« Nous sommes un commando-suicide, nous sommes Tchétchènes, et si l’armée russe ne quitte pas immédiatement notre pays, nous vous tuerons tous »

Mardi 23 octobre 2002, Moscou. Il est environ 21h30 et le deuxième acte de la comédie musicale Nord-Ost commence devant plus de 900 personnes au théâtre Doubrovka quand un homme encagoulé pénètre sur scène.

17 février 2020, 8:35am

Mardi 23 octobre 2002, Moscou. Il est environ 21h30 quand le deuxième acte de la comédie musicale Nord-Ost commence devant plus de 900 personnes au théâtre Doubrovka.

Un homme encagoulé pénètre sur scène. Les acteurs se figent et le soliste s’interrompt mais l’orchestre poursuit. Un roulement de tambour monte, l’intrus tire un coup de feu pour prouver qu’il ne fait pas partie du spectacle. Ses ordres claquent dans le silence, les danseurs quittent la scène comme une volée d’oiseaux surpris. Quelqu’un rallume les plafonniers. Un instant tétanisés par la brûlure de la lumière électrique, les spectateurs distinguent une quarantaine de silhouettes, presque autant de femmes que d’hommes. Des kalashnikov barrent les uniformes de camouflage, des ceintures explosives gorgées de billes de métal gonflent le tissu noir des niqab. C’est une prise d’otage.

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Un homme monte sur scène, son passe-montagne relevé sur le front. Il est jeune et beau. Les autres membres du commando se taisent. Un doigt braqué sur les gradins, il hurle, courbé de colère : nous sommes un commando-suicide, nous sommes Tchétchènes, et si l’armée russe ne quitte pas immédiatement notre pays, nous vous tuerons tous. Une décharge de Kalashnikov change l’annonce en promesse.

Les assaillants somment les spectateurs de rester immobiles sur leurs fauteuils de velours rouge. Certains se maîtrisent, d’autres paniquent, ceux qui protestent sont frappés. Pistolet en main, les femmes distribuent des calmants aux plus angoissés pendant que les hommes installent plusieurs dizaines de bombes dans le bâtiment. La plus imposante, une bombonne de gaz remplie d’explosifs, pèse froidement sur un siège au milieu de la salle. Le placement des engins révèle l’expertise technique des assaillants : aucun ne pourrait menacer plus directement ses cibles. Une otage utilise son portable pour contacter une station de radio locale : « Si quiconque essaie de prendre d’assaut le bâtiment, ils nous feront sauter immédiatement. » Caméra en main, un Tchétchène filme tout.

La nouvelle de la prise d’otage parvient aux autorités vers 21h30. Vladimir Pronichev, le sous-directeur du service de sécurité intérieure russe, le puissant FSB, prend la direction des opérations. Ce spécialiste de la lutte contre le terrorisme prévoit le pire : il somme les seize hôpitaux les plus proches de s’attendre à traiter des blessures « par missile et explosion » et fait stationner des engins de chantier à proximité du théâtre. Si les détonations terrassent le bâtiment, ils déblaieront les débris pour les sauveteurs. La police, l’armée et les escouades antiterroristes du FSB sont mobilisées : des centaines d’hommes casqués et deux véhicules blindés encerclent le bâtiment sous une pluie glacée. Le siège commence.

À l’intérieur, les terroristes assurent aux otages qu’ils ne survivront pas : ils mourront sur leur fauteuil lorsque les Russes donneront l’assaut, déchirés par l’explosion des femmes en noir. Le temps passe avec une lenteur d’agonie. Quelques chanceux reçoivent l’ordre de partir : des enfants, des musulmans, deux femmes enceintes. Les fonctions physiologiques des centaines de corps restants dégradent l’air de la salle, chaleur et moiteur vont croissantes. Assoiffés, affamés, le ventre tordu par la peur, les captifs doivent lever la main pour obtenir quoi que ce soit des Tchétchènes. Les friandises de la cafétaria et les toilettes du Doubrovka ne suffiront pas longtemps. Dehors, les bourrasques engourdissent la vigilance des forces de l’ordre. Personne ne remarque l’anorak noir qui se faufile entre les voitures du parking.

