Le guide VICE de l’épanouissement sexuel pour adeptes tardifs

À l’attention des gens qui, pour des raisons qui leur sont personnelles, se découvrent un intérêt pour le sexe sur le tard, et ne savent pas trop par où commencer.

Vous êtes peut-être très timide. Ou vous avez vécu toute votre vie dans un monde où la sexualité était taboue. Vous avez peut-être récemment découvert que votre orientation sexuelle était différente de celle que vous aviez explorée jusqu’à présent, ou vous avez passé toute votre vie avec un·e partenaire pour qui l’exploration sexuelle n’était pas un besoin crucial. Vous pensiez peut-être que vous ne rencontreriez jamais quelqu’un qui vous donne envie de passer à l’acte ; vous en aviez peut-être même peur. Vous croyiez peut-être que le sexe, c’était pas trop votre truc. 

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Mais récemment, quelque chose dans votre vie a changé, et a libéré l’être sexuel qui sommeillait en vous. Et vous flippez, parce que vous vous rendez compte que vous avez tout à apprendre. Pas de panique : ce guide est fait à l’attention des gens qui, pour des raisons qui leur sont personnelles, se découvrent un intérêt pour le sexe sur le tard. Rassurez-vous : ce que vous ressentez pour l’instant comme un retard pourrait bel et bien s’avérer être votre botte secrète si vous jouez vos cartes correctement. 

Dans ce guide d’épanouissement sexuel pour adeptes tardifs, on désamorce les angoisses qui vous empêchent peut-être de vous lancer, aidé·es par la sexologue belge Emilie Daems, qui aide ses patient·es à mieux se connaître et les accompagne vers une sexualité épanouie.

« Je peux pas m’empêcher de penser au temps perdu, au retard que j’ai sur les autres gens de mon âge. »

Déjà, première chose : t’as pas perdu de temps ! T’as pas de retard, t’as juste rempli ton temps autrement. Et tu réaliseras probablement bientôt que t’as développé certaines compétences et sensibilités que d’autres n’ont pas, et qui s’avéreront d’une grande utilité. T’as l’avantage d’avoir du recul par rapport aux gens qui se sont lancés plus jeunes. D’après Emilie Daems, c’est même carrément contre-productif de se focaliser sur un soi-disant retard, « parce que le sexe sera différent avec chaque nouvelle personne.

Du coup, à chaque partenaire, tu découvriras de nouveaux aspects de ta sexualité à travers leurs préférences, et vice versa. Ce que tu perçois comme un retard, essaye de le voir plutôt comme une préservation de ce avec quoi tu étais confortable : si tu n’étais pas encore prêt·e à passer à l’acte, il y avait sûrement une bonne raison. Au fond, tu étais déjà préoccupé·e par ta sexualité, tu te concentrais juste sur tes propres limites. » La vie sexuelle, c’est pas une course contre la montre : chacun·e avance au rythme de ses rencontres, de ses périodes « sans », de ses relations… Il y a une multitude de chemins et une multitude de destinations, alors focalise-toi sur toi et ton propre parcours.

« Je suis nul·le en sexe »

Contrairement à ce que pensent beaucoup de fuckboys, le sexe, c’est pas une compétence innée : ça s’apprend. Il y a des gens qui ont perdu leur virginité à 14 ans, qui ont été actifs non-stop depuis, et qui ne savent toujours pas doigter ou mettre une capote correctement. Il y a des gens qui baisent tous les deux jours, qui se calquent sur le porno et ne calculent même pas les réactions de leur partenaire. Il y en a qui se focalisent uniquement sur la pénétration et sous-estiment les préliminaires. En termes de sexe, quantité ne veut pas toujours dire qualité, vraiment. 

« Il y a des gens qui ont perdu leur virginité à 14 ans, qui ont été actifs non-stop depuis, et qui ne savent toujours pas doigter ou mettre une capote correctement. »

« Pour apprendre le sexe, le mieux, c’est de commencer par soi-même, conseille Emilie. Plus tu en sauras sur tes propres préférences, plus tu pourras communiquer correctement avec d’autres sur ce que tu aimes ou pas, sur tes désirs et tes limites. C’est super important, parce qu’en matière de sexe, tu seras constamment confronté·e à l’inconnu, surtout si tu as peu d’expérience. » La connaissance de soi et une capacité à communiquer clairement peuvent t’éviter pas mal de situations gênantes voire problématiques. Ne sous-estime pas l’impact des expériences négatives sur la suite de ta vie sexuelle. 

