Que faire dans le Chinatown de Vegas pour passer une pure soirée

Un auteur local raconte comment il a fini subjugué par le quartier chinois : ses karaokés, ses nouilles étirées à la main et ses donuts mochi.

J'ai vécu à Vegas la majeure partie de ma vie mais j’ai longtemps évité Chinatown. Principalement parce que je viens d'une famille philippine élargie qui aime (beaucoup) cuisiner et que, plus jeune, ni mes parents, ni mes proches ne s’y rendaient (c'était avant que ma mère ne devienne une Yelper professionnelle – on y reviendra plus tard). Je crois que les fausses façades orientales et l'accumulation de restos asiatiques servant des plats d’origines variées m'ont toujours semblé « too much ». Pour moi, ces lieux étaient avant tout au service de touristes en quête d’une touche d’exotisme pas trop dépaysante.

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J’ai grandi dans différents endroits décorés avec de l'art catholique, des tonnes de photos et des objets en bois qui ne sont pas des stéréotypes de l'identité asiatique. Comme je viens aussi d'une famille noire, la parallaxe entre les deux me donnait souvent l'impression que l’authenticité surgissait de l’ordinaire. Cela a probablement contribué à mon aversion initiale pour Chinatown, son orientalisme endémique (je n’avais pas le vocabulaire pour le formuler à l’époque) et fake.  

On apprend pas mal de choses en vieillissant, notamment comment faire abstraction des couches d'artifice. Aujourd’hui, je peux le dire sans trembler du menton ; il y a peu de meilleurs endroits pour passer une soirée à Vegas que Chinatown, un coin avec du style ainsi qu’une offre non négligeable d’endroits abordables et de qualité. Chinatown est à la fois ce que l’on croit qu’il est, et un peu plus. La longue section de Spring Mountain Road bordée de statues de dragons et de paifang (les arches traditionnelles chinoises) qui constitue le quartier est autant « pour » les touristes blancs qu'un tube frit de viande et de légumes est un pâté impérial. C’est-à-dire que tout dépend de plusieurs paramètres ; qui fabrique le produit, qui le reçoit et d’où se place-t-on pour l’observer. Si vous n'avez qu'un peu de temps à tuer, c'est par Spring Mountain qu'il faut commencer. C'est l'avant-goût, l'apéritif, le teaser. 

Toutes les photos sont de Jett Lara.

L'entrée du Shanghai Plaza

Certains peuvent se demander à quoi ressemble un quartier chinois à Vegas et, comme c'était le cas pour moi lorsque j'étais gosse, qui le compose. À l’origine, l'immigration asiatique dans l'Ouest américain est une question de main-d’œuvre. Dans le Nevada, les mines et les chemins de fer sont les principales sources d'emploi pour les immigrants chinois, qui représentent environ 10 % de la population de l’État à la fin des années 1800. Ils sont ensuite progressivement chassés de ces secteurs – qui cherchent à protéger l'emploi des travailleurs blancs – et s’orientent vers des métiers traditionnellement féminisés comme la cuisine et la blanchisserie.

La plupart des centres commerciaux de la ville se ressemblent comme deux gouttes d’eau, mais Chinatown, aussi cliché qu'il puisse être, parvient à se distinguer de la masse.

Au milieu des années 1970, après avoir échoué à attirer des locaux, l’hôtel California commence à s'adresser aux Hawaïens, dont une partie importante vit et visite la ville en si grand nombre qu’elle est souvent appelée « la 9e île ». Dans les années 1990, la suburbanisation naissante de Las Vegas a fait du « strip mall », sorte de centre commercial linéaire composé de magasins de détail et de restos, une caractéristique architecturale omniprésente. C'est ainsi qu'est né Chinatown. Alors que les quartiers chinois sont souvent situés en centre-ville et présentent une grande diversité architecturale, celui de Vegas est plus proche de la banlieue, à cheval sur plusieurs plazas (l’autre petit nom des « strip malls ») : extérieurs en stuc, grands parkings et commerces côte à côte.

