Ces Français désespérés par l’absence de l’écologie dans l'élection

« La situation est tellement catastrophique que la crise Covid est un apéro comparé à ce qu’il va nous arriver. »

À quelques jours du second tour de l’élection présidentielle, l’absence des enjeux climatiques se fait sentir. La présence minime de l’environnement dans les débats agace au plus haut point les écolos. On nous avait pourtant prévenus. « Nous sommes à un tournant. Nos décisions aujourd'hui peuvent assurer un avenir vivable » avait déclaré le président du GIEC, Hoesung Lee au début du mois d’avril. Le groupe d’experts a été clair : l'humanité dispose de trois ans pour réduire ses émissions de CO2 et inverser la tendance avant qu’il ne soit trop tard.

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Cela n’a pas empêché les programmes des candidats à l'élection présidentielle française d’être dépourvu, majoritairement, de propositions autour du climat. Ces dernières semaines ont reflété un profond désintérêt pour la question environnementale dans le monde politique. Souvent floues ou consensuelles, les quelques promesses semblent à rebours des préconisations des scientifiques qui tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années. Pour certains, les quelques références au climat allaient même à l’opposé de ce que préconisent les climatologues. Marine Le Pen souhaite, par exemple, stopper le développement de l’éolien et démanteler progressivement les parcs existants ainsi que mettre fin aux subventions à la filière de l’éolien. 

Hubert, Bordelais de 45 ans, s’intéresse à l’écologie depuis sa vingtaine. Il considère ces élections comme « un désastre » pour l’avenir de la planète mais aussi de la gauche. « On a parlé de tout sauf d’écologie. Les verts étaient inaudibles et toute la gauche se foutait sur la gueule, ils ont juste pensé à leur parti et leur petit ego. C’est la gauche la plus conne du monde » , raconte-t-il.

Au premier tour, il a fait le choix de voter pour Jean-Luc Mélenchon dans l’espoir de voir l’écologie passer au second tour, ne croyant pas à la candidature de Yannick Jadot : « Il faut être capable de s'unir deux minutes, de penser aux autres. Mélenchon, ce n’est pas ma came mais il avait un programme qui était bon et il était suffisamment branquignole pour renverser la table. »

« La situation est tellement catastrophique que la crise Covid, c’est un apéro comparé à ce qu’il va nous arriver »

Beaucoup de Français pointent du doigt des médias dans leur traitement de ces élections. Alors que le climat est aujourd’hui l’une des préoccupations les plus importantes des Français, ce dernier n’a occupé que 3,6% du temps médiatique ces deux derniers mois selon l’ONG l’Affaire du siècle qui a fait réaliser un baromètre pour mesurer la place du climat dans la campagne. Un seul débat autour de l’écologie a été organisé et ce, même pas à la télévision mais sur Twitch

« On a passé des heures à parler de Lionel Messi mais le GIEC rien du tout », reproche Sandy, 54 ans. Cette dernière s’inquiète de l’avenir incertain qui nous attend si les politiques ne se saisissent pas rapidement de l’urgence climatique : « La situation est tellement catastrophique que la crise Covid est un apéro comparé à ce qu’il va nous arriver. » Comme Hubert, elle a choisi de voter pour Jean-Luc Mélenchon « parce que c’était le seul avec un programme autour de l’écologie qui pouvait aller jusqu’au second tour. Jadot n’avait aucune chance de passer. »

Dépitée, elle a choisi de se retrousser les manches et d’agir à son échelle en changeant de travail. Elle étudie actuellement l’adaptation du changement climatique en deuxième année de master : « Je me reconvertis pour que mon dernier chapitre professionnel soit autour de ça. C’est à nous de mettre la pression sur le gouvernement. » Sandy appelle tous les écolos à agir. « Il faut que les gens se mobilisent au lieu de se lamenter. Je ne vais pas me laisser abattre. »

« J’ai voté pour Alain Juppé en 2017. J’ai compris que j’étais à côté de la plaque et coincé dans un dogme et une culture transmise par mes parents »

