Une grosse pensée émue à tous les styles éclatés que vous aviez

Parce qu’il est important de pouvoir rire de soi, j’ai demandé à six potes de partager leurs tenues de la honte.

Mauvais goût, ironie ou quête d’originalité : un million de raisons nous poussent chaque jour à sortir de chez nous avec des looks douteux. Qui aurait cru qu’un jour les jeans taille basse feraient leur retour ? Qu’on ressusciterait le string qui dépasse, le mulet, les diamants sur les dents, les pantalons à poches ? Pourtant on le sait, en termes de tendances, tout finit toujours par revenir – même ce qu’on pensait avoir brûlé, enterré et coulé sous une dalle de béton.

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On a tou·tes fait des erreurs de jugement, et on les a tou·tes immortalisées sur pellicule, Myspace ou Skyblog, avec la fierté d’avoir si belle allure dans les vêtements qu’on achetait avec notre argent de poche pourtant si durement gagné. Parce qu’il est important de pouvoir rire de soi, j’ai demandé à six potes de partager leurs tenues de la honte. 

Charlotte & Babs – Photo prise en 2010

VICE : Vous êtes amies depuis longtemps, vous devez forcément avoir des photos un peu dossier l’une de l’autre, non ? 
Babs :
J’ai tout viré de mon Facebook l’année dernière, j’assumais vraiment plus. 

Charlotte : Les pires dossiers datent d’avant les réseaux sociaux mais j’ai encore pas mal de photos de soirée, attends… (elle montre la photo ci-dessus)

OK. Wow. Intense. Je ne sais pas par où commencer. 
Babs :
J’en peux plus de mon maquillage, sérieux, c’est le pire je pense. 

Charlotte : C’est l’époque où on traînait nos foulards imitation Alexander McQueen partout, y compris en club. Je pense que j’ai encore le mien quelque part chez mes parents…

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Garde-le, on sait jamais, avec le comeback de l’esthétique Kate Moss, je serais pas  surprise de voir les écharpes à têtes de mort faire leur retour… 
Charlotte :
Clairement. Les choses finissent toujours par revenir, t’inquiète. 

T’as pas l’air plus traumatisée que ça. Tu le remettrais, ton foulard? 
Charlotte :
Franchement, si la tendance finit par revenir, je pense que oui, même si ce serait un défi en soi de l’incorporer à mon style actuel. Mais je me connais : ne jamais dire jamais ! 

Babs : Ah ouais ? Moi jamais de la vie. Les têtes de mort… non, impossible. Le petit gilet en cuir… peut-être. Mais porté différemment, avec un T-shirt oversized par exemple. 

Vous vous trouviez cool à l’époque? 
Charlotte :
Quand même, ouais. En tout cas, je faisais de mon mieux avec mon petit budget  d’étudiante. À l’époque, j’étais surtout trop fière de mes Nike Air Max à imprimé léopard, je recevais tout le temps plein de compliments dessus. 

Babs : J’étais pas vraiment cool – quoique nos camarades de classe n’étaient pas une référence non plus. Mais j’essayais de bien me saper, oui. Ma pièce préférée, c’était sans hésiter mon faux sac Balenciaga, je le quittais pas. 

C’était quoi votre tenue de prédilection? 
Babs :
Slim, sweatshirt ou chouette blouse et All Stars ou Air Max pour aller en cours. En soirée, je mettais le paquet avec un slim encore plus slim, un blazer, une paire de talons et beaucoup, beaucoup de maquillage. 

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Charlotte : Pareil, en semaine c’était effort minimum : un jean slim noir, une chouette chemise vintage, un T-shirt délavé, plié. Le weekend, on allait en boîte, on traînait avec des potes dans le centre-ville ou dans un local scout, du coup je sortais la minijupe en jersey noir ultra-moulante et le T-shirt loose. 

Et le foulard. 
Charlotte :
Et le foulard, évidemment ! 