« J’ai honte d’avoir si peu d’expérience »

Sois honnête et ouvert·e sur ton statut quand tu rencontres un·e partenaire potentiel·le. N'essaie pas d’éviter le sujet ou pire, de mentir : plus t’en feras un truc dans ta tête, plus ça deviendra un truc avec tes partenaires. Communique sur ton passé, sur tes connaissances, sur ce que t’as déjà fait et ce que t’aimerais explorer. Ce avec quoi tu te sens confortable, ce qui t’excite, ce qui te fait peur. Laisse la honte dans le passé - quand y’a de la gêne, y’a pas de plaisir. « Être vulnérable, ça crée une certaine tension qui peut être un bon catalyseur pour l’excitation sexuelle, ajoute Emilie. Le fait de parler de tes besoins et de tes angoisses pourrait donc carrément augmenter le plaisir et la qualité de tes rapports, et déboucher sur des expériences positives, qui constituent une bonne base pour stimuler ta vie sexuelle par après. »

« J’ai peur qu’on se moque de moi »

Emilie est intransigeante : « Si un·e partenaire se moque de toi, tu sais direct qu’il faut lâcher l’affaire ». Tu mérites un·e partenaire qui fera de la place pour cette partie de toi et la respectera. Ne laisse personne te donner l’impression que tu n’es pas assez, que t’es ridicule ou à la traîne. Réciproquement, ne juge pas les personnes avec qui tu couches sur leur nombre de conquêtes ou leur expérience : accepte-les comme elles sont et apprécie-les pour ce qu’elles sont. Ce qui compte, c’est la connexion que vous avez (et tout le plaisir que vous allez prendre ensemble). Par contre, « si certains commentaires ou comportements te hantent, c’est toujours une bonne idée d’en parler avec un·e sexologue », précise Emilie.

« J’y connais rien »

Prépare-toi à apprendre : ne campe pas sur tes a priori, aborde cette aventure avec une volonté de découvrir et de te remettre en question. Le sexe, ce n’est pas juste des bouts de chair et des échanges de fluides - c’est aussi de la psychologie, du relationnel, de l’amitié. Emilie te conseille de creuser le sujet : « Comme tout, le sexe peut s’apprendre en combinant des connaissances théoriques et pratiques. La connaissance, c'est le pouvoir, alors n'hésite pas à faire usage des nombreux livres et articles qui ont été écrits sur le sexe - assure-toi bien que le contenu est appuyé sur des faits scientifiquement prouvés ou écrit par des expert·es -, discute avec un·e sexologue et dévore les outils web utiles comme Best You've Ever Had et omgyes.com, un site qui explique en long et en large comment se masturber quand on a une vulve. Utile aussi quand on n’en a pas, mais qu’on veut apprendre à donner du plaisir à un·e partenaire. » 

Et pour la pratique, alors ? Emilie a aussi quelques conseils : « La base pour apprendre à profiter du sexe, c’est d'être détendu·e. Essaye de te concentrer sur tout ce que tu vois, entends, sens, ressens, goûte. Ça t’aidera à t’ancrer dans le moment présent et à oublier tes autres soucis. Le sexe, c’est avant tout un acte très mental, donc si tu es constamment en train de penser “Je suis pas doué·e pour ça” ou “J'ai peu d'expérience” ou “Merde on voit tous mes bourrelets”, tu auras du mal à entrer dans le moment. Laisse-toi porter et concentre-toi sur tes sens et ton ou ta partenaire. »

« C’est tout un processus de rencontrer quelqu’un, de sympathiser, de décider de passer à l’acte… Je sais juste pas par où commencer »

Masturbe-toi. Regarde du porno. Je sais, ça peut paraître contradictoire, mais ça te permettra de visualiser certaines pratiques sexuelles, de découvrir ce qui t’excite et ce qui te rebute, d’explorer ta sexualité de façon intime, en tête-à-tête avec ton lubrifiant. La sexualité, ça ne se vit pas qu’avec les autres ; c’est aussi et avant tout une relation qu’on a avec son propre corps. On a même accès à du porno éthique - pour lequel les performers ont donné leur consentement, savent qu’iels sont filmé·es, sont rémunéré·es… pas de pédophilie, d’abus sexuel, de traite d’humains.

