On a demandé à des experts ce qui pourrait arriver (de pire) en 2022

Crise climatique, pandémie mondiale, radicalisation des idées, fake news et complotisme… Est-ce qu’on peut faire pire en 2022 ?

03 janvier 2022, 8:59am

2020, marquée par le début de la crise du COVID, cumulait déjà tous les critères pour être élue l’année la plus déprimante de tous les temps. 2021 pouvait difficilement faire pire. Pourtant, l’année qui s’achève a marqué un point d’étape supplémentaire dans la morosité ambiante. Incendies en Grèce et en Turquie, inondations en Europe, records de température, chute de Kaboul aux mains des Talibans, crise sanitaire qui n’en finit plus, montée de l’extrême droite autour de l’élection présidentielle... Et, last but not least, défaite des Bleus en 8e de finale de l’Euro contre les Suisses. Rien que ça. Du coup, on a un peu peur que 2022 soit sur la même lancée.

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Nous avons demandé à des spécialistes du climat, des maladies infectieuses ou encore de l’extrémisme et de la polarisation, comment ils voyaient l’avenir et si le monde de demain pouvait être pire que le monde d’aujourd’hui. A priori, oui.

Françoise Vimeux, climatologue, directrice de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD)

« Nous savons que le réchauffement de l'atmosphère et des océans vient exacerber les événements extrêmes (vague de chaleur, sécheresse, pluie torrentielle), amplifier leur fréquence et leur intensité. Il y a eu ce dôme de chaleur au Canada et aux États-Unis, avec pas loin de 50 degrés du côté de Vancouver. Il y a eu ces pluies diluviennes en Belgique et Allemagne qui ont conduit à des inondations catastrophiques. En Grèce, on a eu à la fois des températures très élevées et une sécheresse produisant des conditions propices pour que les feux puissent se développer, se maintenir et se propager. Viennent s'ajouter des records de température en Europe : 48,8 degrés à Syracuse, en Italie. On n’avait jamais enregistré une telle température sur le territoire européen. Le record de température mondiale a aussi été battu dans la Vallée de la Mort, en Californie, en juillet dernier : 54,4 degrés. L’année 2021 a offert un certain nombre d’exemples d’événements extrêmes auxquels il va falloir s’habituer.

Pour les cyclones, on ne s’attend pas à ce qu’il y en ait davantage mais le risque cyclonique sera néanmoins plus important : cyclones plus intenses, plus pluvieux, avec des risques de submersions marines plus élevés. Pour les tornades, nous n’avons pas de connaissances suffisamment solides pour nous prononcer.

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Les risques d’avoir des événements extrêmes, et leur intensité, ne sont pas proportionnels au réchauffement climatique. Ils s’amplifient plus rapidement que le réchauffement lui-même. Par exemple, dans une France où l’on aurait une anomalie d’1,5 degrés, les vagues de chaleur seraient plus intenses de 3 degrés en moyenne. 

« Aujourd’hui, le réchauffement global atteint 1,1 degrés. Et on sait que ça va continuer à augmenter d’ici le milieu du siècle à cause de l'inertie du système climatique »

Jusqu’à 2040-2050, le réchauffement est déterminé par les gaz à effet de serre que nous avons émis dans l’atmosphère. Aujourd’hui, le réchauffement global atteint 1,1 degrés. Et on sait que ça va continuer à augmenter d’ici le milieu du siècle à cause de l'inertie du système climatique. Donc, forcément, les événements extrêmes vont continuer à être exacerbés. Pour la 2e moitié du 21e siècle, tout va dépendre de nos émissions à partir d’aujourd’hui. Les scénarios qui nous permettent de ne pas dépasser 1,5 voire 2 degrés, à la fin du 21e siècle, sont ceux où les émissions de gaz à effet de serre se stabilisent et diminuent rapidement. D’ici 2030, il faut diminuer de 45% nos émissions si on ne veut pas dépasser 1,5 degrés. Mais nous ne sommes pas du tout sur ces trajectoires. Nous sommes plutôt sur des trajectoires qui nous amènent à des réchauffements de l’ordre de 3 degrés à la fin du siècle. »

Yves Coppieters, épidémiologiste, professeur de santé publique à l’Université Libre de Bruxelles (ULB)

« L’histoire des épidémie antérieures (la grippe espagnole, le choléra…etc.) nous apprend que l’on finit toujours par revenir à une vie normale parce qu’il y a une immunité collective qui se développe dans la population. Cette immunité collective est naturelle si l’on est dépourvu en vaccin et autre stratégie de prévention. L’épidémie peut aussi s’estomper d'elle-même grâce aux vaccins et aux traitements efficaces. Petit à petit, on assiste donc à la disparition spontanée de l’agent infectieux. Ce coronavirus pourrait, à un moment donné, être moins virulent pour l’Homme et circuler beaucoup moins. 

