Tout ce que vous avez oublié dans les transports en commun bruxellois

Clubs de golf, trottinettes électriques et autres accessoires BDSM… vous avez vraiment perdu de TOUT sur le réseau de la STIB.

Vendredi soir, 19h30, vous êtes dans le tram pour rentrer du boulot. Les gens ont l’air lessivés, comme d’hab, et comme d’hab vous vous répétez « Thank god it’s friday » comme si le week-end pouvait rattraper cette semaine de merde. Vous pensez à tous les plans que vous allez faire. Ce soir, vous fêtez le premier jour de chômage de votre meilleur pote en lui organisant une raclette party chez lui, sans qu’il ne soit au courant. Le lendemain, vous vous reposez avec une maxi gueule de bois et un bide rempli de fromage coulant. Vous aviez prévu de prendre soin de votre appartement, d’arroser les plantes, faire un peu de squats mais que nenni. Dimanche, alors que votre week-end a complètement été bousillé par votre triste incapacité à renaître d’une cuite (parce que OUI vous êtes déjà sur le déclin), vous décidez de sortir promener le chien, en guise d’activité physique hebdomadaire.

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Alors que vous rêvassez à propos de ce futur week-end raté, vous apercevez par la fenêtre votre arrêt. Dans le speed, vous bousculez la vieille dame devant vous, esquivez la poussette qui est en plein milieu et, par mégarde, filez un coup de talon aux deux jeunes qui sont appuyés contre les portes qui vont bientôt se fermer. « Ils n’avaient qu’à se mettre quelque part d’autre », vous vous dites, en réalisant à quel point vous sonnez déjà vieux jeu. En vous éloignant de l’arrêt, vous vous sentez anormalement léger. Hélas oui, vous avez oublié votre deuxième sac, celui que vous n’emportez jamais au bureau mais qui vous a servi cette fois-ci pour transporter les restes de bouffe de la veille, l’une des seules fois où vous amenez un tupperware au taf.

Heureusement, à Bruxelles, au niveau de l’arrêt de métro Botanique, il existe un endroit de la dernière chance qui peut venir en aide à votre inattention chronique. La Société de Transports Intercommunaux de Bruxelles ou, comme tout le monde l’appelle, la STIB, est dotée d’une véritable caverne d’Ali Baba, pleine de toutes les babioles, broutilles et fanfreluches que vous avez laissées un jour dans un transport de leur réseau. « En 2021, le nombre d’objets collectés était de 5994, 5239 en 2020, et 9780 en 2019, me confie Cindy Arents, chargée de communication à la STIB. On peut observer qu’entre 2020 et 2021 on était en confinement, ce qui a eu des effets sur la baisse de fréquentation et donc sur le nombre d’objets trouvés. » 

Cindy me fait entrer dans les coulisses de la STIB. Après avoir arpenté plusieurs couloirs aseptisés, j’arrive dans la tanière de Régis Boniface, qui s’occupe du bureau des objets trouvés. « Ici on a tout un tas d’objets, dit-il. Mais il faut savoir que certains ne sont pas enregistrés. Pour ce qui est des écharpes et des châles, si je vous mets trois écharpes grises devant vous, ça va être difficile de certifier à qui elles appartiennent vraiment. »

En me perdant dans ce dédale de bric et de broc, deux choses me viennent à l’esprit. Tout d’abord, la taille de l’endroit. Pour une ville aussi peuplée que Bruxelles, c’est assez chaotique de regrouper tous ces objets perdus dans un si petit espace. « Pour la STIB, c’est le seul point disponible pour toute la ville, poursuit Régis. Après, la SNCB a un point à la Gare du Midi, la Ville de Bruxelles et les autres communes ont également des points de collecte. Tout ce qui est là reste ici 8-9 semaines maximum. Parce que la taille du local est limitée tout simplement. » 

Ma deuxième pensée concerne la nature de ces objets. Il y a un nombre incroyable de trouvailles de toutes sortes que je peux classer en quatre catégories : sport, fashion, loisirs et utilitaires. Je prends une grande respiration – étouffée par le masque – et me lance à la découverte de ce que vous ne possédez plus.

Sport : les indispensables pour préparer les prochains Jeux Olympiques

Que ce soit pour ceux d’hiver comme pour ceux d’été, l’important c’est d’être bien préparé·e pour les J.O., et surtout d’être bien équipé·e. Mais que faire si vous perdez votre matos de compétition en prenant le 95 en direction de WIENER ?