L’urgence climatique a poussé certains électeurs de droite à voter pour des candidats de gauche, seuls porteurs de programmes suffisamment ambitieux à leurs yeux. C’est le cas de Guy, 53 ans, infirmier : « Je suis Alsacien et généralement, on vote plutôt à droite, j’ai voté pour Alain Juppé en 2017. Mais quand mon fils s’est mis à faire des études d’ingénieur dans la transition énergétique, j’ai compris que j’étais à côté de la plaque et coincé dans un dogme et une culture transmise par mes parents qui n’est plus adaptée à notre société ». En tant que soignant, Guy a un esprit cartésien et suit de très près les travaux des spécialistes du Shift Project et du GIEC. « Ma déception vient justement de là, on nous prévient et on nous informe, c’est de la science pas des croyances et on débat pourtant encore sur le sujet. Dans mon métier, dans l'hospitalier, il faut savoir anticiper les choses et voir venir les problèmes pour les traiter au mieux ». 

Si Guy considère que la communauté internationale ne se prépare pas assez, il compte le faire à son échelle. « Je vais faire en sorte que mes proches et moi puissions avoir une perspective d'avenir au delà des 20 ans à venir. » Récupération d’eau de pluie, potager, serre, panneaux photovoltaïques, Guy organise déjà son plan d’attaque et ce qu’il compte mettre en place : « Pour qu'un jour si je ne suis plus là mes garçons puissent vivre correctement. »

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Du côté des associations environnementales, c’est la douche froide. Après de nombreuses marches pour le climat, Sam, 22 ans et membre de Youth for Climate à Caen, espérait un sursaut lors du premier tour. Alors qu’il s’agit de la toute première élection présidentielle pour laquelle elle a pu voter, elle comprend le désintérêt de sa génération pour la politique. « Je crois encore qu’on peut changer des choses et avancer grâce à la politique mais les gens en ont marre des promesses jamais tenues ». Sam tente de garder espoir et de continue à agir à travers l’associatif : « ça permet d’être plus responsable ». 

« J’ai un fort ressentiment contre les électeurs de Jadot »

Chez Extinction Rebellion, le groupe a organisé un sitting à Paris durant le week-end de Pâques pour remettre l’accent sur l’urgence écologique. Tom, 25 ans, membre depuis un an du groupe ne se décourage pas : « J’ai commencé à militer sous un gouvernement libéral macroniste, c’est chiant qu’on reparte pour un tour mais ce n’est pas grave, ça ne va pas m’empêcher de poursuivre mon engagement. »

Victime d’éco-anxiété, son engagement auprès d’Extinction Rebellion lui permet de se sentir utile au quotidien. Considéré comme apartisane, l’association n’a pas appelé à voter pour un candidat en particulier lors de ces élections mais Tom assume sans problème avoir voté pour Jean-Luc Mélenchon et reproche aux électeurs de gauche de ne pas s’être rassemblés autour du candidat. « J’ai un fort ressentiment contre les électeurs de Jadot. En tant qu’écolo, il fallait choisir celui qui avait le plus de chance d’arriver au second tour que tu aimes ou non Mélenchon », affirme Tom. 

Dernièrement, le candidat Emmanuel Macron aurait compris l’importance de ce sujet pour certains votants et axé tout un meeting, à Marseille le 16 avril dernier pour se comparer au programme climatosceptique de sa concurrente Marine Le Pen. En cas de réélection, il se dit prêt à avoir un Premier ministre « directement chargé de la planification écologique », appuyé par deux autres ministres « forts ». Le président a également vanté son bilan environnemental de quinquennat. Une enquête de Reporterre a pourtant montré que 53% des 169 mesures prises par Emmanuel Macron depuis son élection en 2017 sont nuisibles au climat. Une chose est sûre, ces élections auront échauffé les esprits des écologistes au même rythme que la hausse des température de notre planète.

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