Les hustlers de Philip Lorca-diCorcia commentés par Richard Kern

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Les hustlers de Philip Lorca-diCorcia commentés par Richard Kern

Des photos financées par l'État des prostitués hommes d'Hollywood.
18.11.13

Photos publiées avec l'aimable autorisation de l'artiste et de David Zwirner, New York/Londres

Pour trouver des sujets pour sa série Hustlers, Philip Lorca-diCorcia a parcouru Hollywood entre 1990 et 1992 à la recherche de prostitués mâles. Même si la majorité des clichés paraissent parfaitement  spontanés, diCorcia a préselectionné les lieux et effectué des tests de lumière avec l’aide d’un assistant avant même de chercher les sujets qu’il allait faire figurer dans sa série.

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DiCorcia a abordé ses modèles dans la « Boystown » de Los Angeles, un quartier de West Hollywood où, dans les années 1980 et 1990, une toute petite somme suffisait à convaincre un jeune homme du boulevard de Santa Monica de vous consacrer un peu de son temps. Au lieu de les payer pour avoir des relations sexuelles, Philip les a convaincus de poser pour ses photos. Les hommes qu'il a trouvés à Los Angeles venaient des quatre coins du pays, attirés par le rêve hollywoodien. Les légendes des photos incluent le nom du sujet, son âge, sa ville natale et son tarif.

Cette série a été financée par une bourse d'environ 33 000 euros accordée par le Fonds national pour les arts, que diCorcia a obtenue en 1989 – à une époque où le Fonds était sous le feu de la critique de groupes religieux qui n'acceptaient pas que des fonds publics servent à financer des projets qu'ils estimaient obscènes.

Le Piss Christ d'Andres Serrano (la photo d'un Christ dans un verre de pisse), les photos de Robert Mapplethrope d'hommes noirs nus, et les performances de Karen Finley au cours desquelles elle couvre un corps nu de chocolat pour illustrer à quel point les femmes sont « traitées comme de la merde » ne sont que quelques exemples de créations artistiques financées par le gouvernement et qui ont mis Jesse Helms et Pat Robertson du 700 Club très en colère. Dans ce contexte, DiCorcia a dû trouver amusant d'utiliser une partie de sa bourse pour payer des prostitués.

Ces photos ont été prises à une époque où la photographie commençait à retrouver la place qui lui revenait de droit dans le monde des beaux-arts (avant cela, dans les années 1920, les travaux photographiques de Man Ray, Lee Miller et d'autres avaient conquis le monde de l'art), et ce grâce à des artistes comme diCorcia, Cindy Sherman, Richard Prince et Jeff Wall, qui ont sorti le médium photographique de son rôle journalistique traditionnel et l'ont utilisé comme un moyen d'expression artistique à part entière.

Parce que les photos de Hustler étaient mises en scène, elle se sont retrouvées au centre d'un débat académique sur le rôle de la photographie en tant que description fidèle de la réalité. À la fin des années 1990, diCorcia a répondu à ce débat en plaçant un « X » sur un trottoir de New York, éclairant la zone avec des stroboscopes dissimulés, et plaçant son appareil avec un objectif de longue focale sur un trépied. Pendant deux ans, il a photographié chaque jour les gens qui passaient sur le X. Le résultat de cette expérience : 17 portraits incroyables – qui sont devenus la série Heads, série ayant donné lieu à un procès que diCorcia a gagné au troisième appel. L'un des 17 sujets, dont le visage avait été utilisé pour promouvoir l'exposition, pensait que diCorcia exploitait illégalement son image pour faire du profit.

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Vingt ans plus tard, la série Hustler reste une description honnête de la solitude des jeunes hommes à Hollywood qui vendent leur corps et leur temps pour fournir du plaisir à leurs clients. Qui aurait pensé que quelques dizaines de dollars dépensés il y a tant d'années procureraient encore un tel plaisir intellectuel aujourd'hui ?

Le livre de Philip Lorca-diCorcia, Hustlers, est paru récemment chez Steidl

Marilyn, 28 ans, Las Vegas, Nevada, 30 $

Chris, 28 ans, Los Angeles, Californie, 30 $

Eddie Anderson, 21 ans, Houston, Texas, 20 $

Gerald Hughes (alias Savage Fantasy), environ 25 ans, Californie du Sud, 50 $

Major Tom, 20 ans, Kansas City, Kansas, 20 $

Mike Vincetti, 24 ans, New York, New York, 30 $

Mike, 26 ans, 40 $

Ralph Smith, 21 ans, Ft. Lauderdale, Floride, 25 $

Roy, « la vingtaine », Los Angeles, Californie, 50 $

Tim Morgan Jr., 21 ans, Los Angeles, Californie, 25 $ / Joe Egure, 18 ans, Los Angeles, Californie, 25 $

Tim, 27 ans, Orange County, Californie, 30 $