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Girl News – Les filles et le fait de rester chez soi

Un guide pour faire des trucs les jours où l'on ne peut plus rien faire.
27.1.12

Voilà ce qui vous attend dehors : des monstres qui se tiennent tellement près de vous qu'ils vous toussent dans les cheveux et parlent avec la voix enrouée des gens accros aux sédatifs. Les projets artistiques et commerciaux des gens font toujours ultra ramasser, surtout quand tu réalises que ta vie sociale est régie par ces mêmes mecs qui font tout leur possible pour être cool, riches et « exister ». Des déceptions quasi-quotidiennes de la part de vos (ou de vos potentiels) amis et amants. Des petites boissons à base d'eau gazeuse et des sushis pour le dîner. Mais aussi le temps, les parkings, les dépenses et la possibilité permanente de se ridiculiser.

Et voilà ce qui vous attend chez vous : un pyjama très doux, la musique que vous aimez, tous les trucs que vous avez déjà achetés et le plaisir de pouvoir être aussi affreuse que vous le voulez.

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Il y a un juste milieu, parfaitement sain, entre l'atrophiée sociale et la « sociolite » : celle qui reste chez elle de temps en temps. Disons, un peu comme ces coiffeurs qui demandent « Ce sera entre 40 et 350 euros » (Putain, mais dîtes-moi juste combien ça va me coûter !), une à trois fois par semaine.

Et s'il vous plaît, faîtes ça un samedi soir. Vous savez pourquoi ?

L'EXTRÊME VULNÉRABILITÉ

Une des féministes que je « follow » sur Tumblr est en train, je crois, de traverser une rupture très difficile. Tous ses posts sont à propos d'extrême vulnérabilité. Elle se réfère à ce concept pour parler de sa condition, celle d'une femme sentimentalement abusée, dans un monde lui même abusé. En ce qui me concerne, et ce à cause de mon narcissisme sans limite, je réserve l'extrême vulnérabilité aux moments où je reste chez moi et où je m'allonge sur le sol pour réfléchir à ma pauvre vie pendant que tout le monde est en train de chopper dans les bars. Pour moi, l' « extrême vulnérabilité » consiste à autoriser à nouveau tes émotions les plus intenses, tes échecs les plus dramatiques et les autres personnes à t'affecter. Il s'avère, maintenant que j'ai surmonté ma période « d'agressivité défensive », que cette attitude constitue un véritable processus mental. Vous remarquez comme j'écris de façon énervante pour parler de ce truc ? Peut-être que tous ces mots font partie de l'armure protectrice que l'extrême vulnérabilité peut détruire. Oups !

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S'EN FOUTRE

Je suis presque certaine que l'idée générale qui se cache derrière mon projet d'écrivain/d'humain/de fille est de convaincre les gens que le fait de se soucier de ce que l'on peut penser d'eux et de leurs choix sociaux est une infection. Rester chez soi ne relève pas seulement de l'extrême vulnérabilité (ou en tout cas, ça ne devrait pas : si vous ne vous faîtes pas violence pas quand vous restez chez vous pour regarder la télé, c'est que vous restez trop chez vous pour regarder la télé. Vos potes sont chiants ? Réfléchissez-y), c'est aussi une menace sociale. Vous aurez forcément des problèmes avec vos amis qui ne comprendront pas vos motivations et interpréteront votre volonté de rester chez vous comme un affront. Ils essaieront même de vous faire culpabiliser. Mais peu importe. « Ne pas s'offenser est synonyme de grand pouvoir », a affirmé Simon Doonan, l'un des rares professionnels de la mode qui n'ait pas un petit cœur tout mou, dans une interview avec Rich Juzwiak pour The Daily. Il a ajouté : « J'étais gay quand c'était illégal d'être gay. J'ai eu ma green card quand ils ne donnaient pas de green card aux gays… C'est le moment de dire à tout le monde :"allez vous faire foutre, je me fous de ce que vous pensez." ». Simon Doonan mon héros.

CONTRASTES

Rester chez soi offre aussi un truc : des contrastes. Alors que tu pourrais être à l'extérieur en train d'essayer d'échapper à toi-même, tu restes entre quatre murs, pour faire des expériences sur le liquide qui entoure tes globes oculaires (les yeux seraient-ils en réalité de la viande ?), et qui clapote doucement comme l'océan la nuit. Quoi, vous ne voulez pas expérimenter tout ce qui s'offre à vous ? Même si cette expérience consiste à s'assoir dans un recoin bizarre de votre cuisine pour voir à quoi ça ressemble vu d'ici ? C'est quoi votre problème ?

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FAIRE SEMBLANT

Prétendre que je suis normale est mon passe-temps favori, si par « passe temps » vous pensez à quelque chose qui vous angoisse et que vous pouvez presque voir, un genre de train fantôme dont les rails sont placés juste à côté de ceux de votre vraie vie. Vous auriez dû m'entendre quand mon médecin m'a téléphoné pendant une soirée Coca Light entre filles. Je sautillais dans tous les sens et je parlais tellement comme une Barbie que ma jupe s'est retournée.

