Dans les rues de Delhi confinée et désolée

Crématoriums, hôpitaux surchargés, abris de fortune et routes désertes : les photos de Parul Sharma capturent l'âme d'une capitale en suspens.

24 September 2020, 7:24am

Lorsque le 25 mars dernier, en Inde, un confinement national a été annoncé du jour au lendemain, la photographe Parul Sharma s'est préparée à passer de longues semaines creuses à faire à peu près la même chose que tout le monde : cuisiner, ranger, faire du sport et attendre que cette dystopie prenne fin. Mais, lassée de recevoir des témoignages de seconde main sur cette dure réalité, elle a décidé de ne plus rester à la maison. Il lui fallait sortir et voir la ville.

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C'est ainsi qu'elle s'est donnée pour mission, en avril, de documenter la capitale en suspens, à travers plus de 10 000 images relatant une des périodes les plus difficiles de l'histoire moderne. « L'idée était de photographier Delhi dans toute sa gloire, car il n'y avait presque personne dans les rues, explique Sharma. Dans un moment comme celui-ci, je cherchais l'âme de la ville. »

Les macaques rhésus ont repris les rues, se moquant du virus et des habitants qui restaient dans leurs appartements.

Elle a commencé son voyage photographique à Lutyens' Delhi et a immortalisé tous les principaux sites de la ville – Connaught Place, Lodhi Gardens, Old Delhi – sans la composante visuelle qui accompagnerait autrement toutes ces photos : les humains. Ces derniers, à la place, se trouvaient dans les hôpitaux, les crématoriums et les refuges.

Des bébés nés à un moment où le coronavirus faisait particulièrement rage. Service de néonatalogie, hôpital Lady Hardinge.

« Il était difficile d'obtenir les autorisations de photographier, dit Sharma. Mais le plus important n'était pas d'obtenir les autorisations, mais d'avoir le courage : le courage de sortir seule, de poursuivre ma passion et de m'exposer aux dangers qu'elle comporte. »

S’il était important pour Sharma de documenter des moments comme celui-ci, cela a aussi exacerbé son anxiété. Elle a passé des nuits blanches à cause de la peur d'être exposée au virus, de la culpabilité de mettre sa famille en danger et de l'épuisement mental causé par cette période difficile.

Parul Sharma

« Les médecins et tout le personnel de santé qui risquent leur vie, les gurudwaras qui nourrissent des milliers de personnes, les journalistes qui documentent ces moments de l'histoire : tout cela m'a donné l'inspiration pour continuer, dit Sharma. Et, surtout, le fait que des personnes comme vous et moi se mobilisent était réconfortant à voir. Comme ces vieilles dames qui sortaient pour nourrir les chiens errants qui mouraient de faim à cause du manque de monde dans les rues. »

Ces clichés ont été compilés dans un livre, Dialects of Silence. « C’est de la photographie artistique, mais aussi de la photographie d'actualité, la documentation d'une période dans tous ses aspects cruciaux, dit-elle. C'est une preuve des décès qui ont eu lieu dans la ville. Et j’espère que ces photos serviront de rappel de l'histoire pour les générations à venir. »

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Plus de photos ci-dessous :

Une jeune fille attend pendant des heures pour faire le plein d'eau.

Les djinns de la vieille ville se cachent, mais gardent un œil attentif.

La gare de New Delhi.

Le Dr Rajesh Malhotra, chef de l'unité Covid de l'hôpital AIIMS à Delhi.

Un fleuriste fait la sieste sur le banc à côté de son kiosque, qui a fermé en avril.

La mosquée Jama Masjid.

Un boxeur afghan dans les jardins de Lodhi à New Delhi.

Vue aérienne d’un centre d'isolement installé sur le site des Jeux du Commonwealth de 2010 à Delhi.

Une mère se demande si elle pourra retourner dans son village d'Unnao, en Uttar Pradesh.

Vue aérienne de Connaught Place à New Delhi.

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Delhi, indé, Coronavirus, COVID-19

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