« Je regrette la fortune que j’ai dépensée en pulls chez Superdry. Je sais pas ce qui m’a pris, j’ai aucune excuse. » – Babs

Vous les tiriez d’où, ces idées de looks ? 
Babs :
Je regardais souvent ce qu’il y avait dans les magazines de mode et j’essayais de reproduire ce que je trouvais beau. En soi, j’ai mis du temps à trouver ce qui m’allait et ce que j’aimais vraiment. Je voulais surtout avoir un look un peu nonchalant et cool sans trop faire d’efforts. Les jumelles Olsen étaient mes idoles. 

Honnêtement, pareil ! Elles étaient imbattables. 
Charlotte :
Niveau style, je suis passée par plein de phases – hip-hop bling années 2000, emo, electro… Souvent, mon style découlait de la musique que j’écoutais, des artistes dont j’étais fan et de la communauté à laquelle je m’identifiais. Je passais aussi beaucoup de temps sur les blogs mode et sur le site Lookbook.nu, pour les gens qui s'en souviennent. 

Et il y a des choix vestimentaires que vous regrettez vraiment? 
Babs :
Sans hésiter, je regrette la fortune que j’ai dépensée en pulls chez Superdry. Je sais pas ce qui m’a pris, j’ai aucune excuse. 

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Charlotte : Niveau vêtements, honnêtement, j’assume plutôt bien. Par contre, ma coiffure, c’est autre chose : j’avais une frange droite hyper épaisse, j’attachais souvent mes cheveux dans un chignon au sommet de mon crâne et pour compléter le look, je laissais pendre une mèche de chaque côté. Je portais des extensions qui ne convenaient pas du tout à mon type de cheveu – crépu –, du coup t’avais mes cheveux naturels qui étaient super volumineux et des mèches d’extensions juste longues et raides à souhait. De toute beauté. 

Quelle est selon vous la tendance qui ne doit jamais faire son comeback? 
Charlotte :
Les jeans slim. Jamais de la vie, jamais ! 

Babs : Le top moulant agrémenté d’une ceinture bien large. Un cauchemar. 

Nathalie – Photo prise en 2000

VICE : Ça te fait bizarre de te revoir ? 
Nathalie :
Carrément ! J’ai tellement changé. C’était une autre époque, le contraste est saisissant. Sur cette photo, j’ai 14 ans. Je venais de passer d’une petite école de village à un établissement en pleine ville. Les autres élèves avaient tous un style hyper alternatif, du coup je me suis rapidement adaptée. 

Dis-m’en plus sur la Nathalie de l’an 2000… 
J’étais une ado super créative, toujours de bonne humeur et motivée. Comme un peu tout le monde, j’étais fan de Rage Against The Machine – enfin, ce que j’aimais, c’était surtout hurler « Fuck you I won’t do what you tell me! » avec le reste de la classe quand on était en voyage scolaire.  

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C’était quoi les grosses tendances à l’époque? 
Je me souviens de l’incontournable sac à dos Eastpak, qui se devait d’être ultra-personnalisé. On demandait à nos potes de signer dessus au tipp-ex ou au marqueur indélébile, c’était un véritable privilège qu’on n’accordait pas à n’importe qui ! Et puis il y avait l’influence des groupes qu’on voyait sur MTV : on voulait tou·tes des Superstars dans toutes les couleurs possibles pour faire comme Limp Bizkit. Quand le clip de Freestyler des Bomfunk MC’s est sorti, tout le monde voulait des dreads. Ma mère avait refusé catégoriquement, du coup j’en avais des fausses que j’accrochais dans mes cheveux. 

« Pour moi, le fait d’exprimer sa personnalité à travers ses tenues prime sur le fait qu’elles soient belles ou conventionnelles. » – Nathalie

Comment ton style a évolué par après ? 
Quand ma maman a retrouvé un carton avec des vêtements de ses 18 ans, je me suis découvert une vraie passion pour le vintage. J’ai arboré ses tenues seventies jusqu’à ce qu’elles rendent leur dernier soupir, j’étais à fond dedans ! Je cousais des clochettes à mes pantalons pattes d’eph’, j’exprimais ma créativité à travers mon style. À un moment, j’ai même lancé un petit business de revente de bottes et vêtements de seconde main ! Pendant l’adolescence, mon placard était un fourre-tout. Je me cherchais énormément, autant au niveau vestimentaire que personnel. Au fil des années, mon style a évolué en même temps que ma personnalité. Il est resté éclectique, mais maintenant ma garde-robe est devenue plus réfléchie. J’investis dans des belles pièces que je peux porter longtemps. 