« Nous resterons pour nous battre, confie le bras droit de Baraïev à la journaliste Anna Politkovskaïa. Nous mourrons au combat »

La silhouette glisse de l’obscurité à la lumière jaune du théâtre d’un pas sûr. Pas un policier, pas un soldat ne se lance à sa poursuite. Il est environ 3h30 lorqu’elle pénètre dans l’auditorium. C’est une femme, jeune et manifestement ivre. Sans se soucier des cagoules et des fusils qui s’approchent en nombre croissant, elle tance otages et assaillants : les premiers n’ont-ils pas honte de leur lâcheté ? Les seconds se rendent-ils compte de ce qu’ils ont fait ? Les terroristes l’empoignent, elle parie qu’ils ne lui feront rien. Eux l’accusent d’être une espionne du FSB, la menacent de mort. Les otages plaident pour sa libération mais la gêneuse reste bravache : « Tuez-moi ! » Un homme armé la pousse derrière une porte dérobée et tire. Olga Romanova, 26 ans, est la première victime du siège.

Dehors, les médias du monde entier s’agitent. Un site web réputé pour soutenir les rebelles tchétchènes, Kavkaz, vient de diffuser les premières informations sur les preneurs d’otages. Les femmes sont des shahidka, des « veuves noires ». Elles sont venues venger leurs maris assassinés par les Russes alors qu’ils luttaient pour l’indépendance de leur province. Comme les hommes du commando-suicide, elles obéissent aux ordres de Movsar Baraïev. Ce seigneur de guerre de 23 ans est le neveu et l’héritier d’Arbi « Terminator » Baraïev, un rebelle réputé pour sa brutalité. Deux semaines plus tôt, un cadre de l’armée russe avait annoncé sa mort dans une frappe d’artillerie. D’après Kavkaz, le Kremlin a sept jours pour lui obéir et mettre un terme à la seconde guerre de Tchétchénie. Mais ce n’est pas tout.

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L’aube se lève quand Baraïev et ses hommes réclament un dialogue. Ils ont d’autres demandes. Leurs interlocuteurs, des personnalités politiques ou culturelles choisies par eux, devront entrer dans le théâtre pour négocier. Leurs exigences auprès de ceux qui osent se présenter sont parfois concevables, souvent impossibles, toujours confuses : de la nourriture et des produits d’hygiène, l’arrêt des opérations antiterroristes propices aux exactions dans leur province, une déclaration publique du président Vladimir Poutine annonçant la fin du conflit. Tous les otages retrouveront la liberté quand les troupes russes auront quitté au moins une région tchétchène. Mais quoi qu’il arrive, eux ne se rendront pas. « Nous resterons pour nous battre, confie le bras droit de Baraïev à la journaliste Anna Politkovskaïa. Nous mourrons au combat. » Les autorités restent silencieuses.

Le matin du jeudi 24 octobre traîne un ciel grisâtre. Dans la salle, les otages qui ont pu dormir se réveillent au milieu d’une vanité d’armes de guerre et de ceintures explosives. Le désespoir et l’immobilité épuisent les plus fragiles comme des maladies, quelques-uns font des crises de nerfs. Les terroristes acceptent de recevoir du personnel soignant, à une condition : avant d‘entrer, les volontaires devront déposer le cadavre d’Olga Romanova sur le trottoir. Deux médecins vieillissants acceptent. Raidis par l’effort dans leur blouse blanche, ils traînent la dépouille par les bras, un chacun. Les services de renseignement les interrogent sur la disposition des lieux et l’organisation du commando dès leur retour des entrailles du Doubrovka. Un peu plus tôt, Vladimir Poutine avait laissé entendre que le siège serait rompu par la force. Une volée de détonations fige tout.

Deux adolescentes se sont enfuies du théâtre en sautant d’une fenêtre et courent à découvert, les intestins secoués par l'explosion des grenades que les Tchétchènes jettent alentour. Un soldat s’élance à leur rencontre, un éclat de métal brûlant le perce, il met les fuyardes à l’abri. Tous vivront. Au même moment, les preneurs d’otages réitèrent leurs menaces à la télévision : un homme encagoulé assure que leur désir de mourir pour la gloire de Dieu et l’indépendance de la Tchétchénie surpasse le désir de vivre des téléspectateurs, une femme voilée annonce qu’ils ont choisi de mourir à Moscou en tuant des centaines d’infidèles. Les images proviennent de deux cassettes déposées dans l’après-midi au bureau moscovite de la chaîne Al-Jazeera. La lutte devient médiatique. À la tombée du jour, Baraïev accepte plusieurs entretiens filmés.

« Ulcérés, Movsar Baraïev et ses hommes annoncent que les exécutions commenceront le lendemain à l’aube »

Les journalistes défilent devant le jeune homme, ses fusiliers, ses kamikazes. Tous rivalisent de morbidité pour les caméras. Dans la salle, pourtant, les assaillants faiblissent. Certains s’excusent auprès des otages, d’autres tentent de les préparer doucement à la fin. Quelques veuves noires cachent en vain leur larmes. Elles ont peur de mourir, comme tout le monde. Le désespoir des condamnés précipite bourreaux et captifs dans l’apathie. Ils n’ont plus faim, plus soif, leur regard se perd dans le vide, ils dorment profondément dans leurs fauteuils ou sur le sol. Autour d’eux, les conditions se dégradent : une canalisation rompue inonde le rez-de-chaussée d’eau brûlante et la fosse d’orchestre sert de latrine depuis que les toilettes sont hors-d’usage. L’odeur est infernale.