« Vas-y à ton propre rythme, mais ne te laisse pas trop intimider par certains tabous ou inhibitions. Sors de ta zone de confort, petit à petit. »

« De nos jours, la plupart des gens ne paient pas pour regarder du porno, ce qui est un peu bizarre quand on y pense, pointe Emilie. Le porno éthique est souvent payant, mais vachement mieux pour tout le monde - et surtout, tu n’auras pas à te soucier de ce à quoi tu contribues en te masturbant ! » N’hésite pas à te procurer un ou plusieurs sextoys, ils t’aideront à t’habituer à certaines sensations et à te familiariser avec ton corps.

« Il y a beaucoup d’actes sexuels qui m’intimident »

Je te rassure, c’est le cas pour tout le monde ! Vas-y à ton propre rythme, mais ne te laisse pas trop intimider par certains tabous ou inhibitions. Sors de ta zone de confort, petit à petit. Certains actes te semblent peut-être ridicules de prime abord, mais dans le feu de l’action, est-ce que tu ressens le même embarras ? Nos hormones ont tendance à être moins pudiques que notre éducation. 

« Évidemment que c’est stressant, confirme Emilie, comme chaque chose qu’on essaye pour la première fois, parce qu’on ne sait jamais vraiment comment ça va se passer. Heureusement, tu as probablement déjà une idée de ce qui t’excite et de ce que tu aimes, et quand t’as des relations sexuelles avec quelqu'un d'autre, cette personne devient comme une caisse de résonance. 

« Laisse de la place pour la déception, et oublie l’idée d’un parcours sans faute : le plaisir n’a rien à voir avec la perfection. »

Le plus simple, c’est de demander à l’autre ce qu’iel aime, ou même de te guider ! Encore une fois, concentre-toi sur tes cinq sens. Ça t’aidera à rester dans votre bulle et à ne pas te laisser distraire par un mouvement ou un acte qui pourrait sembler bizarre dans un autre contexte. » 

Parfois, ce sera génial ; parfois, ce sera raté. Mais c’est comme ça pour tout le monde - et il n’y a pas d’autre façon de découvrir ce qui te convient. Laisse de la place pour la déception, et oublie l’idée d’un parcours sans faute : le plaisir n’a rien à voir avec la perfection.

« Comment je peux apprendre à être un bon coup ? »

Observe les réactions de tes partenaires. Pose des questions pendant le sexe - et avant, et après. Communique : moins vite, plus fort, à gauche, vers le bas, oui, non. Si t’as besoin d’une pause, dis-le. Si tu préfères arrêter, dis-le. Pense au consentement avant de tenter quelque chose : il vaut mieux poser trop de questions que trop peu - et il y a même plein de gens que ça excite.

Emilie conseille de ne pas se limiter à la communication verbale, qui peut parfois être intimidante : « Communique aussi avec des sons et avec le langage corporel, les mimiques. Mets ta main sur celle de l'autre et guidez-vous l'un·e l'autre. Plus tu parleras de sexe quand les choses vont bien, moins ce sera bizarre ou effrayant d'en parler quand les choses se corsent. » D’une certaine façon, chaque partenaire sera un reset et une nouvelle découverte, parce que chaque personne a des préférences et des expériences différentes. Renseigne-toi sur ce que chacun·e te fait découvrir, demande-leur comment tu peux leur donner encore plus de plaisir.

