On a (presque) assisté au premier concert-test de Bruxelles à La Madeleine

Ces débuts de soirée sur un parking à boire dans le but de consommer moins une fois à l’intérieur… Certaines bonnes habitudes ne se perdent pas.

07 juli 2021, 11:04am

Les fenêtres occultées, les feuilles A4 « fermé pour cause de C*vid » collées sur les vitres et les tabourets de bar empilés, c’est derrière nous. La vie nocturne commence enfin à renaître en Europe. Aux Pays-Bas, avec un certificat de vaccination ou un test négatif dans la poche, vous pouvez à nouveau aller en club. Et en France et en Grande-Bretagne aussi, une date a été fixée pour la grande rédemption. Cette réouverture a été précédée de toute une série de tests. En Belgique, jusqu'à récemment, c’était surtout bloqué au stade de réflexion. Mais le week-end dernier, quelque chose de spécial s'est produit : 350 personnes ont été autorisées à faire la fête (sans masque et sans distanciation sociale) à La Madeleine à Bruxelles.

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Le gouvernement bruxellois, en collaboration avec la fédération Brussels by Night et Brussels Expo s’associaient ce samedi 3 juillet pour proposer un événement test. D’une part, il devait permettre à 350 personnes/volontaires/cobayes de danser comme avant, et d’autre part il devait faire avancer l’état du monde de la nuit grâce aux conclusions sociales, sanitaires et scientifiques qu’il allait produire. Une programmation solide était annoncée : L’Or du Commun, Black Mamba et DJ Vega… de quoi retrouver ses plus beaux pas de danse et des turn up pré-COVID. Cela dit, le but étant d'établir un protocole et un cadre safe pour cette réouverture, différentes mesures devaient être respectées à la lettre.

Pour se faire, les deux colosses de l’événementiel se sont associés à Analis Development, une entreprise namuroise chargée de tester sa technologie NanoStrike pour désinfecter l’air. En gros, la technologie NanoStrike inactive les micro-organismes en suspension dans l’air, tels que le virus responsable du Covid-19. Le CEO d’Analis, Filip Hendrickx explique : « Cet évènement unique a le potentiel de créer un cadre pour que le monde de la nuit puisse rouvrir en toute sécurité. L’adoption de mesures portant sur la qualité de l’air est indispensable pour nous aider à réduire le risque de transmission du Covid-19 et permettre ainsi le retour à une vie normale. » La machine utilisée à La Madeleine est héroïquement nommée Defend 1050 et, selon les orgas, peut changer l’air jusqu’à quatre fois par heure dans une salle de 92 mètres carrés. 

Les volontaires devaient se faire tester sur le site du Heysel, plus tôt dans la journée, avec deux tests différents : l’un salivaire et l’autre nasopharyngé. Le précieux ticket d’entrée était bien sûr réservé aux participant·es testé·es négatif·ves.

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VICE a voulu faire avancer la science et contribuer à l’histoire en se portant volontaire pour cette expérience.

Samedi 3 juillet, 13h50 : Direction le Heysel pour se faire tester avec quelques interrogations liées à la distance entre la salle de concert et le centre de test. Après quelques papotages avec le staff, on apprend que le site de testing du Heysel est géré par Bruxelles Expo, qui coproduit l’événement.

14h10 : Test salivaire et test nasopharyngé effectués. Grande première pour le test salivaire d’ailleurs. Petit conseil : ne faites pas trop la fête la veille. Fournir un quart de tube à essai en plastique avec votre propre salive n’est pas une mince affaire.

Ces débuts de soirée sur un parking à boire dans le but de consommer moins une fois à l’intérieur… Certaines bonnes habitudes ne se perdent pas.

14h30 : Tout est envoyé au labo. On peut doucement se préparer pour la soirée. L’événement commence à 22h30.

22h30 : On est devant La Madeleine, mais on n’a pas reçu les résultats de nos tests. Plusieurs personnes semblent être également un peu perdues. En discutant avec les organisateurs devant la porte, on apprend que le testing met un peu plus de temps que prévu et que certains résultats ne sont pas encore disponibles. Il faut attendre encore un peu.

22h45 : La RTBF, BRUZZ, la télévision irlandaise RTE sont sur place pour interroger les volontaires, et se mangent pas mal de refus. Par solidarité, on se prête au jeu pour aider un confrère en galère et on répond assez classiquement aux questions un peu simples du style « Est-ce que ça vous a manqué d’assister à un concert ? » ou « Comment s’est déroulée la séance de test au Heysel ? ».

23h00 : De plus en plus de gens arrivent devant La Madeleine, solo ou en groupe, avec ou sans masque, mais tout le monde est sur son 31. Beaucoup n’ont toujours pas leurs résultats. Nous non plus. 

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23h30 : Toujours dehors, on retrouve Seb, avec qui on partage un petit shot de vodka, comme au bon vieux temps. Ces débuts de soirée sur un parking à boire dans le but de consommer moins une fois à l’intérieur... Certaines bonnes habitudes ne se perdent pas.

On apprend que certaines personnes ont été testées à 11h du mat’ et n’ont toujours pas leurs résultats alors que d’autres qui ont été testées à 17h sont déjà rentrées.

23h45 : On essaye d’interroger des personnes qui attendent dans la foule et on tombe sur pas mal de réponses mitigées du genre : « J’ai pas mon test mais je suis déjà bourré », « C’est tellement bruxellois comme organisation. Si on était en Flandre, on aurait déjà eu notre résultat de test depuis longtemps », « Mon dieu, ça ne m’avait pas manqué de me faire fouiller à l’entrée par les vigiles » ou encore « Ça craint, le mec qui était juste avant nous est positif, du coup il s’est fait refouler l’entrée mais il a fait une grande accolade à ses potes avant de partir pour leur dire au revoir. Ça fausse pas le truc ça ? ». Vraiment mitigé.

