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OK – j’essaie d’arrêter de boire

Depuis que j'ai écrit un article sur mon problème avec l'alcool, j'ai décidé de me restreindre - et les gens me jugent encore plus désormais.
15.10.14

Samedi, une heure du matin. Je suis sobre et franchement, je préférerais ne pas l'être. Ne pas boire à cette heure ne me ressemble pas du tout, comme être ivre de bon matin. Promis, bien que tout le monde, et ma mère en particulier, pensent désormais que je suis la plus grosse ivrogne de la création, je ne bois pas dès potron-minet.

Je suis sobre ce soir car je ne l'étais pas hier. On peut même dire que j'étais complètement démontée. Mon excuse ? Une soirée d'anniversaire. Lors de cette fête, une foule de gens m'a complimentée pour l'article que j'ai récemment écrit à propos de mon alcoolisme latent. Ils ont tous trinqué avec moi. J'ai accepté leurs félicitations avec autant d'élégance que me le permettait mon état de marin russe en escale. J'étais assez bourrée pour me vanter de ma brillante carrière de lutteuse quand j'étais lycéenne. J'avais sans doute picolé plus que de raison.

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Je me suis levée à 15 heures, avec le monde entier comme ennemi. Comme au bon vieux temps. Je me laisse aller quand je dois me sociabiliser. Ma nouvelle règle : ne plus boire seule. Alors, quand je suis entourée d'autres mammifères à sang chaud, je me permets de vider une (voire huit, ça dépend) canette de bière industrielle de mauvaise qualité. M'imposer de boire accompagnée me conduit à veiller aussi tard qu'il est humainement possible, imbibée jusqu'à la moelle. Cette nouvelle contrainte a été, jusqu'à présent, totalement inutile.

Suite à une après-midi passée à regarder dans le vide et à reprendre mes esprits, je suis allée jouer la comédie. Et, devinez quoi, je n'ai pas bu une goutte pendant toute ma représentation. Alors qu'il y avait de l'alcool à disposition en coulisse. Une bouteille de bourbon, ce que je préfère. J'avais décidé de ne pas y toucher, bien que toutes les fibres de mon corps me suppliaient de céder. Foutre de Dieu, c'était gratuit ! Qu'est-ce qui m'a pris ? Je ne pourrais pas vous dire si cela s'est ressenti sur ma performance. Habituellement, la gnôle la « pimente ». Ma sobriété l'a-t-elle rendue plus acerbe ou l'a-t-elle castrée ? Objectivement, c'était mieux. En fin de compte, être perspicace améliore notre capacité à communiquer.

Mon stand-up fini, je suis allée à une autre soirée d'anniversaire dans un bar un peu branché d'Hollywood. Mon verre de soda solidement arrimé à ma main, je me félicitais de ne pas avoir dépensé 8 dollars dans un cocktail. Ce plaisir égoïste de ne pas claquer du pognon a bien été le seul de la soirée. Avec un taux d'alcool dans le sang proche de zéro, je me suis trouvée à court de conversation. Finalement, 8 dollars, c'est pas cher payé pour se sentir épanoui en société. Je me suis barrée tôt.

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Depuis que je me suis calmée sur la boisson - ça fait huit putain de jours -, je me suis soudainement mise à m'hydrater. Je me sers des culs-secs d'eau avec le même enthousiasme que je réservais au bourbon. Enfin, il faut bien boire quelque chose, non ? Ma vessie est lourde. J'en ai du mal à marcher. C'est devenu un problème.

Photo : Jamie « Lee Curtis » Tate

Je buvais pour m'endormir. Mon ex m'a refilé de la weed à la place, mais ça n'a pas fonctionné. Après avoir fumé, je reste éveillée pendant des heures à mater les mêmes conneries que quand je suis bourrée (des clips de Veruca Salt ou des épisodes de True Life sur MTV, en allumant cigarette sur cigarette). Je me réveille fatiguée, comme si j'avais bu la veille. Comment peut-on mener à bien sa chienne de vie quand on fume cette merde à longueur de journée ? Je sais que poser cette question me fait passer pour une Californienne médiocre, mais quand même.