Ce qui peut être une expérience difficile à digérer lorsque vous arrivez dans une zone aussi dense que Spring Mountain, où il y a énormément de choses et beaucoup d’entre elles sont destinées aux touristes asiatiques. La plupart des centres commerciaux de la ville se ressemblent comme deux gouttes d’eau, mais Chinatown, aussi cliché qu'il puisse être, parvient à se distinguer de la masse. 

Le parking du Shanghai Plaza.

Pour moi, une soirée à Chinatown commence au Shanghai Plaza, un des coins les plus en vogue du quartier, à l'est de la principale concentration de restaurants de Spring Mountain. L'ensemble, comme avalé par un grand parking, englobe une série de bâtiments de deux étages qui abritent de quoi faire un monde ; des glaces mexicaines aux hot-dogs asiatiques en passant par des onigiri façon Okinawa. Au-dessus, des enseignes lumineuses fluorescentes (tout n'est pas que néon à Vegas) annoncent des bail bondsman, des avocats, des magasins qui n'existent plus, tandis qu’en vitrine, les logos tentent de se faire une place. Tout ce qui fait l’appanage d'une plaza.

De l'autre côté de la rue, chez Ichiza, vous pouvez déguster une cuisine japonaise familiale et bon marché servie par un personnel sympathique (j’ai un faible pour leur ramen au miso et leur tempura de crevette, légère et croquante), y compris un nombre ahurissant de plats hors menu que l’on peut lire sur du papier d'imprimante agrafé aux murs. À l'intérieur, vous pouvez vous asseoir à une table individuelle ou celle commune - sans chaussures - située à l'arrière, juste à côté du bar. 

À gauche : au Shanghai Plaza, une cliente montre ses achats du jour | À droite : un employé du Paleta Bar et un plateau de paletas

Je suis partisan d’une forme de spontanéité en soirée, ce qui signifie que le dessert peut arriver n'importe quand. Mes amis et moi aimons la chaîne de glaces coréenne Somi Somi. Son menu est admirablement simple, avec un nombre limité de parfums et de combinaisons (horchata, banane, café, sésame, matcha, vanille), et la possibilité de se faire servir dans un bol ou dans un cône gaufré en forme de poisson.

On ne saurait trop insister sur le rôle qu'une bonne course à l'épicerie peut jouer dans une soirée : pour s'hydrater, manger, trouver un parking vide où pleurer si vous êtes arrivé après la fermeture.

Le Paina Cafe, un restaurant de poke situé à quelques kilomètres de Spring Mountain, sert certains des meilleurs donuts mochi que j'ai mangés. C'est un petit endroit, avec une façade simple, une enseigne et une fenêtre pour les plats à emporter, niché dans l'idéal platonique d’un centre commercial. Les saveurs des donuts mochi de Paina changent souvent, mais le goût de base est le taro. Il y a beaucoup d'endroits à Chinatown qui en font maintenant, mais il y a quelque chose chez Paina qui les rend unique – les donuts ne sont pas trop gros, juste assez sucrés et jamais secs.

Redescendez Spring Mountain pour rejoindre 99 Ranch, un supermarché asiatique incontournable, qui se trouve dans l'une des plazas les plus grandes et décorés de Chinatown. On ne saurait trop insister sur le rôle qu'une bonne course à l'épicerie peut jouer dans une soirée : pour s'hydrater, manger, trouver un parking vide où pleurer si vous êtes arrivé après la fermeture. C'est aussi là que toutes les meilleures cuisinières font leurs courses (vaste choix d'aliments difficiles à trouver ailleurs : durian à pointes, pousses de bambou, bonnes nouilles de riz), et là que quelques copains du lycée et moi nous rendions tard le soir quand nous cherchions des snacks qui nous rappelaient nos grands-parents, comme du chicharon ou des Kit Kats au thé vert. 

Les célèbres nouilles étirées de chez Shang Artisan Noodle et l'entrée du restaurant.

