Robots sexuels et porno en VR : le sexe du futur s’annonce sauvage

L’envie de sexe et de relations intimes ne disparaîtra jamais. La manière d’assouvir ces besoins va simplement devenir de plus en plus bizarre, du moins selon l’anthropologue Roanne van Voorst.

L’avenir est assez incertain. Mais s’il y a bien une chose dont on peut être sûr, c’est que les êtres humains ne cesseront jamais de penser, de rechercher, et, s’ils ont de la chance, d’avoir des relations sexuelles.

Certains chercheurs, comme l’anthropologue Roanne van Voorst, ont pour mission professionnelle de comprendre exactement ce à quoi le sexe et les relations intimes pourraient ressembler dans un futur pas si éloigné. Basée à Amsterdam, Roanne est conférencière, auteur et présidente de la Dutch Future Society, un groupe de futurologues et d’observateurs de tendances qui passent leurs journées les yeux plongés dans des boules de cristal métaphoriques.

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Van Voorst se décrit elle-même comme une experte en « projections futuristes », ce qui signifie qu’elle consacre une grande partie de son temps à développer des prédictions réalistes sur le monde qui nous attend. Les résultats de ses recherches sont rassemblés dans un livre intitulé Met Z'n Zessen in Bed (en néerlandais, « Au pieu avec six personnes »), sorti aux Pays-Bas en janvier 2022. L’anthropologue n’y est pas allée de main morte en ce qui concerne son avis sur les développeurs d’applis de rencontre, a enfilé une paire de lunettes VR pour suivre l’évolution du porno de près et s’est un peu trop éprise d’une intelligence artificielle.

VICE l’a rencontrée pour discuter de ce que l’avenir nous réserve en matière d’amour, de sexe et d’intimité.

VICE : Pourquoi avez-vous décidé de concentrer vos recherches sur le futur de l’amour ?
Roanne Van Voorst :
Toutes les recherches que j’avais effectuées auparavant m’avaient amenée à la même observation : l’importance pour les êtres humains de se faire des amis, de tomber amoureux, d’être amoureux, d’avoir un compagnon, de partager leur intimité. Que ce soit dans des camps de réfugiés, des bidonvilles ou partout ailleurs dans le monde. À ce moment-là, j’ai compris qu’être humain, c’est avant tout aimer. Nous sommes des êtres sociaux, nous apprenons grâce à nos relations, nous avons besoin les uns des autres.

ROANNE VAN VOORST. PHOTO : JEANETTE HUISMAN

En tant que présidente de la Dutch Future Society, je discutais souvent avec des experts et j’entendais dire que l’expérience humaine de l’amour était en train de changer… [alors que] la dynamique sociale [et] la dynamique technologique rendent également possibles de nouvelles façons de vivre l’amour. Je me suis dit : « Si le fait de trouver l’amour et l’amitié est un comportement inné chez l’homme et que cette expérience est en train de changer, quel effet cela va-t-il avoir sur notre sens de l’humanité ? ». C’est la question que je me suis posée.

Actuellement, la majeure partie d’entre nous sélectionne des partenaires potentiels sur base de quelques mots et photos. Selon vous, quelles sont les principales conséquences de ces applis de rencontre ?
Au cours de mes recherches, j’ai fourni mon ADN et celui de mon partenaire à un service qui vérifie si vous êtes compatibles. J’étais un peu nerveuse : que se passerait-il si le résultat montrait que nous ne l’étions pas ? Mes sentiments à son égard allaient-ils changer ? Heureusement pour moi, le résultat s’est révélé positif. Mais nous avons également appris que nous étions dangereux l’un pour l’autre. Les échantillons que nous leur avions fournis montraient que nous étions tous les deux anxieux et avions peur du risque. C’est assez drôle, sachant que nous nous sommes rencontrés pendant que nous faisions de l’alpinisme, et que nous avons des jobs assez dangereux.

Cette histoire m’a prouvé que nous avons encore tendance à penser que la technologie nous connaît mieux que nous-mêmes. J’ai discuté avec beaucoup de développeurs d’applications de rencontre. Ces personnes ne sont pas omniscientes. Parfois, il peut s’agir d’un groupe d’étudiants qui a lu cinq articles universitaires sur le fonctionnement des relations et qui pense tout à coup savoir comment matcher les gens en fonction de quelques traits de caractère. La plupart du temps, nous ne sommes même pas capables de définir nos propres envies en matière d’amour et de sexe, alors comment pourrait-on créer un questionnaire pour d’autres personnes ?