De notre côté, on voit la police arriver sur le lieu pour discuter avec les organisateurs. Deux agents rentrent par une porte de secours. Toujours sur la guest ceux-là ?

00h30 : En parlant avec les dernier·es courageux·ses qui attendent encore le résultat de leurs tests, on apprend que certaines personnes ont été testées à 11h du mat’ et n’ont toujours pas leurs résultats alors que d’autres qui ont été testées à 17h sont déjà rentrées. Quelques incompréhensions, mais bon, après tant de temps sans concerts, on peut comprendre que la machine soit un peu rouillée.

01h05 : Toujours pas de traces de nos tests, on entend quelqu’un dire que pour plusieurs tests, l’un était négatif et l’autre positif ; or, pour que l’expérience soit efficace, tout le monde doit être négatif à 100%. Sans résultats, il faut rester à l’entrée et se contenter d’entendre l’ODC de loin… Cependant, en tant que journalistes qui ne se laissent pas abattre, on a évidemment un contact à l’intérieur pour nous communiquer tout ce qui se passe. 

Voici donc ses retours, par téléphone :

L’ambiance : « C’est assez bon enfant. C’est marrant, tout le monde a directement retrouvé ses marques. Tout le monde est devant la scène et danse blindé. Dès que tu te mets à danser, tu te dis que c’est le truc le plus normal du monde et tu te demandes comment ça se fait que t’as pas fait ça depuis si longtemps. Et un peu comme dans les bars, tu sais pas trop quand tu dois mettre ton masque, ou pas. Mais le public semble rassuré. Les gens sont là pour s’éclater, ils veulent s’amuser et c’est tout. »

« Dès que tu te mets à danser, tu te dis que c’est le truc le plus normal du monde et tu te demandes comment ça se fait que t’as pas fait ça depuis si longtemps. »

Le vestiaire : « On a fait comme avant : s’habiller de façon assez légère pour ne pas avoir à payer le vestiaire. Faut toujours prévoir son coup. »

Le bar : « C’est méga chill, pas full capacité. Ça tourne, c’est un plaisir. »

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Le concert de l’ODC : « L’artistique n’est pas épargné par les mesures en vigueur et les tests ont fait des siennes. Swing a eu un test positif (salivaire) et, plus tard, un négatif (PCR). Pour éviter les risques, il n’est pas là. Pour éviter les risques, il n’est pas là. Qui dit événement dit improvisation pour la gestion des crises et le fait que ce soit un concert test ne change pas la donne. Les tests sont arrivés tard, et Swing a appris très tard aussi qu’il ne pourrait pas jouer. Du coup, il a fallu vite se retourner. Roméo Elvis a débarqué sur scène pour offrir une belle surprise au public et surtout pour combler tout ça. Ils se sont plutôt bien démerdés vu le contexte. »

Le set de Vega et Black Mamba : « C’est ultra impressionnant. Techniquement parlant, c’est fun ; tout le monde prend une claque énorme et prend son pied. Pour les artistes, c’est aussi particulier de se retrouver sur scène. On a du mal à le comprendre mais c’est aussi et surtout leur boulot qu’iels retrouvent. »

La fin de soirée : « Les gens ont encore faim mais ça reste un événement bien cadré, donc pas possible de faire de rappels ni d’afters malheureusement. On n’en est pas encore à ce stade là. Mais dans la globalité, c’est cool d’apprécier cette petite bulle d’oxygène de fête légale. »

01H10 : On était quand même une petite centaine à devoir repartir sur un échec. Et vu qu’on était tristes d’avoir raté la soirée Dance Again, un petit moment de consolation s’est imposé et on a fini par aller danser au Cabaret Mademoiselle. La fête n'est pas complètement morte ailleurs. Quant à notre complice, il a bougé vers un after tranquille avec ses potes vers 3 heures du mat’. 

De set van Black Mamba

Le lendemain, on a contacté les différentes personnes pour avoir leur retour sur cet événement. Du côté de la fédération Brussels by Night, c’est positif : « Tout s'est bien passé, le public était ravi, les artistes aussi. Une petite dizaine de personnes n'ont pas pu accéder à la soirée car elles étaient positives, dont le chanteur de l'Or du Commun ; mais le public était enchanté de ce concert improvisé avec Roméo Elvis. Dance Again est un événement responsable. Nous allons prendre le temps d'analyser les conclusions de ce test avec les différents partenaires et nous communiquerons les résultats par la suite. »

Même satisfaction du côté de L'Echevine de la Culture de la Ville de Bruxelles, Delphine Houba : « C’était une première en Belgique et c’était un succès ! Hier soir, 250 personnes ont dansé sans masque et sans distanciation physique à La Madeleine dans une ambiance de feu. Il est urgent de donner des perspectives au secteur du monde de la nuit, essentiel à notre rayonnement culturel et au positionnement de Bruxelles comme destination touristique. »

Contrairement aux officielles, il reste pour nous un solide goût d’inachevé. Mais bon… On n’oublie pas non plus que le but de ces événements test est de mettre en place des dispositifs expérimentaux, qui le seront de moins en moins et permettront de retrouver bientôt nos nuits d’avant, celles où tout le monde danse, se rencontre et s’amuse sur du gros son.

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Rap, concert, Belgique, Bruxelles, Coronavirus

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