Les mauvaises langues diront qu’un·e athlète de haut niveau ne prend pas forcément les transports en commun mais un peu d’imagination pour illustrer cet article ne vous ferait pas de mal. Régis me sort d’abord ce « magnifique » sac de golf rempli de clubs. « Il y a deux ans, on avait aussi reçu une sorte de trottinette électrique qui servait à porter un sac du genre, remet-il. C’était pas n’importe quoi, on a regardé, ça coûtait plus ou moins 350 euros. La personne ne s’est jamais présentée. »

Bon, outre le golf qui ne m’intéressera qu’une fois que je serai vieux et riche, il y a aussi le skate qui fait partie des sports officiels de la sélection olympique. Pourquoi ne pas venir chercher cette belle board, qui a pas mal servi après tout ? Je suis sûr que Tony Hawk ne serait pas Tony Hawk s’il avait perdu sa première planche dans le tram 44.

« Quand y’a pelouse, y’a match. » Même chose pour le hockey sur gazon. C’est l’occasion de faire un petit s/o à nos Belgian Red Lions qui d’ailleurs sont champions olympiques 2020. Et champions d’Europe en 2019 et champions du monde en 2018, pour en rajouter une couche. Fierté nationale oblige.

Bon, même si les J.O. d’Hiver c’est globalement chiant, et encore plus cette année qui a été marquée par des événements complètement catastrophiques, c’est pas une raison pour  tout plaquer. Allez, viens récupérer tes skis poto.

Parmi tout ce marasme sportif, on finit par une super raquette de tennis avec sa propre housse Wilson. Avec mon CST dans la poche et cette magnifique raquette, j’ai l’impression d’être plus près d’une participation à un Grand Chelem qu’un certain N.D. Oupsss.

Fashion : les must-have vestimentaires de l’underground bruxellois

Quand je dis underground, c’est  plus pour la référence avec le métro souterrain que pour juger de quelconque style. Dans cette caverne d’Ali Baba, l’un des trucs qui peut titiller l'esprit, c'est la nature des objets oubliés. Certes l’étourderie est excusable mais parfois je me suis retrouvé face à des pièces qui, de prime abord, n’auraient pas forcément pu être oubliées tant leur importance est grande dans la cohérence d’une tenue.

C’est notamment le cas de cette paire de sneakers pile-poil à ma taille (43 et des poussières), qui auraient très bien matché avec mon style du jour. J’ai essayé de convaincre Régis de me les filer en douce mais c’était perdu d’avance. Un vrai pro ce Régis.

Bon, le petit tote bag que vous vous trimballez un jour par mois, ça arrive de l’oublier. Mais de là à zapper votre sac Michael Kors, c’est que vous en avez les moyens. Même une imitation, ça fait mal au cœur de la voir seule au fond d’un carton, en attendant son ou sa propriétaire.

Et que dire de ce soutien-gorge esseulé, trouvé dans un sac en toile. Difficile d’imaginer l’histoire derrière tout ça, en espérant qu’elle soit au moins marrante. Une envie de relâcher la pression après le boulot en enlevant ce soutien qui vous a serré la poitrine toute la journée ? Une demande de dédicace d’un chauffeur de bus ? Une soudaine épiphanie émancipatrice qui nous fait réaliser que « Merde, pourquoi on devrait se coltiner ça au final, ça ruine la beauté naturelle des corps » ? Affaire à suivre.

Loisirs : redonner une vie au fun

On est en 2022, la surconsommation c’est fini. Bon, c’est un peu utopique de clamer ça comme une vérité générale mais le dire c’est déjà un petit pas de plus qui redonne de l’espoir. Pour le coup, dans ce domaine, la STIB a bien joué le jeu en facilitant au maximum le processus pour retrouver les propriétaires de chaque objet ou, si c’est possible, de lui en trouver un·e autre : « Si les gens ne viennent pas chercher leurs objets, tout ce qui est recyclable est envoyé au centre de recyclage, poursuit Régis. J’entends par là les clés, l’électronique et l’électronique. Tout ce qui est récupérable est envoyé aux bonnes œuvres. »

Voici d’ailleurs un exemplaire d’un roman de Dan Brown qui sera peut-être donné. En général, on dit souvent que les livres sont meilleurs que les films. Dans le cas d’Anges et Démons, [SPOILER ALERT] les deux sont bien nuls. Je pense rendre un service immense à la personne qui a perdu ce livre. Donc toi, oui toi, laisse ce livre à quelqu’un d’autre. Ce n’est pas un cadeau que tu lui fais mais c’est ta seconde chance pour éviter une déception…

Une voiturette Ferrari, qui semble d’origine, dans sa boîte d’exposition. Franchement, outre la valeur sentimentale, cette pièce de collection peut coûter un bon petit quelque chose. D’ailleurs en parlant de collection, Régis me précise qu’il y a vraiment tous types d’oublis sur le réseau : « On a déjà eu un maître BDSM qui avait oublié son sac à dos, ses cravaches, tout son matériel. Mais lui est venu le chercher ! Il était professionnel dans le domaine, dans le sens où il initiait des novices à ça ». Difficile d’imaginer de la seconde main pour des accessoires SM si le mec n’était pas venu les récupérer.

