Cet article a été publié il y a plus de 5 ans

Sur les traces des mineurs chinois des villes fantômes canadiennes

S’ils ont disparu il y a plus d’un siècle, on peut toujours trouver le signe de leur présence dans de nombreux villages abandonnés.

Les mines abandonnées de Colombie-Britannique sont remplies d'histoires encore jamais racontées. Pourtant, d'après Laura Cuthbert, anthropologue et historienne, il suffit de creuser un peu pour en dénicher la plupart. L'experte en villes fantômes revient d'un voyage à Coalmont, Blakeburn et Granite City, dans cette province du sud-ouest du pays. Si elles étaient autrefois peuplées de milliers de personnes, les incendies, les accidents miniers et la création de nouvelles lignes ferroviaires ont vidé ces lieux dans les années 1930.

Publicité

Alors que les archives prouvent que certains mineurs blancs ont fait fortune à Granite City en 1885, de nombreux éléments montrent que des mineurs chinois bossaient déjà là depuis 25 ans. « L'histoire des Chinois en Colombie-Britannique n'est pas vraiment connue, précise Cuthbert. On ne la retrouve pas dans les archives officielles. Il y a de nombreuses familles dont on ne connaîtra jamais le nom. »

Les compagnies minières ne sont pas d'une grande aide, affirme-t-elle, étant donné leurs préjugés racistes de l'époque. « En examinant les actes de décès des mineurs, je me suis rendue compte que les mineurs blancs avaient le droit à être enregistrés, alors que les noms des Chinois décédés étaient remplacés par un surnom ou une insulte », avance-t-elle.

Cuthbert explique avoir décelé le même phénomène sur les registres de Quesnel Forks, une mine abandonnée similaire, où plus de la moitié de la population était chinoise. « Il ne manque pas seulement leurs noms. Il n'y aucune information autre que le fait qu'ils étaient Chinois. C'est assez effrayant. »

Le cimetière de Coalmont, où les corps de certains Chinois ont été enterrés.

Une plaque funéraire anonyme.

Dans des cimetières comme Coalmont, certains corps de mineurs chinois ont été déterrés, parfois pour ramener la dépouille en Chine. Cuthbert affirme que certaines familles chinoises ont versé de l'argent à des escrocs qui prétendaient rapatrier les corps. Les ossements ont finalement été abandonnés dans une fosse commune.

Cuthbert précise que de nombreuses personnes ne visitent pas ces villes fantômes pour découvrir cette histoire. En effet, il n'est pas rare de croiser dans le coin des chasseurs, des amoureux de la nature et des types sur des motoneiges. L'anthropologue ne manque pas d'évoquer la présence de cabanes d'orpailleurs dans les alentours de Granite City et également de pillards à la recherche de platine – qui était considéré comme un rebut de l'or il y a bien longtemps.

Publicité

« Certains panneaux sont toujours là, plantés dans le sol, précise Cuthbert. On peut y lire : Ne creusez pas, des gens vivent là. » Les signes d'un temps révolu.

Suivez Sarah Berman sur Twitter et Jackie Dives sur Instagram.

Tagged:

Canada, Photographie, Chinois, mines, chercheurs d'or

Dans
le même genre
Des affiches anti-Xi Jinping circulent en Chine via AirDrop
Du Népal au Qatar, portrait en miroir des travailleurs migrants
La fête de San Gennaro est l’apogée de la culture italo-américaine
Photos insouciantes de la communauté surf de Venice Beach
Des photos fantasmagoriques d'une légendaire île gay
Ils photographient les oubliés de nos villes
Grandir en France sur une île coupée du monde
Photos de la scène lesbienne rebelle du San Francisco des années 90