Avec ces couples qui prennent des drogues psychédéliques pour renforcer leur relation

« On a connu pas mal de graves disputes, du style à se jeter des trucs à la gueule. Le fait d’affronter ces problèmes et d’en parler après avoir trippé nous a fait réaliser à quel point nous étions reconnaissants l’un envers l’autre. »

Si certains couples aiment se booker un petit city trip au soleil, prendre du temps pour se ressourcer ou parcourir le monde afin de se reconnecter l’un à l’autre, d’autres préfèrent un tout autre genre de trip.

Ces dernières années, les psychédéliques ont gagné en reconnaissance et sont de plus en plus recommandés dans le traitement des troubles mentaux, qu’il s’agisse de SSPT ou d’anxiété. Leur popularité croissante dans ce milieu a également ouvert un débat plus large : étant donné que ces substances hallucinogènes comme la psilocybine ou le LSD ont la capacité de réduire les inhibitions et de modifier la façon dont nous percevons la réalité, leur utilisation ne pourrait-elle pas également servir de thérapie relationnelle ?

Publicité

L’essor du bien-être psychédélique a d’ailleurs conduit certains couples à en faire l’expérience par eux-mêmes, que ce soit pour resserrer les liens, traiter des problèmes profondément enfouis ou simplement pour partager ce voyage euphorique en bonne compagnie. Bien que les psychédéliques ne soient pas considérés comme légaux dans la plupart des pays, les conseillers relationnels préconisent de plus en plus leur utilisation dans le cadre de leurs séances. Le couple s’y voit administrer une légère dose dans un environnement contrôlé, est interrogé sur ses espoirs et ses fantasmes lors du trip, et reçoit par la suite des conseils adaptés.

« Dans ce genre de thérapie, la psilocybine a un [potentiel] incroyable en tant que catalyseur. Elle fait tomber tous les murs et les filtres, et donc change la façon dont la relation est envisagée en temps normal », a déclaré à VICE Kripi Malviya, psychologue et fondatrice du centre de désintoxication et de réhabilitation TATVA.

Malviya souligne que lorsque la prise est surveillée, suivie d’une désensibilisation et d’une thérapie, les psychédéliques sont des substances très prometteuses pour aider un couple à se rapprocher de façon profonde. « Cela va les aider à appréhender les choses en dehors des schémas établis par leur cerveau, et même fusionner leurs expériences pour qu’ils se sentent plus proches l’un de l’autre. » Elle cite l’exemple d’Alexander « Sasha » et d’Ann Shulgin, un couple ayant synthétisé des drogues psychédéliques ensemble. Dans leur livre publié en 1991, PiHKAL : A Chemical Love Story, ils expliquent clairement l’impact que cela a eu sur leur relation.

Publicité

Les drogues psychédéliques peuvent aussi conduire à la dissolution ou à la mort de l’ego, et générer ainsi un sentiment de connexion plus direct et plus intense entre notre esprit et le monde qui nous entoure. « On se sent plus attirant et plus éphémère sous l’effet d’un psychédélique. Il y a donc une sensation de transformation de soi qui devient ensuite une transformation commune lorsqu’on le fait avec un partenaire », ajoute Malviya.

Malgré leur potentiel inexploité, les psychédéliques continuent de se heurter à plusieurs obstacles juridiques. Cette situation a donné naissance à une culture du DIY. Les couples s’envoient des trips dans leur coin pour faire passer leur relation à un niveau supérieur. Nous avons discuté avec certains d’entre eux afin de comprendre en quoi cela avait modifié leur intimité. Les prénoms ont été changés à leur demande.

« Plus on a fait de trips ensemble, plus on s’est sentis à l’aise pour partager avec l’autre nos fantasmes les plus profonds et les plus sombres. »

Cela fait 18 ans que mon mari et moi sommes ensemble. Environ deux ans après le début de notre relation, il m’a confié avoir essayé le LSD avec des amis. Son expérience avait été tellement euphorique qu’il voulait la partager avec moi. Nous avons donc décidé de le faire ensemble et avons réservé une maison avec une terrasse près d’une plage le temps d’un week-end.

Pour notre premier essai, je pense qu’on a dû s’envoyer un demi-timbre chacun. Je ne suis plus sûre du dosage exact, c’était il y a longtemps. Vers 4 heures du matin, nous sommes allés à la plage pour les prendre, puis on s’est endormis sur un hamac. On s’est réveillés quelques heures plus tard et notre trip avait commencé. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais cette première fois ensemble a été incroyable. C’était intense et euphorique, je me souviens avoir ri comme jamais.

Publicité

Depuis, on doit bien en avoir pris une trentaine de fois. À chaque fois, c’est plus intense que l’expérience précédente. Quand je le fais avec lui, je me sens complètement libre, ça crée un espace sans jugement où l’on peut être plus intimes, sans parler du sexe qui atteint des sommets. Une fois, j’ai tellement rigolé pendant mon trip que j’ai pissé dans mon pantalon. Mais comme nous étions super à l’aise l’un avec l’autre, on s’en foutait.

