Des dealeurs nous racontent leurs pires regrets

« Maintenant, je ne mettrais plus la vie de mes clients en danger de cette façon. »

01 December 2021, 8:55am

Dans la vie, il n'y a rien de plus insupportable qu'un regret. Imaginez donc si toute votre carrière était basée dessus. Une étude menée auprès de 243 trafiquants de drogue a révélé que 61 % d'entre eux regrettent leur décision d'entrer dans ce secteur, la raison la plus souvent invoquée étant les risques du métier. 

Mais quelles sont les autres raisons ? Pour le savoir, j'ai contacté des trafiquants de drogue, en activité ou à la retraite.

Luke, 30 ans, ancien dealer de psychédéliques, MDMA et Xanax

Mon plus grand regret concerne la mort d'un ami à la suite d’une overdose d'héroïne. À l'époque, je ne vendais que des psychédéliques et de la MDMA, donc je ne lui ai pas fourni la drogue, mais je lui ai fourni le contact. La police a remonté la piste jusqu'à moi et j'ai fini par être condamné pour homicide involontaire. Lors de mon procès, le juge a déclaré que j'étais coupable d'une série d'événements qui ont conduit quatre personnes en prison et causé la mort d’une autre. C'était assez dur.

Heureusement, je ne me blâme pas pour ces évènements, et je ne pense pas que mon ami le voudrait. Mais aujourd’hui, il m'est presque impossible de trouver un emploi. Je n'avais que 20 ans lorsque tout cela s'est produit et j'étais très naïf quant au fonctionnement du système judiciaire américain. Je me méfie désormais de toute forme d'autorité et, rien que ce mois-ci, cinq offres d'emploi m'ont été refusées après vérification de mon casier judiciaire. J'espère ne pas avoir à recommencer à vendre de la drogue mais, en dernier recours, je m'y remettrais. 

Niko, 32 ans, ancien dealer de cocaïne, de MDMA et de weed, devenu auteur

J'ai été poignardé, arnaqué et volé... mais je n'ai aucun regret à cet égard, ça fait partie du jeu. Mon premier vrai regret est de ne pas avoir toujours été honnête. Souvent, je ne savais pas vraiment ce que je vendais. Entre 2008 et 2011, il y avait une pénurie de MDMA, et pourtant j'ai continué à en vendre sans savoir ce que le produit contenait. Maintenant, je ne mettrais plus la vie de mes clients en danger de cette façon.

Mon deuxième regret concerne l'effet que ma condamnation a eu sur mes proches. Pour ma famille, c'était un choc, ils n'avaient aucune idée de ce que je faisais. Lorsque vous êtes en prison, c'est comme si vous étiez mort pour le reste du monde. 

Thomas, 23 ans, ancien dealer de cocaïne, d'ecstasy et de kétamine

J’ai beau avoir arrêté, mon ancienne activité me suivra toujours. C’est mon plus grand regret.  J'ai fait deux ans et demi de probation et maintenant, j'ai une entreprise, mais pour les filles du coin, je suis toujours un dealer. Je n'ai jamais voulu en être un, je me suis laissé emporter. Je voulais juste me faire des amis. 

Ash, 21 ans, dealer de weed

La weed est une de mes passions et mon goût pour les produits de luxe m'a amené à en vendre. J'ai commencé à acheter de l'herbe américaine, théoriquement à usage médical, qui coûte entre 100 et 120 euros le sachet. J’ai commencé à en acheter de plus en plus et à en revendre à des amis. Mon plus grand regret reste la façon dont j'ai dépensé l'argent que j'ai gagné : principalement pour acheter à fumer. En neuf mois, j'ai dépensé environ 60 000 euros en substances. Depuis, j'ai commencé à acheter des produits moins chers et j'ai dépensé environ 12 000 euros. Mais avec cet argent, j'aurais pu équiper ma maison d'un joli studio d'enregistrement.

Brad, 32 ans, ancien dealer de MDMA, de méthamphétamine et d'héroïne

Je regrette de ne pas avoir gardé une plus grande part des bénéfices pour moi. Je prenais tous les risques, mais j'ai dû donner beaucoup d'argent à des intermédiaires qui ne faisaient rien du tout. Avec le recul, j'ai l'impression d'avoir gagné très peu d'argent en risquant dix ans de prison alors que les Bandidos [un gang de motards] prenaient 90 % des recettes. Cela dit, ils m'ont offert une protection et des prêts. 

Lorsque j'ai commencé à monter dans la hiérarchie, j'ai commencé à réfléchir au nombre de vies que j'impactais. J'avais tendance à me justifier, en me disant que si les consommateurs ne se procuraient pas leur drogue auprès de moi, ils le feraient auprès de quelqu’un d’autre. Mais j'étais dans une sorte de déni.

Ce que je regrette le plus, c'est l'effet que le deal a eu sur ma famille. Je leur ai fait subir deux descentes de police et je leur ai donné matière à s’inquiéter pendant longtemps. J'y pense tout le temps, même si j'ai arrêté.

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