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Environnement

Voici où la violence pourrait éclater à cause des pénuries d’eau

Ce modèle de prédiction des conflits tient compte des facteurs environnementaux. Le Moyen-Orient serait très vulnérable.

par Alex Lubben
22 Janvier 2020, 8:39am

Les politiques mises en place au Moyen-Orient, terreau d’instabilité, ne sont pas les seuls critères permettant de prédire les conflits. Un nouveau facteur inquiétant à considérer n’est autre que le manque d’eau. Il s'agit d'un nouvel outil de prédiction des conflits, développé par les chercheurs de Water, Peace and Security Partnership. Cette organisation gouvernementale néerlandaise a présenté récemment son algorithme au Conseil de sécurité de l’ONU, et pour la première fois, des facteurs environnementaux comme la sécheresse sont pris en compte pour prédire les lieux des prochains conflits, au Moyen-Orient et partout dans le monde.

Le nouvel outil est avant tout pensé pour les responsables politiques et les gouvernements. Il est conçu pour les aider à intervenir avant que le conflit ne se déclenche, mais n’importe qui peut l’utiliser. Voici comment cela fonctionne : à l'aide de données et d'images satellites, les scientifiques peuvent mesurer la quantité d'humidité émise par les champs cultivés et ainsi comprendre l'état de santé de la région. Si les cultures sont en mauvais état, le risque de conflit augmente. Pour brosser un tableau plus complet des probabilités de conflit, ces données sont associées aux méthodes traditionnelles de prédiction des conflits, comme l’instabilité politique.
« Cela signifie que nous pouvons peut-être prédire [la suite des événements] en Syrie », a soufflé en exemple Charles Iceland, impliqué dans la conception de l’outil de prédiction des conflits et responsable des initiatives sur l’eau pour l’organisation à but non lucratif World Resources Institute (WRI).

En effet, la sécheresse qui s’est déclenchée en 2006 en Syrie, sans doute la pire en près de 1000 ans, a été deux à trois fois plus probable à cause du réchauffement climatique. Elle a détruit 85 % de l’élevage du pays et poussé les fermiers à abandonner leurs fermes pour les centres urbains. On estime que 1,5 million de personnes se sont retrouvées dans cette situation, sans autre choix que de se tourner vers la ville. Cela aurait suscité de l’agitation sociale, exacerbant la guerre civile et conduisant à l’actuelle crise des réfugiés syriens, selon les chercheurs. « La sécheresse a déplacé les Syriens bien avant le début du conflit, a annoncé Francesco Femia, président du Centre pour la sécurité climatique (Center for Climate Security). Et ce qu’il y a d’inquiétant, c’est que les analystes qui étudient la région l’aient complètement manqué. »

Mais Charles Iceland reconnaît que de tels conflits sont causés par de multiples facteurs. Ce n’est presque jamais seulement une pénurie d’eau qui met le feu aux poudres. « A moins que quelqu’un ne pollue le puits de quelqu’un d’autre, conflit clairement lié à l’eau, a lancé Iceland, la plupart de ces conflits sont à multiples facettes. »

Au Moyen-Orient, le réchauffement climatique se manifeste plus rapidement que dans beaucoup d’endroits du monde. D’après l’algorithme, les sécheresses vont menacer la paix déjà fragile entre l’Iran et l’Irak l’année prochaine.

Le Tigre et l’Euphrate, autrefois les sources du « berceau de la civilisation », sont devenues les décharges des eaux usées de l’Irak, et elles s’assèchent. Près de 120 000 personnes ont été hospitalisées après avoir bu de l’eau sale en 2018, entraînant de violentes protestations. En Iran, la prolifération de barrages de rivières, la mauvaise gestion des eaux, la sécheresse et le changement climatique ont contribué à la pénurie d’eau. Le lac salé d’Ourmia, qui faisait 2000 mètres carrés, s’est réduit à moins de 20 % de sa taille originale.

Mardi dernier, l’Iran a lancé des missiles balistiques sur des bases américaines en Irak. Certes, l’attaque n’a pas eu de suites et pour le moment, les deux pays semblent reculer. Cependant, tout conflit futur pourrait s’aggraver en cas de pénuries d’eau dans la région. Souvent, les pénuries d’eau sèment la zizanie dans le pays. « Ces problèmes déstabilisent l’Iran de l’intérieur », a conclu Charles Iceland. « Ils pourraient s’ajouter à des problèmes géopolitiques non liés et alors sombrer dans le chaos. »

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