Mon parcours, de provinciale à star indienne de l’érotisme

« Quand les gens me reconnaissent dans la rue, il y a ceux qui ne me parlent pas et les autres qui sont, pour la plupart, de sacrés connards. »

Il existe aujourd’hui deux types de personnes en Inde. Ceux qui ne connaissent pas Anveshi Jain et ceux qui prétendent ne pas la connaître. La jeune femme de 28 ans a connu la célébrité en 2019 après avoir fait ses débuts à l’écran dans la deuxième saison de la populaire série érotique Gandii Baat. Elle a des millions de followers, aurait été parmi les personnalités les plus Googlées en Inde en 2019 et possède sa propre application payante. Pourtant, l’actrice reste encore méconnue des médias grand public.

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Chaque fois que je mentionne à quelqu’un que je suis originaire de la ville de Khajuraho, où se trouvent les anciens temples jaïns et hindous et leurs sculptures érotiques, mes paroles sont accueillies avec des petits ricanements.

Suite à un mélange hormonal que je ne comprends toujours pas, mon corps s’est développé plus rapidement que celui des autres filles de mon âge. Quand j’ai eu 14 ans, mon père est devenu très strict, sans raison. Tout tournait autour de mon apparence. Il me criait dessus si je portais autre chose que des salwar-kameez (un ensemble unisexe composé d’un pantalon ample et d’une tunique, ndtr). Alors que mes amis s’habillaient en jeans, j’étais obligée de draper un dupatta (long foulard) pour cacher ma poitrine généreuse. Même les fois où je portais un churidar (un pantalon plus ajusté), il m’accusait de vouloir attirer l’attention.

Ce n’est pas comme si je ne comprenais pas les préoccupations de mon père. Quand je parlais aux gens, je voyais bien qu’ils regardaient mes seins, pas mon visage. Et ni mes notes ni mon diplôme d’ingénieur en électronique ne pouvaient changer ça. Chaque jour, la fille que je croisais dans le miroir m’apparaissait laide, avec un corps maudit.

Photo publiée avec l'aimable autorisation d'Anveshi Jain

Pourtant, une autre partie de mon cerveau me disait que tout ça pouvait changer si je devenais célèbre. C’est à ce moment-là que l’idée de devenir actrice a commencé à germer dans ma tête. Je croyais que si je pouvais rendre mes parents fiers, ils cesseraient de me voir comme une entité physique. Mais pour une fille issue d’une petite ville, ce rêve semblait irréalisable. J’ai donc déménagé à Indore pour décrocher un MBA (« Master of Business Administration », un diplôme d’études supérieures en gestion).

J’ai réalisé que l’indépendance financière était le seul moyen d’échapper à leur emprise sur ma vie. Je suis donc devenue conceptrice de produits. En parallèle, j’ai commencé à bosser comme animatrice de cérémonie, ce qui m’a donné confiance. J’ai travaillé dur pendant deux ans, mais mes parents n’étaient pas impressionnés. J’ai compris qu’il était temps de poursuivre mon rêve. J’ai fait mes valises et déménagé à Mumbai.

Ce rôle (…) je l’avais accepté en désespoir de cause. Après m’être démenée pendant trois ans, c’était un moyen d’attirer l’attention et ma dernière tentative pour faire carrière dans le showbiz.

Au début, je pensais que les habitants de Mumbai ignoreraient tout de Khajuraho, une ville-temple très prisée des touristes et rarement visitée par les Indiens. Mais leur fascination pour cette ville a éveillé mon intérêt. Lors de mes passages ultérieurs chez mes parents, j’ai trouvé des cartes à jouer et des cartes postales avec des images de ces sculptures vendues dans les boutiques de souvenirs. Je voulais trouver un moyen de monnayer ces vieilleries et je me suis dit que je pourrais peut-être les vendre sur mon site web et devenir l’ambassadrice de la marque Khajuraho. Mon expérience dans Gandii Baat m’avait appris comment tirer parti de toute situation.

Ce rôle dans cette série web sur ALTBalaji, une plateforme de streaming connue pour son contenu érotique, je l’avais accepté en désespoir de cause. Après m’être démenée pendant trois ans, c’était un moyen d’attirer l’attention, et ma dernière tentative pour faire carrière dans le showbiz. Ce que je n’avais pas prévu, c’était l’impact que ça allait avoir sur ma vie.