« Et si c’est un fiasco ? »

Ne te focalise pas sur la performance : une partie de jambes en l’air, c’est pas une pièce de théâtre. Il n’y a pas besoin de structure fixe, ni de grand final en apothéose. Parfois, t’auras un orgasme en 1 minute, parfois, tu n’en auras pas pendant des semaines. Le plus souvent, vous n’atteindrez pas l’orgasme au même moment. Parfois, ce sera même hyper décevant, et pas qu’en début de parcours. En tout cas une chose est sûre, ça se déroule très rarement comme à la télé. « Les films et les séries évitent de montrer les moments gênants, explique Emilie. On ne voit jamais une femme zigzaguer vers les toilettes les mains entre les jambes pour que le sperme puisse s'écouler dans la cuvette juste à temps. Pareil pour les pets vaginaux et autres sons, alors que ce sont des choses tout à fait normales. »

« Il n’y a jamais trop de lubrifiant. Le lubrifiant c’est la vie, il faut en user et en abuser ! »

Laisse de la place pour l’humour : parfois, on se retrouve dans des situations cocasses et il n’y a rien de pire que de les prendre trop au sérieux. Rigoler ensemble, ça augmente la complicité et ça dédramatise les ratés. Le sexe, c’est bien plus qu’une question d’orgasmes et de performance : c’est avant tout une fabuleuse façon de se connecter profondément avec quelqu’un d’autre (ou avec plusieurs personnes, si tu te sens prêt·e). Prends ton temps, profite de chaque minute, laisse-toi envahir par les sensations : je te garantis que ton expérience en sera d’autant plus agréable, ne fût-ce que parce que tu feras monter l’excitation et facilitera la lubrification. 

À ce propos : il n’y a jamais trop de lubrifiant. Le lubrifiant c’est la vie, il faut en user et en abuser ! « Pour de nombreuses femmes, il y a un écart entre l'excitation sexuelle mentale et physique, il arrive donc souvent qu'une femme soit excitée sexuellement dans sa tête, mais que ça ne se manifeste pas par l'humidification du vagin. Dans ces moments-là, le lubrifiant est une vraie bouée de sauvetage ! Attention, l'inverse est également possible, alors demande toujours à ta ou ton partenaire s’iel est excité·e. » Assure-toi également de choisir le bon lubrifiant ! 

Le conseil d'Emilie : « Avec un lubrifiant à base d'eau, tu n’auras pas à te soucier de savoir si tu peux l'utiliser avec des sextoys ou une contraception à base de latex : c’est compatible. L'inconvénient, c’est qu'il faut souvent en remettre, car ça a tendance à sécher plus vite. Les lubrifiants à base de silicone sont recommandés pour les relations sexuelles sans toys, mais ne sont pas toujours safe avec les capotes ; lis donc bien les informations sur l'emballage. Ce qui est bien avec le lubrifiant à base de silicone, c’est sa texture, qui est comparable à la lubrification vaginale. Et puis, il fait son travail plus longtemps, le plus souvent il suffit d’en mettre une seule fois. Le lubrifiant est également recommandé pour le sexe anal, ainsi que si vous avez un nouveau vagin ».

« J’ai peur des conséquences du sexe : IST, grossesses… Ça me fait flipper »

Bien sûr que le sexe a des conséquences, mais ça ne doit pas t’empêcher de t’épanouir : il y a une multitude d’outils préventifs à ta disposition. Informe-toi sur les risques de grossesse indésirée et les IST - et comment les éviter. De façon générale, protège-toi et tes partenaires et fais-toi tester régulièrement, même si tu ne présentes pas de symptômes. Notre experte t’incite également à « toujours avoir des contraceptifs et du lubrifiant à portée de main - les rapports sexuels avec préservatif où il y a trop de frottements présentent un risque élevé de déchirure. » Pas vraiment le but. 

« Le mieux, c’est d’utiliser la bonne taille de préservatif. Si tu as un pénis, mets-toi en quête des capotes qui te vont bien et fais en sorte d’en avoir toujours sur toi. S’il t’arrive d’accueillir des pénis dans ton lit, prévois un assortiment de plusieurs tailles, au cas où. Un préservatif trop grand risque de glisser, un préservatif trop petit se déchirera plus rapidement. » Un dernier conseil : avant de laisser tomber la contraception, discutes-en ouvertement avec ton ou ta partenaire et assurez-vous que la solution choisie convient à toutes les parties impliquées.

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Belgique, société, sex-toy, relations

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