Un peu de chair fraîche derrière les platines

Les peurs et les attentes des 7 DJs émergent·es qui ont gagné notre concours et qui vous feront transpirer très bientôt.

24 June 2021, 1:38pm

La fin du monde d’après a été tellement de fois repoussée que vous avez eu assez de temps pour vous perdre sur internet à la recherche d’un tout petit quelque chose capable de vous projeter dans vos souvenirs de teuf les plus humides. Vous avez même été jusqu’à regarder avec émotion des vidéos d’une époque qui vous est inconnue, soit des archives de soirées acid house des années 1980 en 240p sur YouTube, tout ça pour mieux supporter la suspension de toute activité dans les clubs. 

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On en aurait presque oublié qu’il y a plein de trucs problématiques dans la culture club, et qu’il faudrait s’en occuper activement à la reprise. Exemple, au hasard : le harcèlement sur le dancefloor. Autre exemple, toujours au hasard : le manque d’opportunités pour de nouvelles têtes fraîches. 

Si pour l’un, on est relativement sans pouvoir, on peut tenter des trucs pour l’autre. Avec Fifty Session, on a organisé un concours pour les DJs émergent·es. Les 7 DJs qu’on a sélectionné·es ont promis de tout donner pour vous faire revenir transpirer sur du gros son. Iels joueront tou·tes du 23 juin au 11 août (soit 1 chaque mercredi) aux Fifty Summer Sessions à Bruxelles. On vous fera gagner des places chaque semaine sur Instagram (guettez les stories).

Zouzibabe

VICE : Qu’est-ce qui t’as donné l’envie de commencer à faire du son ?
Zouzibabe :
Je bosse dans le milieu de la musique depuis que j’ai fini mes études, et la musique a toujours été dans le décor, quoi que je fasse. Mon coloc est DJ et a des platines à la maison. J’avais déjà chipoté et regardé comment il faisait, mais pendant le confinement, on a descendu les platines dans le salon et là c’était parti. J’ai trié mes sons et on a commencé à mixer plus sérieusement. Quand j’ai compris comment ça marchait, les transitions, tout ça tout ça, j’étais super excitée ! Je suis plutôt dans le style breaks, house et R&B. On a investi dans du matos de base avec mon copain et maintenant on mixe dans la chambre !

T’as en tête un souvenir du meilleur set auquel t’as assisté ?
Peach, une artiste canadienne basée à Londres, qui était venue mixer au Quay 01 pour une soirée Under My Garage. J’avais écouté sa Boiler Room qui est juste dingue, dans le style techno, breaks et house, et on avait trop hâte de la voir. C’était la première fois que je portais des boules Quies en boite. J’avais l’impression de rien entendre, la sensation était trop bizarre. Je les ai enlevées parce que je voulais ressentir toutes les vibrations et là… c’est comme si j’étais rentrée dans le club une deuxième fois. Meilleur set que j’ai entendu. Cette fille, c’est une pile électrique, elle part dans tous les sens ! C’était trop bien !

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Et c’est quoi le pire scénario qui pourrait t’arriver pendant un set ?
Passer le son préféré de ma mère parce qu’elle est venue en boîte et voir le dancefloor se vider parce que le son est nul… #LaurentVoulzy

La teuf reprend petit à petit. Qu’est-ce qui t’a le plus manqué ?
Ma place sur le dancefloor. Je suis plutôt du genre à me mettre à l’arrière, ou à un endroit où y’a un peu d’air, pour avoir de l’espace pour danser. Avec la réouverture des bars, j’ai retrouvé la transpiration des autres, les corps humides tout collants… ça a un côté marrant au début, mais en fait, je suis vite bousculée dans tous les sens. Mais re-discuter avec des inconnu·es – bourré·es au match de la Belgique, par exemple – et se dire qu’on s’aime alors qu’on se connait pas ; ça, ça m’avait manqué.