Nouilles et chef chez Shang Artisan Noodle

Vous avez faim, je sais, alors allons jeter un œil à des menus plus copieux. Sur Flamingo Road, techniquement un poil hors de la zone Chinatown, se trouvent certaines des adresses asiatiques préférées de ma mère. Pour situer le contexte, elle a longtemps géré les réseaux sociaux de Vegas Yelp, je me suis donc rendu dans un quart des restaurants de la ville qui valent la peine d'être goûtés. Son avis mérite d'être écouté. Elle approuve sans réserve Shang Artisan Noodles, un tout petit resto situé à côté d'un McDonald's et d'une chaîne de sandwichs dans une plaza construite sur l'une des rares collines de la ville.

Commandez le plat de nouilles au bœuf, un pour vous et un à emporter. Le Shang ne prend pas de commandes par téléphone et est presque toujours plein à craquer, mais l'une des principales caractéristiques de l'endroit, outre sa délicieuse soupe de bœuf braisé, son bouillon et ses wontons incroyablement riches, c’est sa cuisine ouverte où vous pouvez observer un chef expérimenté rouler, étirer et couper chaque lot de nouilles à la main. Le processus est fascinant, d'autant plus impressionnant que la personne qui prépare les nouilles a souvent l'air de s’emmerder. 

Shang Beef Noodle soup

Si vous préférez rester sur Spring Mountain, rendez-vous à la Trattoria Nakamura-ya (un autre péché mignon de ma mère), qui se trouve dans un « strip mall » particulièrement petit, discret en raison de l'absence de signalisation ostensible mais aussi de son virage en épingle à cheveux depuis la route – selon la direction d'où vous venez. Ses voisins, Raku et Sweets Raku, sont deux des meilleurs restaurants de la ville, assez bons pour les chefs du Strip en congé, comme le veut la rumeur. Pourtant, j'ai un faible pour la Trattoria, qui, comme son nom l'indique, est un restaurant de fusion italo-japonaise proposant des pâtes délicieusement épicées (les linguines au poulet jidori piquant sont à tuer) dans une atmosphère conviviale et sans esbroufe. Des nappes à carreaux, une petite salle avec une vue limitée sur la cuisine, un décor vaguement italien et une sélection intelligente une fois que vous avez capté le mélange. 

Le chef Kengo préparant l'un des plats signature de la Trattoria Nakamura-Ya

Un plat de la Trattoria Nakamura-Ya à base de linguini, d'uni et d'une sauce à la crème de tomate.

Une fois que vous êtes rassasié (et un brin comateux, selon la rapidité de votre digestion), vous allez probablement avoir envie de vous lever et de chanter à tue-tête, ce que vous allez faire en terminant votre soirée au Karaoke Q Studio. Ce karaoké dispose d'un menu complet, ce qui sera utile après plusieurs heures de chant et de rire dans l'une de ses salles climatisées à la décoration classique : des murs recouverts d’images de villes internationales aléatoires en mode fond d’écran et l’éternelle télé qui passe sa litanie de feuilletons asiatiques qui n'ont strictement rien à voir avec la chanson que vous êtes en train de massacrer. 

L'un des plaisirs de Chinatown est que, quelles que soient les modes qui se succèdent, quels que soient la rapidité et l'ampleur de la marchandisation et de la simplification des aspects de la culture asiatique, il y a toujours eu et il y aura toujours une population locale assez importante qui investira dans le vrai. Non pas par fétichisme servile de l'authenticité, mais parce que parfois les expériences simples, bien faites, l'emportent sur le strass et les paillettes, qui sont bien sûr omniprésents à Las Vegas aussi. 

Karaoke Q

Un client de Karaoke Q chante dans une des alles

Nicholas Russell est un auteur qui vient de Las Vegas.

Cet article fait partie du VICE Guide to Las Vegas, un voyage au cœur de cet oasis de vice où tous les coups sont permis. 

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