Quand on trippe ensemble, on ressent une sorte de gratitude écrasante. Plus on l’a fait, plus on s’est sentis à l’aise pour partager nos fantasmes les plus profonds et les plus sombres. De son côté, il s’est ouvert à propos de son penchant pour la domination et de son fantasme de sexe au bureau avec quelqu’un situé plus bas que lui sur l’échelle hiérarchique. Moi, je lui ai confié mon fantasme de double pénétration. Ce sont deux sujets tabous dont nous n’aurions jamais discuté sans ça. On a même échangé sur nos fantasmes dirigés vers d’autres personnes.

J’imagine que pour beaucoup de gens, se confronter à ce type de conversations difficiles peut sembler décourageant, surtout si on a peur de faire un bad trip. Mais d’après mon expérience, plus vous trippez ensemble, plus vous réussissez à avoir le contrôle de vos pensées au lieu d’essayer de contrôler la situation. Notre relation a connu pas mal de graves disputes, du style à se jeter des trucs à la figure. Le fait d’affronter ces problèmes et d’en parler après un trip nous a fait réaliser à quel point nous étions reconnaissants l’un envers l’autre, et surtout, que notre couple n’était pas condamné. Ça nous a permis de ralentir et de réfléchir à ses bons et mauvais côtés, parfois pendant huit heures d’affilée. Je me souviens avoir eu du mal à m’adapter aux attentes de sa famille après notre mariage, mais quand on en a discuté sous psychédéliques, on a pu mieux communiquer et travailler à devenir de meilleures personnes pour régler la situation. — Neha, 37 ans, graphiste

« On a vu nos âmes s’entremêler et on a réalisé que nous étions des partenaires cosmiques. »

Un jour, mon fiancé a pris de l’acide avec un pote, et c’est moi qui les trip-sittais. J’avais déjà pris de la psilocybine, mais jamais de LSD. Après l’avoir vu passer ce qui semblait être la meilleure nuit de toute sa vie, j’ai décidé que j’étais prête à essayer avec lui.

On voulait faire ça chez nous, de nuit. Il s’est d’abord assuré que tout était parfait pour mon premier vrai trip. En fait, ça s’est passé assez vite. On a pris l’acide à l’endroit même où on l’a chopé, supposant qu’on disposait d’environ une heure pour rentrer à la maison avant que les choses ne deviennent trop cheloues pour reprendre la caisse en toute sécurité. On est vite passés voir un pote chez qui on est finalement restés un peu trop longtemps, simplement à fumer de l’herbe. Quand on a quitté sa maison, l’acide faisait pleinement effet.

Pendant les dix minutes qu’il nous a fallu pour rentrer à la maison, on passait du rire aux larmes. Le reste du trip a été absolument parfait. On s’est enfilés nos snacks préférés, on a écouté The Dark Side Of The Moon en fixant le plafond qui s’était soudainement mis à éclater comme du popcorn, on a maté Woodstock en DVD… bref, c’était la meilleure nuit de ma vie.

Faire un trip avec son partenaire est différent de tout le reste. Il y a une connexion plus profonde. L’acide va dépouiller vos sentiments jusqu’à n’en garder que l’essentiel, ce qui permet de tout ressentir à un niveau supérieur. Lorsque vous tenez entre vos mains le visage de l’amour de votre vie, ce sentiment profond d’appartenance et de connexion est tout simplement inégalé. On a vu nos âmes s’entremêler et on a senti des fils d’énergie nous relier l’un à l’autre. Ce genre d’expérience, ça n’arrivera jamais si vous faites un trip tout seul ou avec un pote.

Publicité

Ça m’a également fait réaliser que nous étions tous deux des êtres spirituels, ce que je n’aurais jamais cru. L’un de nos trips a débouché sur un épisode très sensuel et, à cet instant-là, il m’a regardée dans les yeux et m’a dit que nous étions des partenaires cosmiques, que notre amour s’était heurté à toutes nos existences passées. Une fois que nous avons réalisé que nous étions destinés à nous aimer encore et encore, les petites difficultés sont devenues insignifiantes. On se dispute toujours, mais c’est différent. Aucun d’entre nous n’a peur, personne ne ressent la menace d’une potentielle rupture, ça ne peut plus nous arriver après ça.

