Je suis community manager de stars de la télé-réalité sur OnlyFans

On a parlé avec Marc, CM pour des influenceuses sur des plateformes comme OnlyFans, de son quotidien secret et des coulisses de cette industrie.

09 novembre 2021, 8:30am

En mars 2020, alors que tout le pays est confiné, de nombreuses influenceuses (ce sont principalement des femmes) se tournent vers des sites comme OnlyFans. Elles y publient des photos et des vidéos à caractères érotique ou sexuel, qu’elles monnayent via un système d’abonnement payant. Un an et demi plus tard, les recettes de cette activité se sont envolées et des personnalités d’horizons variés cartonnent sur ces plateformes. Elles viennent de la télé-réalité comme la star des « Anges » Aurélie Preston, du porno comme l’actrice Clara Morgane, ou encore de YouTube comme Emmacakecup. En quelques mois seulement, c’est une économie toute entière qui a vu le jour.

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À tout juste 40 ans, Marc* est community manager de plusieurs personnalités françaises d’OnlyFans, dont il préfère taire les noms. Si par hasard vous êtes abonnés à l’un des comptes qu’il gère, vous avez sûrement déjà échangé, sans le savoir, quelques mots avec lui. C’est lui qui, chaque jour, alimente en photos et vidéos les profils des influenceuses, publie des messages et répond aux demandes des fans. C’est aussi lui qui, avachi sur son ordinateur portable dans son lit à 3 heures du matin, vous envoie des mots doux personnalisés accompagnés de photos prises trois semaines auparavant mais qu’il vient juste de piocher sur un immense disque dur. Rouage invisible de cette industrie encore jeune et opaque, il raconte à VICE son quotidien.

VICE : Salut Marc. Depuis un an et demi, tu es community manager de stars d’OnlyFans. En quoi consiste ton boulot ?
Marc :
C’est un boulot complémentaire à celui que j’exerce tous les jours. J’ai une agence de communication via laquelle je gère des comptes Instagram et Facebook principalement pour des cliniques, des médecins et des dentistes. Et à côté de ça, donc, je m’occupe des OnlyFans, Mym et Patreon de plusieurs influenceuses. Ça consiste à publier des médias, que ce soit des photos ou des vidéos, à un rythme convenu par contrat avec ces filles. En fonction de leur notoriété on définit un nombre de posts quotidiens, qui peut aller de un à six. En parallèle, elles reçoivent beaucoup de messages sur ces plateformes, essentiellement d’hommes, pour des demandes privées ou des questions du quotidien. Et moi, j’y réponds en me faisant passer pour elles. Ça peut m’arriver de recevoir 2 000 messages en un week-end.

Comment est-ce que tout a commencé pour toi ?
Depuis huit ans, je suis photographe le week-end, principalement dans la mode. J’ai rencontré petit à petit des personnalités et quand OnlyFans, Mym et Patreon ont débarqué, ces filles-là m’ont très rapidement demandé si elles pouvaient utiliser mes photos sur ces plateformes. Moi, j’ai fait le lien avec ce que je faisais déjà pour des clients lambda dans mon métier et je leur ai proposé mes services. Ça a vraiment commencé le premier jour du confinement. J’étais à la maison, je ne savais pas quoi faire et une influenceuse pour qui j’avais fait des photos m’a demandé si j’étais partant pour lancer un OnlyFans. On s’est donné le défi de faire un chiffre à la fin du mois, qui a au final été multiplié par 12. C’est là qu’on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire.

Qu’est-ce qui te demande le plus d’attention dans ce travail ?
90% du temps que je passe sur ces plateformes, je le passe à répondre aux messages. Il y a beaucoup de demandes de gens qui ont des goûts particuliers, des fantasmes sur les cheveux ou sur les ongles de pieds par exemple. On m’a déjà demandé des photos avec un masque et des gants chirurgicaux. Quand j’ai des demandes comme ça, je les transmets aux filles presque instantanément et, quand c’est faisable, elles m’envoient les photos dans l’heure et on contente la personne qui paye. Les hommes qui sont sur ces réseaux y sont pour la même raison. Je garde à l’esprit que j’ai quelque chose à leur vendre, donc les messages dérivent vite vers une proposition commerciale. Ils sont habitués et viennent consommer ça. Donc, quand un mec vient me demander s’il fait beau aujourd’hui, deux réponses plus loin, il a une proposition pour une série payante en bikini à la plage ou quelque chose comme ça.