Qu’est-ce que tu voudrais voir changer ?
Ce que je voudrais voir changer, c’est les relous qui viennent te serrer et te mettre la main aux fesses sans pression. Ça serait bien que les gérant·es de boîte aient une vraie politique inclusive et safe pour que tout le monde se sente bien pendant la soirée.

Gucc Imane

VICE : Comment t’en es venue à mixer ? 
Gucc Imane :
Ce qui m'a donné envie de commencer à mixer, c'est tout simplement l'amour que j'ai pour la musique. Même avant de commencer, je voulais toujours m'occuper de la musique quand j'allais à des soirées. Pour le bal de rhéto, j'ai bien fait en sorte – avec un camarade, Paul – de pouvoir m'occuper de la programmation, des DJs et des playlists, pour être sûre qu'on passe une bonne soirée avec de la bonne musique ! Du coup, je pense que le fait que je commence moi-même à mixer s'est fait tout naturellement. Eden, aka OG SWANK LORD, qui mixait déjà, m'a montré les bases et j'y ai vite pris goût. Ensuite, avec des copines, WUTANGU, 7OBBISTE, KIDJOFFICIAL et TARTELET-HARISSA, on a décidé de s'y mettre sérieusement et c'est de là que j'ai vraiment commencé.

T’as un souvenir du meilleur set que t’as vu ?
Le premier set incroyable auquel j'ai assisté, c'était à la traphouse au Cinquantenaire en 2016. C'était UMI qui nous régalait, c'était trop le feu. Sinon en 2019, je me rappellerai toute ma vie du set de BONAVENTURE à la Leaving Dakota au Decoratelier. Elle a pas de limites et c'est ça qui me plaît énormément dans ses sets.

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C’est quoi le pire scénario qui pourrait t’arriver pendant un set ?
Qu'il n'y ait plus d'électricité ou que je fasse une crise de panique, parce que ça peut m'arriver de stresser avant un set s'il y a beaucoup de monde. Je suis assez perfectionniste et je me mets toujours à la place du public pour leur donner ce que j'aimerais entendre si j'étais à leur place.

Qu’est-ce qui t’a le plus manqué durant cette pause forcée ? 
L'interaction avec le public, ou juste avec les gens en général. Juste le fait de sortir et de voir des têtes que je ne connais pas forcément, j'en ai besoin des fois. Et surtout, danser ! C'est vraiment libérateur et ça contribue à ma bonne humeur.

Un truc qui manque à la scène ? 
Ce que j'aimerais voir changer, c'est la fréquence des soirées Rap/Hip hop/R&B/Afro – en dehors des boîtes de nuit. J'estime qu'il n'y en a pas assez à Bruxelles et quand il y en a, elles se terminent relativement tôt comparé au monde de la techno, etc. Aussi, j'aimerais voir plus de block parties comme à Paris ou Londres, par exemple.

ICY FAKE

VICE : Qu’est-ce qui t’a poussé à commencer à jouer ? 
ICY FAKE :
En 2018, je suis allé à la He4rtbroken. Ça jouait de la musique que j'écoutais depuis longtemps, mais je savais pas que ça passait en teuf. Ce soir-là, j'ai eu envie de jouer ma propre musique et de faire danser les gens. 

C’est quoi le meilleur set que t’aies pu voir ?
J’ai vu un set d’Evian Christ au Progress bar à Amsterdam. C'était un set rave avec beaucoup de trance. La particularité de ce set, c’était qu’il y avait de la fumée projetée dans toute la salle, donc tu pouvais rien voir autour de toi. Tu pouvais pas voir qui était à côté de toi ou devant. C'était une expérience super libératrice, avec une musique intense.

Selon toi, c’est quoi la pire chose qui pourrait arriver pendant un set ? 
Y’a pas beaucoup de choses dont j'ai peur ou dont je pense qu'elles pourraient mal tourner. Peut-être une transition pourrie, mais quand j'entends ça moi-même sur un set de quelqu’un d’autre, je sais que c’est dû au fait que c’est en live donc je peux même l’apprécier. J'ai pas peur d'une salle vide non plus, parce que si ça arrive, ça voudra juste dire que les gens ne sont pas encore prêts pour ce que je fais. 