Vendredi 25 octobre. Une nouvelle matinée triste tombe sur Moscou. Malgré le froid, un attroupement grossit aux abords du Doubrovka. Une centaine de personnes crient derrière les barrières métalliques de la police, certains brandissent des pancartes. Ce sont des proches d’otages. Déboussolés par le syndrome de Stockholm ou manipulés par leurs geôliers, ceux-ci leur ont demandé de manifester contre la guerre en Tchétchénie. Les assaillants font savoir qu’ils relâcheront les adolescents si les gouvernement autorise un rassemblement sur la place Rouge. Le Kremlin ignore l’offre. La tension monte. À quelques centaines de mètres du théâtre, les spetsnaz des unités antiterroristes Alfa et Vympel préparent l’assaut.

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Quelques heures passent. Le soleil décroît déjà quand Vladimir Poutine refuse publiquement d’ordonner la fin de la seconde guerre de Tchétchénie. Confiant, il offre néanmoins d’épargner la vie des terroristes s’ils libèrent tous leurs otages. Le Kremlin ajoute qu’il considère les menaces du commando comme réelles mais « excessivement dramatiques et exagérées ». Ulcérés, Movsar Baraïev et ses hommes annoncent que les exécutions commenceront le lendemain à l’aube. La nouvelle déclenche un frisson dans le commandement militaire russe. L’opération de sauvetage n’est pas prête, il faut gagner du temps.

ANTON DENISOV / ITAR-TASS / AFP

Le téléphone d’un lieutenant de Baraïev sonne à la nuit tombée. C’est le général Viktor Kazantsev, le représentant du pouvoir russe en Tchétchénie. Les otages doivent vivre, il va prendre l’avion pour Moscou et se présentera au Doubrovka le lendemain matin, des négociations sont encore possibles. Le commando accepte de le recevoir, évidemment : Kazantsev est célèbre et puissant, sa proposition prouve qu'on les prend enfin au sérieux. Baraïev annonce la bonne nouvelle aux otages et fait distribuer des briques de jus de fruit. Dehors, un homme d’allure imposante avance vers l’entrée du théâtre. Il tire vigoureusement sur une, deux, trois portes. La quatrième s’ouvre. Il s’engouffre dans le bâtiment.

« Les terroristes écartent les corps trempés de sang et se saisissent de lui. Denis Gribkov, 30 ans, est immédiatement mis à mort »

Les Tchétchènes empoignent l'homme en agitant leurs armes. Son visage est tuméfié. L'intrus assure qu'il a rompu le cordon policier et qu'il n'a rien à voir avec les services de renseignement : son fils de huit ans est dans la salle, il est venu le chercher. Les otages se taisent quand les terroristes le font monter sur scène. L'homme crie le prénom de son enfant : Roma ! Mais aucune réponse ne monte dans l'air moite et puant. Quelques fusiliers l'entraînent dehors. Des coups de feu claquent, plus qu’il n’en faut. Gennady Vlakh, 39 ans, est la deuxième victime du commando. Un temps occultée par l’espoir d’une rencontre avec Kazantsev, la possibilité d'une mort prochaine et violente rattrape tous ceux qui respirent encore dans le théâtre. Tous ne le supportent pas.

Un jeune homme se jette en hurlant vers la plus grosse bombe, une bouteille en verre à la main. Quelques otages le retiennent, les terroristes accourent, l’un d’entre eux braque son arme sur la cohue et tire deux fois. Un homme et une mère de famille sont touchés, pas le fauteur de trouble. Les terroristes écartent les corps trempés de sang et se saisissent de lui. Denis Gribkov, 30 ans, est immédiatement mis à mort. Mais dans l’odeur piquante des munitions percutées, ses bourreaux prennent peur : hors du théâtre, toutes ces détonations ont sans doute sonné comme des exécutions. Le général pourrait annuler leur rencontre. Il est donc décidé d’utiliser les blessés pour faire savoir aux Russes que le massacre n’a pas commencé. Une ambulance les emporte aux alentours de 2h, samedi 26 octobre. Les spetsnaz sont prêts.