Il y a des « faux pas » que tu regrettes ? 
J’ai pas un parcours sans faute, mais j’assume absolument tout. Ça fait partie du jeu quand on aime expérimenter ! Pour moi, le fait d’exprimer sa personnalité à travers ses tenues prime sur le fait qu’elles soient belles ou conventionnelles. 

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T’en penses quoi du retour de tendances tombées en disgrâce ? 
J’ai étudié le stylisme à l’Académie de Gand et travaillé dans la mode pendant plus de dix ans, du coup j’ai un regard un peu différent sur tout ça. En plaçant les tendances sur une ligne du temps, on peut presque prédire ce qui est sur le point de faire un comeback. Ce que je trouve super intéressant, c’est surtout de voir comment les tendances évoluent en parallèle à certains événements sociologiques. 

Et à ton avis, qu’est-ce qui a rouvert la boîte de Pandore de l’esthétique Y2K ? 
Ma théorie, c’est que le nihilisme généralisé qui s’est développé pendant la pandémie a déclenché chez les ados d’aujourd’hui une espèce de fascination pour le superficiel. Et puis, c’est des tendances qui se prêtent bien aux réseaux sociaux où tout se joue sur les apparences et sur le fait de se copier les un·es les autres. 

Youniss – Photo prise en 2012

VICE : T’étais pas vraiment du style à suivre les tendances, toi... 
Youniss :
Pas vraiment, non. Pendant toute mon adolescence, mon combo de prédilection c’était : hoodie basique, jean informe et T-shirt imprimé. Zéro personnalité. 

T’étais quel genre d’ado ? 
Plutôt plouc. Gamer. Super timide. J’étudiais la pub et l’illustration, donc tu pourrais croire que j’avais du goût, mais à l’époque j’avais vraiment du mal à trouver mon identité. Quand je  revois ces photos, ce qui me frappe c’est surtout à quel point je voulais coûte que coûte me fondre dans la masse, parce que sortir du lot en tant que mec noir, ça me mettait mal à l’aise. 

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Belle afro, par contre.
Ouais… c’était cool la vie sans calvitie. 

Aujourd’hui, t’es plutôt du genre à prendre des risques niveau style vestimentaire ? 
Complètement. Je porte des couleurs, j’adore les accessoires, j’expérimente avec les proportions, j’y vais à fond sans me poser trop de questions. Et d’office, je fais plus de faux pas aujourd’hui qu’à l’époque, mais c’est parce que je m’en fous royalement. Je me connais mieux, je suis complètement à l’aise dans mon identité et surtout, je me préoccupe beaucoup moins de ce que les gens pensent. 

« Quand je  revois ces photos, ce qui me frappe c’est surtout à quel point je voulais coûte que coûte me fondre dans la masse, parce que sortir du lot en tant que mec noir, ça me mettait mal à l’aise. » – Youniss

C’était quoi, le déclic? 
Quand j’ai commencé à faire de la musique. Je me suis senti plus libre, plus créatif, à ma place. Ça m’a donné de l’assurance, tout comme le fait d’aller vivre seul d’ailleurs. Je suis devenu de plus en plus indépendant, et je me suis entouré de gens qui m’appréciaient pour ce que j’étais. Le fait d’être validé dans mon taf et au niveau personnel, ça m’a grave renforcé. Maintenant j’ai plus peur de rien, enfin en termes de vêtements en tout cas. 

Qui ou qu’est-ce qui t’inspire niveau style? 
J’ai beaucoup d’admiration pour Tyler, The Creator. Il a cette attitude genre « Rien à battre, je fais ce que je veux, tout me va », c’est super inspirant. Si j’avais eu un exemple comme lui en grandissant, mon adolescence aurait été très différente je pense. Il mériterait d’être crédité pour mon glow up – Tyler, si tu me lis : merci. 