LA DOULEUR FACIALE

La chose la plus importante quand vous restez chez vous au lieu de sortir vous amuser, c'est votre attitude. Il faut envisager votre nuit comme une aventure du genre Narnia dont vous êtes le personnage principal. La passivité n'est jamais vraiment présente, même si de la glace fondue fait des petites flaques sur le plan de travail de votre cuisine. Ce que je veux dire c'est : ne regardez par la télé au lit tant que vous ne vous êtes pas créé un lit qui ressemble à un château. Autrement, vous allez finir par soutenir votre visage avec votre main et ça va être douloureux. Quand j'ai mal aux os du visage, je sais que j'ai foiré quelque chose.

LES TRUCS À FAIRE

Cuisinez des trucs, ou prenez soin de vos ongles, ou faîtes vous des masques pour le visage, ou bourrez vous la gueule, ou fumez des pétards, ou lisez, ou regardez des films. Ou ne le faîtes pas. Je m'en fous en fait. Ce n'est pas vraiment l'idée.

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LA SOLITUDE

Il y a un truc que je ne comprendrai jamais, et que JE NE VEUX JAMAIS COMPRENDRE, c'est les gens qui ne peuvent pas être seuls. Ceux d'entre nous qui ont passé du temps tout seuls quand ils étaient gamins ne peuvent pas saisir ces appels désespérés et ridicules : « Viens s'il te plaît. Je me sens seule. » Rester chez soi, c'est accepter d'être seul. C'est se priver de son mec / ses copines / sa famille, et ça devrait être vu somme une aubaine, pour eux comme pour vous. Si vous avez un chat et que vous lui parlez, vous n'êtes jamais seule de toute manière.

FAIRE LE MÉNAGE

Est-ce que faire le ménage relève de l'extrême vulnérabilité ? Je ne sais pas, mais nettoyer toute la crasse dans la salle de bain peut être le truc le plus satisfaisant de la semaine. Essayez tous ces produits extraordinaires que la marque Carolin fabrique, vous allez finir par vous promener en chaussettes dans votre appartement, en scrutant avidement tous les recoins qui pourraient bénéficier d'un bon petit coup de propre.

LE SEXE

Même si le fait de rester seule constitue ici une aventure solitaire, et non un compromis ou un échec, il faut faire attention à la manière dont vous allez vous masturber. Vous pouvez être lesbienne avec vous-même, vous savez ! Rester chez soi un soir du week-end représente l'occasion parfaite pour explorer le monde de la masturbation et les toutes nouvelles méthodes porno. Si vous pouvez, défoncez-vous un peu, mettez Jefferson Airplane ou un truc de hippies de merde, et transcendez-vous au point d'aimer des trucs sexuels que vous ne connaissiez même pas la veille. C'est un succès en soi et, oui, c'est un succès d'une extrême vulnérabilité.

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LES FRINGUES

D'après Tom Wolfe, le Nouveau Journalisme repose sur l'idée d'une « vie de statuts ». Ces derniers permettent aux gens d'exprimer leur point de vue sur le monde, ce qu'ils en pensent et ce qu'ils espèrent qu'il devienne ». Si vous êtes comme moi et que vous êtes hypersensible à la signification des choses, vous serez soulagée de savoir que rester chez soi permet de totalement échapper à cette « vie de statuts » et à sa superstructure culturelle. Les fringues que les gens mettent pour rester chez eux n'ont rien à voir avec ceux qu'ils portent dehors. Mon pyjama préféré pour rester chez moi est constitué d'un horrible caleçon trouvé au rayon vêtements de Carrefour et d'un t-shirt que mon frère utilisait quand il allait au ski. Vous voyez ? C'est comme au lycée, quand les vêtements étaient communautaires. J'ai envie de pleurer quand je pense à quel point j'aimerais retrouver ça, et pas seulement quand je me traîne de mon lit à ma baignoire.

PARLER DE SOI

Ne dîtes jamais que vous « hibernez » ou que vous « faîtes l'ermite ». Vous avez envie de ne plus jamais baiser de votre vie ?

TÉLÉVISION

La Freebox est une malédiction. Je l'ai aussi désormais, et ça veut aussi dire que j'ai le programme télé dans mes signets, et c'est un horrible problème. La télé ne doit servir que pendant l'heure que vous passez chez vous en rentrant du travail et juste avant de sortir, ou pour les périodes de maladies, ou les lendemains de cuites. C'est TOUT ! La télé est tellement bien, mais ça a toujours été le pire truc.

« FAIRE SON NID »

Faire son nid est un terme tout pourri pour parler du fait d'aménager son intérieur avant l'arrivée d'un bébé. Mais en fait, c'est une manière sympa de transformer votre appartement en un endroit douillet, qui vous ressemble, même si votre appartement est un lieu triste dans lequel vous êtes souvent seul. Tout ce dont vous avez besoin, c'est d'un petit espace dédié à ce nid. Les couvertures et les oreillers sont des éléments cruciaux, mais vous pouvez aussi y ajouter des bougies et des petites lumières féériques, et même de jolis livres de photos. Et pourquoi pas prendre ce vieux t-shirt et l'enfiler sur votre oreiller, et remplir un bol entier de chamallows ?

Précedemment : Girl News - Les filles et l'internet

Suivez Kate sur Twitter @KateCarraway