Les teufs reviennent doucement. Qu'est-ce qui t’a le plus manqué ?
Danser avec des gens, des inconnu·es qu'on apprend à connaître sur le dancefloor et toutes les interactions qui vont avec. Les endroits sombres, de nouvelles rencontres, et de la musique qui rassemble.

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On profiterait pas de cette pause forcée pour changer certaines choses dans la teuf ?
Que les clubs soient davantage des safe spaces, que la sélection à l’entrée disparaisse et qu'il n'y ait pas de harcèlement sur le dancefloor.

O'simmie

VICE : Qu’est-ce qui t’a amené au DJing ? 
O'simmie :
Les premiers DJ sets qui m'ont vraiment marqué, c’était à une soirée pendant l’ADE à Amsterdam. Jarreau Vandal, Sam Gellaitry, StarRo, Sango… Cette soirée a vraiment enclenché le truc. En Belgique, j'ai été fortement inspiré par Wutangu, les DJ He4rtbroken Liyo & STEFF, et Yooth, qui est devenu un ami entre-temps.

Ton meilleur set jusqu’ici ? 
L'année dernière, j'ai été invité par Black Mamba pour un guest mix sur son show radio pour Studio Brussel, et aujourd'hui je pense toujours que ce mix est l'un des meilleurs que j'ai fait. C'est aussi un résumé à jour des genres qui me caractérisent en tant que DJ et producteur.

Et à l’inverse, c’est quoi ta pire boulette pendant un set ?
Lors de mon premier vrai DJ set, le public était presque sur le booth, et quelqu'un a appuyé sur le bouton de lecture juste avant un drop et tout s'est arrêté. C'était un accident, mais je préférerais ne plus jamais revivre cet anticlimax.

La teuf reprend tout doucement. Qu’est-ce qui t’a le plus manqué ?
L'euphorie d'un classique de la trance à 5h du matin ! Et le moment où les lumières se rallument et les dernier·es ravers font penser à une scène de The Walking Dead, classique également. Concrètement, j'aimerais vraiment voir le FFORMATT faire son comeback.

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Et ce qui ne t’a pas du tout manqué ?
J'espère juste voir une amélioration en termes de tolérance et d'inclusion dans la scène des clubs bruxellois. Et last but not least, qu’on en finisse avec les requests de sons. 

Harun

VICE : Qu’est-ce qui t'a donné envie de commencer à faire des sets ?
Harun :
Ça fait peut-être un peu cliché, mais c’était avant tout mon amour pour la musique. J'ai un site sur la musique et la mode. Ça a commencé comme un blog perso et ça a pas mal grandi. J'ai commencé à faire des sections genre Smooth Sunday, où je lâchais un morceau style R&B, soul le dimanche. À partir de là, j'ai lancé mon émission de radio SMTH  SNDS que j'anime encore tous les mois sur Bruzz.

Quel est le meilleur set auquel t'as assisté ? 
L'été dernier, j'ai assisté à un événement de mon meilleur pote et les règles Covid étaient assez souples. À un moment, tout le monde était debout et dansait. C'était un sentiment indescriptible de voir les gens bouger et vibrer ensemble à nouveau comme si la pandémie n'existait pas. C'était aussi une soirée imprévue, donc encore meilleure. 

T’as une idée du pire truc qui pourrait arriver lors d’un set ?
Je peux pas vraiment penser à quelque chose. D'habitude, je pense pas à ça. Faut rester positif !

Qu'est-ce qui t’a le plus manqué depuis l’arrêt des événements ?
Les concerts. Les teufs c’est vraiment amusant, mais j'avais l'habitude d'assister à des concerts d'artistes internationaux·les ou de jeunes talents belges et j'ai vraiment hâte de recommencer à en faire. 

