fout de la dépénalisation, mais si les cadres supérieurs sont pour alors là il faut le prendre en compte...

Fumer de la weed, c'est vraiment important pour ma santé mentale. Mais vu que je n'ai pas de maladie grave je ne suis pas concernée par le cannabis thérapeutique. Ça m'énerve ce terme de “cannabis récréatif” qu'ils utilisent. Je vois pas en quoi c'est récréatif de fumer pour lutter contre ses angoisses. Est-ce qu'on parle de vin récréatif ? Non on dit juste buvez avec modération, pourquoi on ne dirait pas fumer avec modération aussi ? Et puis, fumer c'est pas pire que boire, sauf qu'on conseillera jamais à un mec en phase terminale de prendre un shot de vodka ».

Martin, cinéaste, 28 ans, Saint-Denis

« J'ai répondu et c'est hyper important que tous les fumeurs le fassent. Mais encore faudrait-il qu'ils aient connaissance de la consultation. J'ai pas vu l'info relayée à la télé sur les grands médias, et les autres ils en parlent assez peu. On nous parle que du Covid en permanence. Le reste ça passe à la trappe.

« Il faut qu'on montre que le fumeur de weed c'est pas l'ado de 17 ans qui joue à la console et qui ne parle à personne. »

Il faut suivre le compte Twitter de l'Assemblée pour être au courant ? Du coup, je l'ai transmis à mes potes, il faut qu'on soit massif à répondre, qu'on montre que le fumeur de weed c'est pas l'ado de 17 ans qui joue à la console et qui ne parle à personne. Par contre les réponses longues en 400 mots aux questions c'est bizarre. Je me demande si quelqu'un va s'amuser à lire toutes les réponses et pour quoi faire. »

Thomas, thésard, 26 ans, Grenoble

« J'ai répondu au questionnaire et je leur ai expliqué que la weed, j'en avais vraiment besoin pour dormir. Si je fume pas, je dors pas. Mais le questionnaire ne s'intéresse pas vraiment aux usagers, il se focalise sur la question du trafic, qui est un truc hyper fantasmé. Quand j'avais 21 ans, je me suis fais chopper en sortant d'un four. J'ai pris 100 euros d'amende et un rappel à la loi d'un an pour détention de deux grammes de cannabis. Ça ne m'a pas empêché de continuer à fumer, par contre ça m'a bien énervé contre la police. Maintenant, je m'en procure par mon voisin qui lui même se procure par un ami qui va chez un dealer. En fait, on fait de nos amis des dealers. C'est pas top. Y'a un vrai décalage entre la réalité qui est que plein de monde fume, et la législation hyper répressive. Si ce questionnaire va permettre aux députés de s'en rendre compte, c'est déjà ça. » 

KShoo, usagé expert, cofondateur du Circ (Collectif d'information et de recherche cannabique )

« J'ai été auditionné mi-janvier par les parlementaires de la mission d'information en tant que consommateur expert. J'ai l'impression que le vent a tourné. Auparavant la France avait énormément de réticences à évoquer le sujet. Mais avec la pandémie, il va falloir des sous. On voit d'ailleurs que le questionnaire est tournée vers les questions économiques. Nous, on se bat depuis longtemps sur les principes de liberté, mais ça va quand même dans le bon sens. La cannosphère est en ébullition, on a remarqué une grosse mobilisation des cannabilophiles, ça redonne du baume au cœur. 

On voit qu'il y a une nouvelle génération de politiciens anti-prohibition. Robin Reda a déclaré être favorable a une légalisation contrôlée, alors qu'avant il était dans la commission sur l'amende forfaitaire, qui est du vrai racket. Quant à Darmanin, il a tellement de casseroles au cul qu'il a intérêt à rouler des mécaniques. Il est en complet décalage sur la question. Prenez Jean-Baptiste Moreau (député LREM, Creuse), il a développé une vraie compétence en matière de cannabis à force d'auditionner des professionnels et des consommateurs, maintenant il a un super argumentaire. Il faut qu'on puisse parler librement du chanvre, qu'on amorce un débat. Les usagers de cannabis, c'est Monsieur et Madame Tout-le-monde, c'est pas des gens qui n’ont rien dans le citron. Là, il y a une libération de la parole super intéressante, il se passe quelque chose, il faut qu'on s'en saisisse. »

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