Faire du sport, méditer, voilà les conseils de mon ami Merrill pour exorciser le démon de la liche qui m'habite. Elle m'a même donné un mantra à répéter. Il ressemble au sien, mais ce n'est pas le même. Si vous voulez votre propre mantra, il faut vous rendre dans un centre de méditation transcendantale et payer un genre de contribution chamanique qui vous ruinera pour plusieurs générations. Personnellement, je ne file pas de blé aux chamans. Le mantra en question consistait juste à combiner deux syllabes incompréhensibles (quand j'écris « incompréhensibles », je veux en fait parler de « ce mot lourd de sens, issu d'une tradition mystico-illuminatrice »). J'ai décidé de me trouver mon propre mantra - et j'ai opté pour « dedans/dehors ». Puisqu'il s'agit du principe de base pour faire des bébés, je me suis dit que toute la vie en découlait. Dedans/dehors, dedans/dehors.

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Je me suis allongée sur mon lit, bien calée sous la couette, et ai répété mon mantra perso. Rien de plus commun que ces pensées intempestives qui viennent vous déconcentrer : Merrill m'avait prévenue ; je devais les repousser du mieux que je pouvais. J'ai essayé de tout mon cœur de ne pas me demander avec qui couchait mon ex, ou si ma mère était fière de moi, et ainsi de suite. Je ne m'en suis pas trop mal sortie jusqu'à ce que mon chat décide de m'attaquer par surprise. Et contrairement aux pensées, il est impossible d'ignorer un coup de griffe. J'ai lâché l'affaire, avant même d'avoir pu atteindre l'illumination.

J'ai même utilisé mon rameur, sur lequel je fume habituellement des clopes plutôt que de faire du sport. Merrill m'avait dit qu'il fallait trente-cinq minutes pour commencer à ressentir les effets positifs de l'endorphine. Quel que soit le nom de ces saloperies de neurotransmetteurs, j'ai trouvé que chaque seconde de cette activité fastidieuse semblait durer 35 minutes. J'ai donc abandonné à mi-chemin du Nirvana.

J'ai demandé à mon ami Karen pourquoi elle avait arrêté de boire. « À cause de mes crises d'épilepsie », m'a-t-elle répondu. OK, c'est une bonne raison. Je n'ai jamais dû limiter ma consommation à cause de crises d'épilepsie, mais je me suis quand même tapée toute une émission rediffusée de Last Call with Carson Daly sans pouvoir changer de chaîne parce que j'étais trop bourrée. Franchement, je me demande laquelle de nous deux a vécu la pire des ivresses (en vrai, je sais très bien que c'est Karen).

On me demande fréquemment pourquoi j'ai décidé de ralentir ma consommation. «Parce que la façon dont je mène ma vie est insoutenable », ai-je rétorqué. À ce moment, beaucoup m'ont gratifié d'un regard bovin. D'autres ont aussi admiré ma capacité à tenir l'alcool ; comme si on félicitait un héroïnomane de cacher ses veines.

Depuis que j'écris sur mon problème d'alcool, j'ai reçu des douzaines d'e-mails homériques envoyés par des personnes qui elles aussi luttent contre l'alcoolisme. Leurs problèmes semblent globalement bien plus sérieux que mon penchant pour le bourbon. J'ai depuis l'impression d'être un escroc. Je ne suis pas une putain de spécialiste. Juste une ivrogne. Mais j'aime bien leur répondre, je me sens moins seule.

L'article que j'ai écrit n'était pas un appel à l'aide mais un simple constat. Ce n'était pas l'expression de ma résignation, même si je n'ai vécu que comme ça. C'était moi en train d'arrêter d'abandonner, me forçant à essayer.

Essayer est pour moi aussi bizarre que de ne pas être saoule. Je déteste essayer. Mais je suis habituée à être aigrie. C'est pour ça que vous êtes en train de me lire.