Prendre une dose raisonnable dans un cadre contrôlé peut conduire à une vulnérabilité totale et à des découvertes époustouflantes. D’un point de vue spirituel, les psychédéliques sont des outils tellement puissants. J’ai vaincu l’alcoolisme grâce à l’acide. Maintenant, je sais qui je suis. J’ai confiance en moi et en mes relations. Je vois le monde sous un jour plus vrai, plus sincère. L’acide a changé ma vie et je m’en porte beaucoup mieux. — Sarah, 28 ans, professionnelle du marketing

« Je me sens très en sécurité quand je prends de la drogue avec lui, et ce sentiment me rappelle le safe space qu’il représente pour moi. »

Bien que mon partenaire et moi n’ayons trippé ensemble qu’une poignée de fois, ces rares expériences ont changé notre vie. Généralement, je garde le silence en plein trip, parce que mes mots ne peuvent pas suivre le rythme de mes pensées. Tout est intense, tout est d’une beauté dévastatrice, et mes émotions sont vraiment exacerbées. Et même si je ne dis pas un mot, je sens que mon partenaire comprend, sans doute parce qu’il vit la même chose à sa façon. J’ai l’impression que ça nous rappelle à tous les deux que nos disputes quotidiennes et nos divergences d’opinions sont infimes, et qu’elles n’ont aucune importance dans le grand schéma des choses.

Aussi, je me sens très en sécurité quand je prends de la drogue avec lui, et ce sentiment me rappelle le safe space qu’il représente pour moi. Un truc que je pourrais facilement oublier dans le chaos de la vie quotidienne et de la normalité. Ça m’aide à envisager la situation dans son ensemble. La raison pour laquelle je l’ai choisi lui et pas un autre, la manière dont nous avons construit notre vie ensemble... La conscience et les émotions accrues me rappellent un peu comment c’était de tomber amoureux de lui la première fois, cette phase où tout est merveilleux, très excitant. Mélanger l’amour à d’autres drogues a vraiment renforcé notre couple et nous a conduits aux expériences partagées les plus intenses qu’on puisse imaginer, tout en nous propulsant dans des conversations honnêtes et hyper profondes.

Il y a cependant quelques réserves à faire sur la façon de procéder. Le cadre est extrêmement important. On fait toujours bien attention à être majoritairement à l’extérieur, dans la nature, mais également d’avoir accès à une pièce si nécessaire, que ce soit pour nous allonger ou pour faire l’amour. On s’assure d’être dans un endroit sûr, avec beaucoup de lumière du jour, et surtout de ne pas devoir faire face à des étrangers ou à des flics. Je suis un peu plus méfiant à l’égard des drogues que mon partenaire, alors il s’assure d’être toujours à mes côtés en cas de besoin. Il n’y a aucune pression pour faire quoi que ce soit, dire quoi que ce soit, aller où que ce soit ; c’est quelque chose dont nous discutons à l’avance. J’aime le sexe intense mais il n’y a pas d’obligation, on prend les choses comme elles viennent et il n’y a aucune pression de la part de l’un ou de l’autre. — Damini, 34 ans, écrivain

« Bien que ça ne faisait que deux ans que nous étions ensemble, elle s’est ouverte à moi sur l’échec du mariage de ses parents, m’a parlé de ses espoirs et de ses rêves comme jamais elle ne l’avait fait auparavant. »

Au bout de deux ans de relation, ma petite amie et moi avons décidé de prendre des drogues psychédéliques ensemble, et de le faire dans une forêt proche de chez nous, lors d’une nuit de camping. On y est allés juste avant le coucher du soleil. En regardant le ciel changer de couleur et tendre vers un orange merveilleux, on a eu l’impression qu’il était en train de flamber. On a passé toute la nuit à observer les étoiles, installés confortablement dans notre tente, et chaque lumière scintillante dans le ciel nous donnait l’impression d’une pièce remplie de bougies allumées juste pour nous. Bien que ça ne faisait que deux ans que nous étions ensemble, elle s’est ouverte à moi sur l’échec du mariage de ses parents, m’a parlé de ses espoirs et de ses rêves comme jamais elle ne l’avait fait auparavant. Je ne me suis jamais senti aussi proche d’elle.

Elle est mon premier amour, et après avoir trippé ensemble, j’espère qu’elle sera mon dernier. Je sais que nous sommes trop jeunes pour faire de telles déclarations, mais la tenir dans mes bras pendant ces moments-là était une expérience tellement surréaliste que j’ai l’impression que ça nous a soudés pour toujours. — Gary, 18 ans, étudiant

VICE France est sur Twitter, Instagram, Facebook et sur Flipboard.
VICE Belgique est sur
 Instagram et Facebook.

Tagged:

LSD, couples, relations, santé mentale

Dans
le même genre
Des photos oubliées de la vie en Inde dans les années 1980
De célèbres photographes bousculent les clichés du tourisme
Avec les touristes chasseurs de fantômes dans le désert de Dubaï
Et si on trouvait de vraies solutions aux problèmes de drogues en soirée ?
La fête de San Gennaro est l’apogée de la culture italo-américaine
Au cœur de la communauté qui produit le cannabis le plus cher du monde
Le Metaverse expliqué à ceux qui n'y pigent toujours rien
Voici ce qu'il se passe quand vous mélangez cocaïne et kétamine