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Pour toi, c’était quoi la pire tendance du monde ? Le truc qui ne doit jamais revenir ?
Le combo jean slim et Stan Smith blanches. Rien de mieux pour annoncer au monde entier « j’ai aucune personnalité ». 

Ah c’est cool, j’en ai deux paires. 
Tire tes propres conclusions. Sorry not sorry. 

C’est quoi le truc le plus moche que t’aies jamais porté ? 
Un pull à l’effigie de Drake que mes « meilleurs potes » m’ont offert pour mon 21ème anniversaire. Merci les gars, fallait pas, vraiment. 

C’est Tyler qui sera content. 

Cath – Photo prise en 2007

Cath n’a pas souhaité s’exprimer en long et en large sur ses choix vestimentaires du passé. Elle nous a toutefois confié ceci : « Des looks de merde, j’en ai eu, mais rien n’arrive à la cheville de ma phase fluokids. »

Joppe – Photo prise en 2014

VICE : On a affaire à une fashionista je vois…
Joppe :
De toute évidence ! C’est des looks de mon époque « blogueuse mode », je postais aussi beaucoup sur Lookbook.nu. Je me prenais en photo dans la maison de mes parents, dans l’allée du garage des voisins ou dans les spots photogéniques un peu connus quand j’allais en ville. On m’invitait à des événements RP, on me filait des goodie bags, j’étais aux anges d’avoir de la reconnaissance. 

Du coup, ça te fait quoi de te replonger dans ces photos ? 
Honnêtement, je m’attendais à être sous le choc, mais au final pas tellement. C’est assez cool à revoir, j’oserais même dire que je pourrais reporter certaines pièces ! Le seul truc sur lequel je bloque vraiment, c’est le pull à full imprimé photo. J’en avais acheté un avec un rottweiler, inspiration Givenchy, je me trouvais tellement cool, t’as pas idée ! Je l’ai porté  jusqu’à l’usure, quelle horreur. Un pote à moi en avait un à imprimé galaxie, tu te souviens de cette phase ? Plus jamais. Après, honnêtement, je n’ai pas de honte ni de regret : même si je ne sortirais plus comme ça de chez moi aujourd’hui, ces tenues m’ont permis de m’exprimer à une époque où j’en avais besoin, elles avaient leur sens à ce moment-là. 

« Arrête de dépenser tes thunes chez Zara ! » – Joppe

Quel message adresserais-tu à bébé Joppe ? 
Arrête de dépenser tes thunes chez Zara ! Sors de là tout de suite ! Plus sérieusement : qu’on a le droit de se défaire des règles et des attentes de la société. Dans toutes mes tenues de l’époque, je vois une tentative désespérée de trouver des éléments féminins dans la mode masculine, mais de façon très safe au final, alors que sur le moment, j’avais l’impression d’en faire des caisses. Ça reflète assez bien l’époque, parce que c’est pas non plus comme si il y avait vraiment eu l’espace d’expérimenter beaucoup plus que ça. Et puis surtout, ce que je réalise maintenant que je sais que je suis non binaire, c’est que ça n’avait pas beaucoup de sens de partir à la recherche de mon style au rayon hommes. Je me sentais perpétuellement limité·e mais forcément : « Allô, t’es pas un mec, stop. » Aujourd’hui, avec internet, les réseaux sociaux, je sens vraiment que j’ai une infinité d’options. Une fois  que tu réalises qu’il y a d’autres gens comme toi et que t’as accès à des points de vue totalement différents de ceux de ton entourage direct, ça change complètement la donne. 

Il y a une pièce que t’aurais jamais imaginé porter à l’époque, et que t’as fini par intégrer à ton dressing ? 
Les pantalons larges. À l’époque, tout le monde ne jurait que par les skinny et quand les mom jeans et compagnie ont fait leur comeback, j’étais pas vraiment fan. Entretemps, c’est devenu l’inverse : je ne pourrais plus jamais me saucissonner dans un slim. Et puis… les robes ! Si tu m’avais dit à l’époque que je me sentirais un jour assez bien dans ma peau pour porter une robe, je t’aurais jamais cru. 

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