Une journée en compagnie d’une militante de Yannick Jadot

On a filé un appareil photo jetable à Elodie Bouzid, 19 ans, pour qu’elle photographie son quotidien de campagne.

Cet article fait partie d’une série dans laquelle nous avons donné un appareil photo à un(e) militant(e) d’un parti politique pendant la campagne présidentielle de 2022. Retrouvez les autres papiers ici.


Les adultes. Elle les appelle comme ça ; ses collègues du conseil régional ou ceux qu’elle cherche à convaincre sur les places des marchés de Suresnes ou d’Asnières-sur-Seine. Elodie Bouzid, militante Europe Ecologie Les Verts (EELV) et plus jeune élue du conseil régional d’Ile-de-France, milite pour qu’on la prenne au sérieux, elle et sa génération. C’est une question de futur. Une histoire de monde qui vient. Comme pour tous ceux à qui on a demandé de raconter leur engagement durant cette série, elle craint pour son avenir et se bat pour une société qu’elle espère différente. 

La jeune femme s'est familiarisée avec le mot « politique » dans les marches de la jeunesse pour le climat qui ont agité les rues des capitales européennes au printemps 2019. Dans la foulée, elle a rejoint le parti des écologistes. Désormais, elle se lève au petit matin chaque dimanche pour coller des affiches en faveur du visage qu’elle espère voir apparaître, le 24 avril, sur le téléviseur du salon de ses parents. Dans une campagne présidentielle en pleine pandémie mondiale, je lui ai demandé de documenter à quoi ressemblait le quotidien d'une militante EELV.

À sept semaines du premier tour (au moment de l’interview, N.D.L.R), elle nous a raconté un lundi d’hiver, entre les bancs de sa faculté Paris 1 Panthéon-Sorbonne et les murs du conseil municipal de la ville de Paris. On retrouve le personnage central de sa campagne, son candidat : Yannick Jadot. L’écologiste est venu tâter le micro de l’amphithéâtre II René-Cassin pour convaincre les étudiants de croire en ses promesses. Elodie travaillait depuis plusieurs mois à l’organisation de la rencontre. Elle a passé une bonne partie de sa journée tournée vers les derniers préparatifs. Un peu plus tôt, elle suivait un cours de sciences politiques. La semaine d’avant, elle siégeait au conseil régional. Mais qu’est ce qui pousse une étudiante de 19 ans à se démener autant ? 

VICE : Alors, Elodie, tu as une réponse à la question du dessus ?
Elodie :
Pour moi, c’est davantage un sentiment d’obligation de militer plutôt qu’un choix. Quand on a 15 ans, qu’on est déçue par les politiques et qu’on craint pour son futur, il y a une forme d’évidence à s’engager. Il faut faire entendre notre voix. L’enjeu d’une élection, c’est l’orientation de nos vies futures. C’est pour ça que je pousse mes potes à aller voter. 

Mais beaucoup de jeunes voient peu l’intérêt de voter…
La plupart sont hyper politisés, mais ils n’ont pas le sentiment de faire de la politique. Ils signent des pétitions, s’engagent dans des associations, ils débattent sur des sujets de société ou se mobilisent pour des banques alimentaires. C’est de la politique ! 

Toi, à l’inverse, tu as eu envie de faire de la politique de manière « classique » en intégrant un parti…
J’ai commencé à m’intéresser à la politique lors des marches pour le climat dès 2019 lorsque j’étais au lycée. Je ne me sentais pas entendu en tant que jeune femme. Mes professeurs ne comprenaient pas pourquoi on ratait les cours pour manifester. J’étais en colère et je me suis dit : « Ok, si on ne nous écoute pas alors qu’on est 200 000 dans la rue, il faut intégrer les partis ». Et moi qui voulait être médecin, j’ai pris ma carte à EELV et je me suis lancée dans des études de droit et de sciences politiques.

C’est facile d’entrer dans un parti quand on a moins de vingt ans ? 
Les partis ont besoin de soutiens, de militants. Il y a un terrain laissé aux jeunes. Donc, oui, je dis : « prends le pouvoir au sein des partis ». Les enjeux concernent notre génération. Les candidats ont à coeur de nous écouter car, sinon, ils sont déconnectés. Et puis ils s’appuient sur nous. 

De quelle manière ? 
Les réseaux sociaux sont aujourd’hui au coeur d’une campagne. Les candidats, issus d’une autre génération, ont intérêt à demander conseil et offrir des responsabilités aux jeunes dans ce domaine. Si tu veux gagner, mieux vaut que ce soit quelqu’un qui consomme Tik Tok ou Instagram qui s’en occupe.

Et ça ressemble à quoi une journée de militantisme ?
Le matin, je vais en cours à la fac. Au déjeuner, lorsque je mange avec des potes de l’université,  je fais la fangirl de Yannick Jadot en essayant de les convaincre avec de bons arguments. Puis, en début d’après-midi, je rejoins Les Jeunes avec Jadot pour tracter aux abords de la fac. C’est toujours des moments heureux parce qu’il y a une forme de camaraderie. Je vais aussi sur les marchés le week-end. 

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Convaincre des électeurs, j’imagine que ce n’est pas simple…
J’ai appris, mais c'est vrai qu’en tant que jeune femme, on me rit parfois au nez. On dit que je suis utopiste… On me prend par l’épaule comme si j’étais une petite fille. On me renvoie à mon âge et à mon sexe. Mais ce qui est le plus rude, ce sont les attaques sur les réseaux sociaux. Lors de mon élection au conseil régional, j’ai reçu des dizaines d’insultes sexistes ou racistes. Au début, je me suis dit : « c’est horrible la politique vu comment tu t’exposes… » Puis, rapidement, ce genre de messages ont renforcé mon envie de faire bouger les choses. 

Le soir, pendant que tes potes prennent une bière, ça t’arrive de militer ? 
Oui, récemment, j’ai organisé une conférence avec Yannick Jadot. C’était l’occasion de faire entendre à des camarades le programme des écologistes. On a fait des photos avec le candidat pour la com. Mais à la fin de la journée, bien sûr qu’on est allés boire des bières avec pleins de membres d’associations de la fac. J’avoue, on a un peu refait le match.

Il y a un invité de poids dans cette campagne : le Covid. Comment on le gère ? 
En fait, on a repris pas mal de réflexes qu’on avait pu expérimenter durant la campagne des Régionales à l’été 2021. On se lave les mains avec du gel hydroalcoolique. On se teste régulièrement. Mais cela ne nous empêche pas de militer. On va toujours sur les marchés et on continue à coller.

Et au fait, Quand est-ce que tu dirais que tu es devenu écolo ?
Lorsque j’avais 13 ans, j’ai arrêté de manger de la viande à la suite d’un documentaire sur la maltraitance animale projeté par un professeur de quatrième. Ça a tout déclenché. Puis, je suis allée en manif pour le climat et je me suis vraiment intéressée à la politique.

Cet article fait partie d’une série dans laquelle nous avons donné un appareil photo à un(e) militant(e) d’un parti politique pendant la campagne présidentielle de 2022. Retrouvez les autres papiers ici.

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