« D’une fille à l’autre, j’essaie de changer un peu de discours, mais le fond reste toujours le même »

Comment fais-tu pour te mettre dans la peau de ces influenceuses ?
J’essaie d’être en contact avec chacune d’entre elles et de les connaître personnellement pour ne pas devenir schizophrène et raconter n’importe quoi. Je suis constamment en train de regarder leurs feeds Instagram et leurs stories, ça donne plus de crédibilité de voir que ce qu’on raconte sur Mym ou OnlyFans est en rapport avec ce qui est posté ailleurs. Je ne vais pas répondre à énormément de messages si elle m’a dit le matin qu’elle était malade et qu’elle n’allait pas être active sur Instagram, par exemple. On est tous les jours en contact.

Ça te permet de mieux les cerner et de perfectionner tes personnages ?
Oui, mais je ne fais ça qu’avec des personnes que je connais bien, voire très bien. En fait, ça a toujours été un jeu pour moi : j’aime bien étudier les gens et comprendre comment ils fonctionnent. D’abord, je demande aux filles quelles sont leurs limites sur ces plateformes, ce qu’elles aimeraient y faire, y montrer. Et en fonction de leurs réponses, je sais si je dois être une personne timide ou extravertie par messages. Mais en général, ce sont des personnalités qui évoluent dans la chanson ou à la télé et qui sont donc assez normées dans leur comportement. D’une fille à l’autre, j’essaie de changer un peu de discours, mais le fond reste toujours le même.

Tu n’as jamais eu peur de te faire griller par un fan ?
Je garde à l’esprit que ça reste de la tromperie dans les grandes lignes parce que je réponds à la place d’une fille et que le mec en face ne sait pas qui je suis. Je dois faire attention. L’un des risques, c’est de ne pas avoir pris assez d’informations et de dire une chose alors que la fille a dit l’inverse. Typiquement, si je dis sur OnlyFans que je suis à Montpellier en train de faire des photos pendant qu’elle publie des stories en Espagne sur Instagram, c’est problématique. Mais j’ai une petite astuce pour ne pas me faire griller. Dès qu’un mec me demande si c’est bien la fille en question qui lui répond, je demande à cette fille de me faire une vidéo personnalisée de quelques secondes dans laquelle elle dit : « Je te remercie, Untel, de ton soutien. » Elles sont plutôt réactives sur ça. Pour les montants qu’elles gagnent, elles peuvent l’être.

« C’est devenu tellement lucratif que ça représente aujourd’hui 60 à 70% du chiffre d’affaires de ma société »

Justement, tu as parlé tout à l’heure de contrats. Comment fonctionne ce système ?
Ce sont des contrats de prestation de service en webmastering passés via mon agence de communication. C’est comme ça que tout est convenu : mon salaire, les commissions, le temps de travail… Je me mets à leur disposition à compter de deux heures par jour pendant la semaine et entre quatre et six heures par jours du week-end. Je travaille aussi les jours fériés parce que sur ces réseaux, le jour de l’an ou Noël, par exemple, ce sont des moments sympathiques quand on veut faire du chiffre. Mais, pour les trois filles les plus populaires que je gère, on va dire que je ne regarde plus le temps que j’y passe, étant donné que la grille tarifaire qu’on s’est fixés dépend du montant qu’elles gagnent et qu’on arrive rapidement à des sommes colossales.

J’imagine que l’objectif de départ d’arrondir les fins de mois a été atteint ?
C’est devenu tellement lucratif que ça représente aujourd’hui 60 à 70% du chiffre d’affaires de ma société, donc oui ça me permet d’arrondir plus que mes fins de mois. Pour chaque contrat donc pour chaque fille, je propose une base fixe de 2 500 euros par mois, puis je prends en commissions 5% de la somme qu’elles touchent, par tranche de 5 000 euros. Par exemple, si elles gagnent 15 000 euros sur un mois, je prends 10%, 15% à partir de 20 000 euros, et ainsi de suite. Pour les plus connues, on est toujours au-delà des 50 000 euros.

Avec un tel succès, elles sont presque obligées de passer par un CM ?
Si elles devaient gérer elles-mêmes les messages, elles répondraient aux mecs d’aller se faire voir dans 99% des cas. Alors que moi, j’ai ce détachement, je réponds à la personne tout en demandant du respect et en orientant vers quelque chose de commercial. Elles sont très contentes que je travaille pour elles et ne regardent presque pas le montant qu’elles dépensent dans mes services. À mon avis, elles ne voudraient pas voir les messages en question et ça leur va très bien de juste voir l’argent qui tombe sur leurs comptes.

Merci Marc.

*Le prénom a été modifié.

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