Une perche à micro, complètement fonctionnelle, assez quali même je dirais. J’espère que la personne qui l’a perdue n’est pas trop emmerdée pour faire ses podcasts maison. Toi, si tu me lis, viens récupérer ta perche et invite-moi pour une émission sur les objets perdus et la boucle sera ainsi bouclée.

Le plus choupi des oublis. Un maxi doudou encore étiqueté. Deux scénarios se dessinent dans ma tête. Un·e enfant inconsolable qui a dû pleurer, pleurer, pleurer et pleurer à en percer les tympans de toutes les personnes qui ont pris la même correspondance que ce mioche. Scénario numéro deux : c’était la Saint-Valentin, vous étiez beaucoup trop investi·e dans cette relation, et encore une fois vous avez voulu marquer le coup en voulant trop faire. Mais trop, c’est trop. Vous vous êtes fait larguer en offrant cette peluche géante, qui a fini seule… Comme vous. 

Il y a vraiment de tout. J’aimerais dire qu’il y a à boire et à manger mais en faisant la blague à Régis, il me précise : « Tout ce qui est denrées périssables ça n’arrive même pas ici, c’est directement à la poubelle. Un exemple pour illustrer tout ça : si on reçoit une poussette avec un bébé, la poussette c’est envoyé aux bonnes œuvres, le bébé c’est une denrée périssable. Je rigole bien sûr. »

Utilitaire : on sait jamais, ça peut servir

Un lot de médicaments. Tout est trié pour une organisation optimale. Des génériques, des antiviraux, du paracétamol… mais aussi de fortes doses sous prescription qu’on ne peut pas rendre à n’importe qui. En général, la plupart des boîtes sont soit détruites, soit redonnées à des pharmacies. Vaut mieux prévenir que guérir, ou l’inverse, ou vaut mieux guérir que… Je sais plus.

« Sinon pour tout ce qui est dangereux, on a déjà reçu un taser. m’explique Cindy. Ça a été laissé dans un bus et un de nos agent·es nous l’a donné. C’est interdit en Belgique, du coup impossible de le rendre à qui que ce soit. C’est parti au recyclage. »

Une belle plaque diplomatique. C’est un luxe de conduire une voiture de fonction, surtout à Bruxelles. Ambassadeur·ices, consul·es, corps diplomatiques… Tant de postes qui méritent une attention particulière. De beaux cols blancs qui travaillottent par-ci par-là dans la capitale de l’Europe. Et puis bon, dans leur agenda surchargé, pourquoi se faire chier à faire gaffe à sa plaque quand c’est même pas la sienne ? Dommage que les registres ne soient pas ouverts au public, j’aurais bien aimé remonter la trace de cette plaque d’immatriculation.

Une canne pour aveugles. L’une des pertes les plus tristes de cette grande pièce. Un objet qui manque cruellement au propriétaire, j’en suis sûr. Cependant, difficile que la personne en question voit cette publication, donc si dans votre entourage une personne aveugle a perdu sa canne, remplissez le formulaire de la STIB. Régis ajoute : « On a déjà reçu des dentiers mais depuis le Covid, c’est impossible de les garder. » Pas de bol.

Pour tout ce qui est carte d’identité et permis de conduire, la STIB rend les documents à la commune qui les a émis. Pour ce qui est des passeports et ID étrangers, c’est redirigé vers les consulats et les ambassades correspondants. Tout le reste, si c’est pas identifiable, ça passe à la destruction de documents officiels. « Généralement une carte de banque par exemple, c'est soit partagé sur les réseaux sociaux de particuliers soit donné directement à la banque par la personne qui l’a retrouvée, si la personne est bien intentionnée bien sûr, ce qui n’est pas toujours le cas », m’indique Cindy. 

Effectivement, faut pas non plus penser que tout le monde est mal intentionné. En général, beaucoup d’objets retrouvent quand même leur propriétaire grâce à la bienveillance de certain·es usager·es. « J’ai été agréablement surpris par le nombre de retours et leur valeur, conclut Régis. On reçoit régulièrement des laptops, des GSM de toutes les marques, des objets chers… Un quart retrouve leur propriétaire. Après, ça dépend aussi du style d’objet, tu viens plus rapidement chercher ton laptop qu’une paire de gants. Même si, on a déjà eu une dame qui voulait absolument récupérer une paire de gants qui devait coûter max 6 euros – un cadeau de son mari qui est décédé. Malheureusement, elle ne les a jamais retrouvés. » 

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