Le café a des effets durables sur le cerveau

Une nouvelle étude prouve qu’une consommation régulière de kawa modifierait le comportement, les capacités d'attention et même d'apprentissage.

Tous ceux qui ont eu le courage d’aller au bout du match de barrage pour accéder à la Coupe du monde 2022 entre l’Australie et le Pérou lundi 13 juin ont assisté à une séance de tirs au but que l’on pourrait qualifier de singulière. Andrew Redmayne, le gardien des Socceroos entré spécifiquement pour l’exercice, s’est mis à perturber les tireurs péruviens avec des pas de danse évoquant aussi bien le crabe royal qu’une balade avec 2 grammes de Karmeliet dans le sang.

Redmayne a la particularité d’avoir failli prendre sa retraite sportive à 27 piges pour aller bosser dans le café d’un pote après une formation de barista. Est-ce que le café a inspiré ses déhanchés ? Aucune idée. En revanche, il a un impact certain sur le cerveau selon une étude menée conjointement par le centre de recherche Lille neuroscience & cognition, et le Laboratoire de neurosciences cognitives et adaptatives de Strasbourg qui montre qu’une consommation régulière de kawa influence le comportement et les capacités d'attention.

En s’intéressant aux effets sur le long terme ainsi qu’aux mécanismes moléculaires sous-jacents, les chercheurs affirment que la caféine peut modifier durablement le fonctionnement des cellules de l’hippocampe – cette structure du cerveau impliquée dans les processus de mémorisation et de navigation spatiale. Dans des conclusions relayées par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), ils précisent qu’une absorption répétée se traduit par une plus grande plasticité neuronale, susceptible d’améliorer la mémoire et de faciliter l’apprentissage.

« Cette étude montre que les effets du café sont très puissants. Les neurones du cerveau d'un adepte de la caféine sont beaucoup plus réactifs dès qu'ils sont sollicités » - Mathilde Fontez, rédactrice en chef du magazine scientifique Epsiloon

Les chercheurs ont observé les effets du café sur des souris, administrant quotidiennement par voie orale une dose modérée de caféine – équivalent à trois tasses par jour chez l’humain. Au bout de deux semaines de ce régime, les cellules de l’hippocampe des animaux étaient étudiées à plusieurs niveaux et les résultats comparés en fonction des souris – certaines étaient au repos, d’autres stimulées par des tâches d’apprentissage ou même privées de café.

Les conclusions sont formelles : « Comme attendu lors d’une tâche d’apprentissage, l’activité transcriptionnelle qui reflète le niveau d’expression des gènes augmente dans l’hippocampe. C’est normal puisque cette structure est mobilisée pour mémoriser cette tâche. Mais nous constatons que cette augmentation est beaucoup plus forte chez les animaux qui consomment de la caféine régulièrement », précise David Blum à la tête de l’équipe lilloise cité par l’INSERM.

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Interrogée par France TV, Mathilde Fontez, rédactrice en chef du magazine scientifique Epsiloon renchérit : « Cette étude montre que les effets du café sont très puissants. Les neurones du cerveau d'un adepte de la caféine sont beaucoup plus réactifs dès qu'ils sont sollicités. Lors d'un apprentissage par exemple, ils développent leurs synapses plus efficacement pour encoder de nouvelles informations. »

Ces « traces » moléculaires laissées par la consommation régulière de café rappellent les conclusions d’une étude publiée en 2021 dans Frontiers in Aging Neuroscience qui soutenait qu’une grande quantité de kawa était un excellent moyen de lutter contre le déclin cognitif lié à la maladie d'Alzheimer. En plus d’être un des stimulants les plus utilisés à travers le monde (par le biais du café, mais aussi du thé, des boissons énergisantes ou, dans une moindre mesure, du cacao et du maté), la caféine a la particularité d’être une substance qui fascinent les chercheurs.

Il y a quelques semaines, Libération mentionnait une étude chinoise publiée dans la revue Annals of Internal Medicine qui assurait qu’une absorption de café équivalant à 2,5 et 4,5 tasses par jour prolongeait la durée de vie de son consommateur. Une autre parue dans la revue Journal of Experimental Psychology : Learning, Memory, and Cognition repérée par Sciences et Avenir débunkait une vieille antienne : le café ne permettrait pas de rattraper les heures de sommeil perdues. Enfin, une enquête de l’Australian Centre for Precision Health indiquait qu’au-delà de six tasses par jour, le consommateur s’exposait à un risque accru de démence. À vous de voir.

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