La troisième nuit de siège avance dans le calme malgré les exécutions. Écrasés d’angoisse, d’immobilité et de déshydratation, les otages s’endorment et se réveillent douloureusement sous l’œil fatigué des rebelles. Quelques hommes en tenue de camouflage passent dans les allées à la recherche d’employés du Doubrovka : ils aimeraient utiliser la cabine de projection pour éditer une vidéo de l’attaque, quelqu’un doit leur apprendre à utiliser les outils de montage. Peu à peu, l’attroupement grandit dans la petite salle. Les combattants sont captivés par les images de vidéosurveillance de leurs exploits, tous les officiers sont venus se bousculer devant les écrans. Une odeur âcre et sucrée interrompt les discussions. Une vapeur blanchâtre est en train d’envahir l’auditorium.

Movsar Baraïev comprend que les Russes tentent de les empoisonner. Les terroristes ordonnent aux otages de se baisser, ouvrent les portes et vident leurs chargeurs dans les vitres du bâtiment. Beaucoup ressentent déjà les effets du gaz : le vacarme des armes faiblit, leurs paupières et leurs membres s’alourdissent, plus rien n’a d’importance. Quelques combattants s’enfoncent dans les couloirs du bâtiment en tirant dans l’obscurité. Malgré leurs symptômes et la fuite de leurs compagnons, les kamikazes tiennent leurs positions parmi les otages. Les corps de ceux que le gaz a déjà endormis s'entassent à leurs pieds. Il ronflent comme un seul monstre gigantesque, lentement et du fond de leur ventre. Dehors, des centaines de soldats attendent le silence. Quelques minutes passent. L’assaut final commence à 5h30.

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Baraïev et ses derniers hommes conscients ouvrent le feu. Ils sont écrasés en quelques instants. La dépouille du chef de guerre est encore chaude quand des soldats goguenards déposent une bouteille d’alcool entamée près de sa main. Dans le reste du théâtre, les Russes arpentent balcons et allées à la recherche de Tchétchènes inconscients. Tous sont assassinés d’une balle dans la tête pendant leur sommeil, même les veuves noires. L'opération se déroule comme prévu : aucune bombe n’a explosé et l'évacuation des centaines de captifs inconscients va bon train. Dehors, pourtant, les cadavres s’accumulent.

Le parvis du Doubrovka est jonché de corps pâles et mous. La place manque. Des dizaines de victimes inanimées gisent sur le trottoir en sous-vêtements malgré les températures glaciales. Dans leur torpeur, beaucoup vomissent à cause du gaz. Ceux qui ont été installé sur le dos par des sauveteurs non-qualifiés meurent étouffées dans leur bile ou par leur langue. Les ambulances et les bus qui sont venus chercher les survivants pour les transporter à l'hôpital ne parviennent pas à quitter les lieux. Le manque d'organisation et l'absence de personnel médical dans les véhicules tueront beaucoup de leurs occupants. Le chaos est tel que des piles de cadavres montent sur des personnes encore vivantes. En vérité, la plupart des sauveteurs ne savent pas ce qu'ils font. On ne leur en a pas laissé l'occasion.

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L’état-major russe a refusé de révéler la nature précise du gaz aux services médicaux. Tout ce que les professionnels savent, c'est que les otages présentent les symptômes d'une intoxication aux opioïdes : nausée, cyanose, pupilles contractées, détresse respiratoire, arrêt cardiaque. La cellule de crise leur avait dit de se préparer à traiter des blessures de guerre. Par bonheur, les quelques 450 véhicules de secours qui ont été dépêchées au Doubrovka contiennent assez d’antidote pour tous les otages. Malheureusement, rares sont les secouristes qui savent l'administrer : dans la cohue, les doses injectées vont du simple au double. Mêlé aux effets du gaz, aux secrets des militaires et au manque d'organisation, ce manque de personnel qualifié tuera plus de 120 personnes.

La Russie n’a jamais reconnu la responsabilité de son gaz de combat dans le décès de ces innocents, préférant citer les conditions déplorables de leur captivité et des pathologies sous-jacentes. La composition même de cette arme secrète fait encore débat aujourd'hui. Des analyses conduites par des chercheurs anglais presque dix ans après le drame indiquent qu'elle contenait un mélange de carfentanil et de remifentanil, deux opioïdes anesthésiques réputés respectivement pour leur puissance et leur action courte : quelques microgrammes du premier endorment un éléphant quand le second agit en quelques secondes. Beaucoup pensent que ce mélange est le cœur du mystérieux Kolokol-1, une arme développée en Union soviétique dans les années 70.

Le 27 octobre 2002, au lendemain de l’assaut, Vladimir Poutine a présenté ses excuses aux Russes pour le massacre : « Nous n'avons pas pu les sauver tous. Nous demandons pardon. »

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