Et t’espères quels genres de changements après cette reprise ?
Qu’on profite davantage des soirées quand on pourra à nouveau sortir. J'ai l'impression qu’on a l'habitude de prendre la vie nocturne et les événements pour acquis. Avant, quand on sortait, c'était en mode « ah une teuf, cool ». Maintenant, tu vois les gens qui apprécient vraiment le fait qu’on puisse enfin danser à nouveau et voir des artistes se produire.

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Swakke

VICE : Comment t’es entré dans le son ? 
Swakke :
C’est arrivé de manière très fortuite pendant le Covid l'an dernier. Je suis allé à la mer avec des potes qui sont dans la musique depuis un certain temps. On a joué un peu ensemble et on m'a montré comment tout fonctionnait. Puis j'ai commencé à expérimenter par moi-même et j'ai continué à progresser. 

C’est quoi le meilleur set que t’as vu ?
À Dour, en 2019, j'ai pu voir Skee Mask et KAYTRANADA. Ça restera toujours dans ma mémoire. C'était deux noms que je voulais voir depuis très longtemps. Skee Mask, surtout parce qu'il joue un genre que je connais pas bien, et c’est toujours de bonnes vibes. La façon de mixer de KAYTRANADA me plaît beaucoup et je me sens toujours super nostalgique de réentendre tous ses vieux sons. Puis j’aime beaucoup son genre et ce qu'il met en avant. 

Petit à petit, la teuf reprend. Qu'est-ce qui t’a le plus manqué ?
Les festivals comme Couleur Café, Dour et Horst m'ont particulièrement manqué. Les festivals, c’est toujours la bonne vibe de l'été. 

Un changement bienvenu dans le milieu des clubs pour cette reprise ?
J'espère vraiment qu’on pourra revenir aux grosses teufs, aux festivals avec beaucoup de monde et des gros noms, où on en a pour son argent. Aujourd'hui, on se satisfait souvent de petites soirées, mais j'ai vraiment hâte de retrouver la vie nocturne d’avant. 

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Goldenzebora

VICE : Y’a des inspirations qui t’ont poussée à commencer à mixer ? 
Goldenzebora :
Pas vraiment. Pour moi, c'est la connexion et le sentiment que j'avais avec la musique qui m'ont donné envie de jouer. Je connaissais souvent des musiques qui passaient pas vraiment dans les soirées, et j'ai vu une opportunité de les jouer moi-même. La connexion que j'avais avec cette musique, je pouvais la transmettre à d'autres personnes. Mais Jarreau Vandal, Kaytranada et Shaka Lion sont trois artistes que j’admire.

Le meilleur set que t’as en tête.
C’est très difficile. Ma mémoire me fait défaut depuis un moment, peut-être parce que on n’a pas été autorisé·es à partir depuis longtemps. Je dirais un set de Shaka Lion. 

C’est quoi le pire qui puisse arriver pendant un de tes sets ?
Ça serait que je me trompe de deck et que le morceau que je veux préparer dans mon oreille soit déjà en train de jouer en live et qu'il saute, bam, sans transition. Un moment comme ça, ça casse l’ambiance et les gens doivent se demander qui est en train de mixer. J'ai eu ça quelques fois à la maison, heureusement jamais à une teuf. 

Petit à petit, la fête reprend. Qu'est-ce qui t’a le plus manqué ?
Les conversations random que tu peux avoir avec les gens dans les toilettes. Pas seulement en soirées, mais aussi quand tu sors simplement pour boire un verre et rencontrer de nouvelles personnes. Les contacts m'ont vraiment manqué, en particulier avec les gens un peu pompettes qui sont juste là pour passer un bon moment. 

Un changement espéré pour la reprise ?
Les rabat-joie. Il y en aura probablement toujours, mais j'aimerais voir plus de gens qui sortent avec la mentalité d'une soirée amusante et qui profitent du moment où ils rentrent, et qui ne boivent pas de façon criminelle. J'espère également qu'il y aura moins de harcèlement à l'encontre des femmes et que la discrimination à l'égard des personnes d'origine différente ou la discrimination sexuelle disparaîtront aussi. 

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