Concernant le variant Omicron, il est plus transmissible que le variant Delta. Il commence à prendre le devant au Royaume-Uni et au Danemark. Ce n’est pas encore le cas en France et en Belgique mais ce qu’il se passe ailleurs, nous le subissons toujours chez nous. Nous pouvons craindre un niveau de contamination supérieur au Delta mais, au niveau de sa virulence et de sa mortalité, nous n’avons pas encore suffisamment d’informations. Les données d’Afrique du Sud sont plutôt positives : il y a moins de mortalité et moins d’hospitalisations. Mais les caractéristiques de la population d’Afrique du Sud ne sont pas transposables telles quelles aux données européennes.

« L’OMS estime qu’une maladie infectieuse émerge dans le monde et entraîne des foyers épidémiques tous les 8 mois »

Nous pourrions trouver de meilleurs vaccins qui entraînent une réaction immunitaire sur toute une série de composantes du virus, et pas seulement sur la protéine Spike. Nous pourrions alors espérer que tous les futurs coronavirus puissent être impactés par ce super vaccin. Beaucoup y travaillent déjà. L’autre perspective, ce sont les traitements. Pfizer a annoncé que son antiviral, testé actuellement, avait une bonne efficacité contre le risque d’hospitalisation chez les personnes à risque.

Nos sociétés sont marquées depuis 30 ans par l’émergence de nouveaux agents infectieux. Ça a commencé avec le sida, dans les années 80, puis le chikungunya, Ebola…etc. L’émergence de nouveaux virus va donc encore arriver. L’OMS estime qu’une maladie infectieuse émerge dans le monde et entraîne des foyers épidémiques tous les 8 mois. Ce phénomène a été amplifié par nos comportements et nos modes de vie. Maintenant, est-ce que des mutants plus dangereux que le SARS-CoV-2 peuvent arriver ? Oui, bien sûr. Mais ce coronavirus est un virus qui mute peu. Si vous regardez la souche d’origine de Wuhan et le variant Delta ou Omicron, nous en sommes à une cinquantaine de mutations majeures. Elles touchent le plus souvent la même protéine (Spike, ndlr) et n'entraînent pas fondamentalement de changement clinique de la maladie. »

Iris Boyer, chercheuse et secrétaire générale de l’ISD France - un think tank qui travaille sur des solutions à l’extrémisme et la désinformation

« La polarisation de la société est concomitante d’une radicalisation des opinions et des actions qui est symptomatique d’une société plongée dans un contexte de crise de confiance en l’avenir et en la démocratie sans précédent. La résilience de notre société et sa capacité d’adaptation au changement est mise à l’épreuve et le réflexe d’une partie non négligeable et sous-représentée de la population équivaut soit à un repli sur soi, soit à une posture à contre-courant et un alignement avec des leaders d’opinion qui bénéficient de ce contexte et exploitent ces peurs et ces griefs. 

Sans la remise en cause du modèle de distribution de l’information des réseaux sociaux et si l’on ne redouble pas d’efforts sur la généralisation de l’éducation aux médias de l’information et la sensibilisation du grand public aux enjeux de régulation du numérique, on peut s’attendre à vivre dans un marché des idées à ciel ouvert qui nous pousse de plus en plus vers des contenus qui nous confortent dans nos retranchements et contribuent à nous monter les uns contre les autres et à éroder encore plus notre confiance envers les institutions qui maintiennent nos sociétés.

« Mais ce qui est très inquiétant sur du plus long terme, c’est l’influence grandissante et la normalisation de thèses mortifères et de recours aux manipulations de l’information »

D’un point de vue politique, il est très difficile de se projeter dans un contexte où certains acteurs ne sont pas encore officiellement candidats et où les sondages d’opinion confirment que l’électorat français est encore indécis. L’état de chantier du paysage politique et l’incapacité de nombreux acteurs à se fédérer autour d’une même voix et d’un programme cohérent ajoutent à l’incertitude à 4 mois du scrutin. Mais ce qui est très inquiétant sur du plus long terme, c’est l’influence grandissante et la normalisation de thèses mortifères et de recours aux manipulations de l’information qui délitent la cohésion sociale et les fondements même de notre démocratie. 

La situation peut malheureusement empirer. Le côté positif est qu’au fur et à mesure que les idées de l’ultra-droite gagnent du terrain et pénètrent le débat public, leurs contradictions et leurs manipulations y sont exposées. Le défi principal est de redonner espoir et une voix à ceux qui se sentent mal représentés politiquement et socialement, sans donner un porte-voix aux leaders d’opinion extrémistes qui cherchent à exploiter les déceptions et attiser les haines. »

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