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J’étais hyper nerveuse quand je suis arrivée sur le plateau, mais j’avais suivi des cours de théâtre où j’avais appris qu’une fois que la caméra commençait à tourner, le plus important était d’être dans l’instant présent. Alors même si Flora Saini, l’autre actrice, jouait de façon mécanique pendant qu’on s’embrassait, moi je vivais la scène à fond. C’est sans doute ça, d’après moi, qui a fait que la magie a opéré.

Une capture d'écran de la série Gandii Baat, avec Flora Saini (à gauche) et Anveshi Jain.

Lorsque la série a été diffusée en janvier 2019, notre scène sexuelle est devenue virale. En quelques semaines, ma fanbase sur les réseaux sociaux a grimpé en flèche. À la fin de l’année, je faisais partie des personnalités indiennes les plus recherchées sur Google. Les gens me reconnaissaient dans la rue, mais ils ne le faisaient pas savoir de peur d’avoir à admettre qu’ils regardaient des contenus érotiques. Ceux qui le faisaient étaient, pour la plupart, de sacrés connards. Les hommes m’invitaient sous des prétextes professionnels et finissaient par me faire des avances. Mais ma popularité me donnait aussi du pouvoir. Je n’avais plus besoin d’être polie avec eux, car c’était moi qui tenais les rênes de ma carrière.

Cependant, mes débuts dans l’érotisme ont détruit ma famille. Les amis de mon père lui ont montré les clips de mes scènes intimes et ça lui a vraiment fait honte. Embarrassés par leur fille, mes parents m’ont reniée. Ils ont dû faire face au regard intransigeant d’une société hypocrite qui se moque du contenu érotique qu’elle-même regarde. La seule personne qui m’a soutenue pendant cette période, c’était le mec que je fréquentais à l’époque. Mais finalement, le stress a eu raison de moi et j’ai dû mettre un terme à notre relation.

Pendant un certain temps, j’ai lutté pour me débarrasser de cette image érotique, mais suivre une thérapie m’a fait comprendre que je pouvais la posséder sans en être esclave. J’ai également appris que je ne pouvais pas contrôler ce que mes parents pensaient de moi. J’ai saisi l’occasion et j’ai commencé à utiliser cette image à mon avantage. Je partageais des vidéos dans lesquelles je portais des blouses décolletées ou des robes très courtes, et le favori des Indiens, le sari.

J’ai aussi commencé à accepter d’autres missions. Aujourd’hui, je présente des événements, je donne des conférences motivationnelles et je traite le courrier du cœur de mes fans sur mon app. J’ai également donné une conférence TedX. Lors de mes sessions live sur les réseaux sociaux, je parle à mes fans d’anxiété, de problèmes d’estime de soi et de solitude. Certains jours, je leur lis simplement un passage du Kamasutra. Lorsque je fais des appels aux dons, certains hommes s’attendent à ce que je leur parle de façon salace. Je me contente de me moquer d’eux et de m’extraire de cette situation. J’ai mes propres astuces pour faire face aux libidos déchaînées.

Le confinement a donné un nouvel élan à ma carrière. J’ai 2,8 millions de followers sur Instagram et 250 000 utilisateurs se sont abonnés à mon application payante au cours de ces trois mois

Tout cela m’a demandé beaucoup de travail, avec ses avantages et ses inconvénients. Lorsque j’essaie de me faire de nouveaux amis dans l’industrie, les femmes me considèrent comme une opportuniste et les hommes supposent que je cherche à avoir des relations sexuelles avec eux. Je n’ai jamais eu beaucoup d’amis, mais la pandémie a exacerbé cette solitude. Le mois dernier, un million de fans m’ont souhaité bon anniversaire, mais pas un seul de mes amis ne l’a fait.

Photo avec l'aimable autorisation d'Avenshi Jain

D’un autre côté, mes parents me parlent à nouveau. J’ai été payée pour faire des apparitions spéciales dans les séries BOSS et Who’s Your Daddy ? Je reçois enfin des propositions de films avec une certaine marge de manœuvre pour la performance. Je sais qu’ils me choisissent tous pour mon image, mais je ne fais plus de films érotiques.

Le confinement a donné un nouvel élan à ma carrière. J’ai 2,8 millions de followers sur Instagram et 250 000 utilisateurs se sont abonnés à mon application payante au cours de ces trois mois. Cela dit, je sais que beaucoup d’hommes viennent sur ces plateformes et dépensent de l’argent pour voir mes dernières photos sexy, et pour se masturber devant mes vidéos. On peut dire que ce succès m’a vraiment coûté cher. Mais je les fais payer pour ça, littéralement.

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