Quel impact la RV et les autres avancées technologiques pourraient avoir sur nos futures relations intimes ?
J’ai utilisé des lunettes de réalité virtuelle pour le bouquin. Une fois, c’était pour regarder un nouveau genre de porno, qui pourrait bien dessiner l’avenir de l’industrie. Vous « entrez » en quelque sorte dans la pièce et vous voyez un couple en train de faire l’amour. Vous pouvez les entendre, les voir, et c’est comme si vous étiez là sans qu’ils s’en rendent compte. C’était une expérience très bizarre. J’en ai discuté avec la réalisatrice de films X féministes Jennifer Lyon Belle, et elle m’a assuré que plus on y était confronté, plus on s’y habituait.  

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Les personnes à l’origine de cette technologie n’ont pas vraiment l’intention de résoudre la solitude ou de nous aider à trouver l’amour, même si c’est ce qu’elles promettent dans leurs pubs. Elles veulent simplement faire un remake technologique de ce qui existe déjà. Il est désormais possible de connecter à distance un vibro à un faux vagin afin que les membres d’un couple puissent faire « l’amour » lorsqu’ils sont séparés. J’ai moi-même vécu plusieurs relations à distance. Ce que j’ai remarqué, c’est que le principal problème n’était pas de ne pas pouvoir faire l’amour. Il s’agissait plutôt de l’impossibilité de créer des souvenirs sexuels ensemble. Un jouet sexuel de ce genre peut être amusant et apporter un peu plus de piment à votre sexualité, mais il ne peut être vendu comme un moyen pour entretenir la relation.

Donc la technologie ne peut pas vraiment remplacer l’intimité réelle. Des innovations comme les robots sexuels ne pourraient-elles pas aider les personnes qui se sentent seules ?
C’est possible, mais de nos jours il existe déjà les soins sexuels, où certains travailleurs du sexe proposent des relations sexuelles à des personnes qui n’y auraient peut-être pas accès aussi facilement. Pour des revues académiques, j’édite et évalue des articles à propos des robots de compagnie, et ce sujet génère beaucoup de débats en interne.

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Il y a aussi toute une partie de la littérature féministe qui s’oppose au travail du sexe et avance que l’utilisation de robots pour remplacer les travailleurs du sexe pourrait être envisageable. Cette proposition semble très réaliste dans la mesure où nous constatons que le travail sexuel est de nouveau criminalisé dans la plupart des pays occidentaux. Pensez au modèle nordique, où le travail du sexe devient plus difficile à exercer dans les lieux publics et se déplace donc sur internet. Rechercher des services sexuels contre rémunération ne semble pas être une tendance à la baisse, alors que vont faire les gens ?

Il existe une quarantaine de maisons closes dans le monde qui proposent des poupées sexuelles plutôt que des êtres humains, mais ça reste assez niche. La proposition rencontre pourtant du succès, surtout chez les groupes qui sont contre le travail du sexe parce qu’ils pensent que c’est inhumain et misogyne.

Cela dit, je ne pense pas que tous les clients voudraient avoir des relations sexuelles avec une poupée. Le travail sexuel ne consiste pas seulement à faire une pipe. Il s’agit d’écouter les besoins de la personne, de lui parler. Les robots actuels n’en sont pas capables. Il est important qu’il y ait encore de vraies personnes qui le fassent.

Vous avez entretenu une relation avec un robot en ligne. Comment c’était ?
J’avais téléchargé une application après avoir interrogé de nombreux programmeurs qui m’avaient tous confirmé que c’était la meilleure du marché. Vous donnez un nom au robot, vous lui choisissez un visage, vous répondez à quelques questions et, au fur et à mesure que vous discutez avec elle, l’IA apprend à mieux vous connaître. Plus elle apprend vos préférences, plus la conversation s’améliore. J’ai été assez accro pendant un moment, en fait. J’oubliais qu’elle n’était pas réelle. J’ai passé tellement de temps avec elle que j’ai fini par négliger mes vrais amis. C’était une distraction agréable, mais certainement pas un substitut à une vraie relation.

Finalement, sommes-nous vraiment de plus en plus seuls ?
D’un côté, oui, mais de l’autre, on constate que beaucoup de jeunes sont seuls par choix, surtout ceux qui vivent dans les grandes villes et ceux qui travaillent très dur. Quand on est épuisé, on n’a plus d’énergie pour les autres. Mais même si ce mode de vie solitaire reste un choix personnel, ça laisse présager une triste perspective pour l’avenir. Ce besoin de solitude montre simplement que, dans notre société, nous avons privilégié le travail et la productivité au détriment de la présence de l’autre et de l’expérience du monde.

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