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The VICE Report

L'île aux serpents

L'île de Queimada Grande, mieux connue sous le nom de l'île aux serpents, est un bout de caillasse escarpé et inhabitable situé à environ 150 km des côtes de Santos, au Brésil.
15.4.14

L'île de Queimada Grande, mieux connue sous le nom de l'île aux serpents, est un bout de caillasse escarpé et inhabitable situé à environ 150 km des côtes de Santos, au Brésil. L'endroit abrite la population de Jararaca-ilhoa – aussi appelés Bothrops insularis – la plus dense de la planète. Ces serpents – dont le nombre est estimé à 2 000 – sont les seuls habitants de l'île et l'une des espèces les plus venimeuses au monde.

Au bord des côtes, un œil averti pourra apercevoir un de ces serpents toutes les dix ou quinze minutes. Quand on s'enfonce dans l'île, on en croise un tous les dix pas. Ainsi, crapahuter au milieu de buissons qui vous arrivent à la taille, même avec de bonnes bottes, s'apparente à traverser un champ de mines mouvantes. Mais au lieu d'envoyer des lambeaux humains dans les airs, ces mines vivantes vous paralysent et liquéfient vos entrailles. C'est le sort que le Jararaca réserve aux oiseaux migrateurs qui se perchent sur les cimes des arbres.

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Selon les chercheurs qui ont accompagné Rocco Castoro, rédacteur en chef de VICE, et Jackson Fager, réalisateur, dans ce voyage sur l'île aux serpents, la « liquéfaction des entrailles » ne durerait qu'un temps. Mais étant donné que personne n'a vécu assez longtemps après une morsure pour ne serait-ce qu'espérer atteindre les portes d'un hôpital, on ne peut être sûrs de rien.

Le Jararaca est si unique et son venin si puissant que les spécimens qui se retrouvent entre les mains des « biopirates » peuvent atteindre jusqu'à 25 000 € pièce sur le marché noir (le prix peut monter bien plus haut selon le pays du collectionneur fou ou, selon certains, du chimiste en biopharmaceutique interessé par la bête pour raisons scientifiques).

À l'occasion de son expédition annuelle, la Marine brésilienne a accordé un accès exclusif à VICE sur l'île. Chaque année, un groupe de marins s'y rend afin d'y maintenir en état le phare, automatisé depuis les années 1920 après que son gardien soit tombé à court de nourriture et ait disparu alors qu'il cueillait des bananes sauvages dans un petit bois près du rivage. La légende raconte que lui et les membres de l'expédition venus le sauver ont disparu les uns après les autres.

Cet endroit est certainement le plus incroyable dont on a jamais entendu parler. C'est pourquoi on devait impérativement aller jeter un oeil là-bas. À leur retour, nos deux collègues disaient des trucs comme :

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« C'était comme un film de David Lynch vu à travers le prisme du trou de balle de Satan lui-même. L'anti-Galapagos. Du Darwin inversé. »

« C'est coupé du monde et, selon les pêcheurs locaux, un trésor serait enfoui quelque part sur l'île. Mais ils nous ont aussi raconté que des extraterrestres y habitaient. En gros, on a tout entendu. C'est certainement le pire endroit de la planète, et c'est sans doute là que j'enverrais mon pire ennemi. J'envisage d'ailleurs de discuter avec le gouvernement brésilien pour monter une affaire dans le genre sur cette île. Sûrement après la Coupe du monde. »

« Ce que je peux vous dire, c'est que des marches ont été taillées dans la pierre, jusqu'au sommet de l'une des falaises les plus remarquables de l'île. Mais il est impossible d'accoster près de cet endroit. Aussi, je pense que le venin de ces serpents pourrait vraisemblablement être utilisé dans la confection d'un médicament contre le cancer ou contre le vieillissement. Ça pourrait peut-être sauver l'humanité. Mais peu importe, c'est pas ça qui aurait pu me sauver le cul. »

« Des criquets bleus et des tas de blattes qu'on dirait sorties de la préhistoire jonchent le sol pendant la nuit, à tel point que ça craque quand on marche. Cet endroit est complètement dingue. Et si personne n'est autorisé à y aller, il y a bien une raison. N'y fouttez jamais les pieds ! »

« Cela dit, c'était un pur tournage. »